Après le 2ème tour des législatives

Publié le par jdor

Par Jean Dornac

Voilà, le cycle des élections à répétition est terminé ! Il était sans doute temps, le nombre des abstentionnistes ne cessant de s’alourdir. Cependant, une large part de ceux qui ont voté a été cohérente. Et cela, c’est satisfaisant. François Hollande dispose, désormais, d’une très large majorité pour appliquer ses changements.

Il ne faut certainement pas crier victoire, même si l’on peut être satisfait, le pire du néolibéralisme étant, je l’espère, écarté, au moins pour l’instant. Reste, cependant, le fait que la plus grande partie des pays Européens, ainsi que la Commission Européenne, est et reste profondément attachée à l’idéologie dramatique d’un néolibéralisme dominant et destructeur. Dans ces conditions, si le Président et son Premier ministre sont sincères dans leur volonté de plus de justice, ils n’éviteront pas des « clashs » retentissants avec leur partenaires européens, surtout ceux du nord de notre continent. Le nouveau pouvoir français aura-t-il ce courage, cette audace, ou se couchera-t-il devant les diktats idéologiques d’Angel Merkel et quelques autres dirigeants ne jurant que par les marchés, les bourses et le monde de la finance ? Nous le saurons rapidement…

Mais il faut remarquer, et c’est très négatif que, déjà, David Cameron, en conférence publique, au Mexique, a annoncé qu’il ouvrira grand les bras aux industriels français qui voudront échapper à la fiscalité envisagée par François Hollande. Indécent ! C’est, à l’évidence, une sorte de déclaration de « guerre » contre le programme social de Hollande. Ce personnage est odieux et je veux espérer que de nombreux britanniques comprendront qui il est et quelle est sa volonté de maintenir l’essentiel du peuple anglais, et au-delà, des peuples du monde, dans la précarité et une sorte d’esclavage au service des puissants et du monde de la finance… En tout cas, nous voilà prévenus, on cherchera à détruire toute tentative de justice sociale en Europe… comme ailleurs dans ce monde devenu fou.

Sur l’élection elle-même, côté UMP

Il y a une leçon majeure à retenir, leçon réjouissante, à mon avis. Plusieurs des membres de ce parti qui ont ouvertement cherché à s’allier avec le FN de Marine Le Pen ont été battus. Tels Claude Guéant et Nadine Morano. Là, je salue les électeurs de droite qui ont rejeté cette « consanguinité indécente ». Nadine Morano tente désespérément de se consoler en rejetant la responsabilité de sa défaite sur Gérald Dahan qui l’a piégée quelques jours avant le vote, comme il l’a fait envers bien d’autres politiciens, même si, pour ceux-là, il n’y avait pas proximité de vote. C’est une manière bien puérile de ne pas vouloir reconnaître que son tort majeur a été, dès le soir du premier tour, d’appeler les électeurs du FN à voter pour elle, soulignant, sans détours, qu’ils partageaient les mêmes « valeurs » qu’elle. Je suis persuadé que c’est à ce moment-là qu’elle a perdu son siège, nombre de sympathisants UMP ayant sans doute été aussi choqués que je l’aie été. Il n’est pas innocent, à cet égard que, dès dimanche soir, Alain Juppé ait appelé, très vite, à une réflexion de fond sur ce que sont les « valeurs » de l’UMP. Et, en effet, je crois aussi qu’il est temps que soit fait le ménage. Ce parti, s’il le souhaite, a le droit de s’allier avec le FN et « leurs valeurs supposées communes », mais au moins que les choses soient claires aux yeux des citoyens français ! Et s’il trouve la force de s’écarter de ces tendances qui se sont faites jours depuis quelque temps déjà, alors, bravo !

Du côté des « parachutés »

Le républicain que je crois être se réjouit également de la défaite, aussi bien à gauche qu’à droite, des candidats « parachutés » sur décision des instances nationales, pour ne pas dire « parisiennes » des grands partis politiques. Ce ne sont pas les personnes battues que je vise, mais un système.

Les figures de proue de ce système, Ségolène Royal, Claude Guéant et Jack Lang l’ont payé très cher. Tous les trois ont chuté lourdement. Je comprends que ces candidats aient été amers, c’est humain et logique. Je trouve, cependant, qu’il y a quelque chose de très moral et républicain dans ce rejet de la part des électeurs. Il faudrait tout de même, qu’un jour, les partis politiques comprennent que les électeurs sont majeurs et n’ont pas à suivre les directives et volontés des partis, d’autant plus que la majorité des électeurs n’a pas adhéré à ces partis politiques. C’est vrai aussi des « consignes de vote », absurdité dont beaucoup de partis ne peuvent pas se passer, comme si nous étions incapables, nous électeurs, d’avoir notre propre avis. Comment accepter, par exemple, dans le cas de Ségolène Royal, que des électeurs satisfaits d’un député en place depuis plus ou moins longtemps, soit remplacé au pied-levé juste pour satisfaire les ambitions d’une personnalité et de son parti politique ? Qu’on le veuille ou non, c’est une manière flagrante de se moquer des électeurs. Si, dans ma circonscription, il y avait eu un cas de ce type, je n’aurais en aucun cas voté pour un parachuté, préférant si je n’avais pas d’autre choix, m’abstenir. Et je trouve, pour ma part, que la guerre qu’est en train de mener le PS contre le candidat élu est indigne de l’esprit démocratique et insultant pour les électeurs.

Du côté du FN

Si je regrette que trois membres ou affiliés de ce parti entrent à l’Assemblée Nationale, je me réjouis tout de même de la défaite de Marine Le Pen. Evidemment, je ne suis pas heureux de la présence d’un membre de la famille Le Pen en la personne de la petite-fille du patriarche, même si elle a l’air charmante. L’extérieur est sympathique, mais cela ne change pas la nature de l’idéologie qu’elle porte.

Cela s’est vu et entendu dès sa victoire assurée, lorsqu’elle a eu le culot et la prétention de représenter la jeunesse française. Personne ne la représente, cette jeunesse ! Ses souffrances sont les mêmes que celles vécues par l’essentiel des jeunes partout dans le monde, avant tout pour des raisons idéologiques et économiques. Ce n’est pas un nationalisme effréné, un retour de la peine de mort, un endoctrinement au forceps, une xénophobie assumée, qui rendront cette jeunesse heureuse. Tout au contraire, c’est en découvrant les autres, c’est en s’ouvrant aux jeunes des autres nations, notamment dans leurs différences culturelles, que la jeunesse d’ici pourra être heureuse !

Et puis, il y a le cas Gilbert Collard… Si je parle de « cas », c’est avant tout pour sa vulgarité encore exprimée dimanche soir. Ses paroles de « garnison » n’augurent rien de bon lorsqu’il sera à l’Assemblée. S’il poursuit dans cette voie, cela en fera rire certains, cela donnera du travail aux journalistes en mal de sensationnel, mais ce ne sera pas en l’honneur de la représentation nationale qui demande tout de même un peu de dignité. Ce sera, par contre, conforme à l’esprit du parti et des idées qu’il représente.

Sur le résultat final

Etant de gauche, non encarté, non sectaire, du moins je l’espère, ne me préoccupant, pour l’essentiel, que de l’efficacité du pouvoir en place, ce résultat, bien sûr, me satisfait. Ne serait-ce que d’un point de vue démocratique, il est tout de même sain qu’il y ait, au bout de dix sept ans de pouvoir de droite, une alternance.

Bien sûr, il y aura des déceptions, peut-être des « affaires », celles-ci n’étant réservées à aucun parti politique mais étant liées à la nature même du pouvoir qui peut, très vite, corrompre les plus faibles. Il y aura des échecs, là encore, inévitables, notamment en raison de l’hostilité évidente du monde de la finance et des politiciens européens baignant dans l’eau fétide du néolibéralisme.

Pour ma part, la seule chose que je demande et espère, c’est plus de justice, plus d’équité dans les efforts demandés. Que cessent, enfin, ces cadeaux indécents aux plus riches, qu’ils soient individus, monde industriel ou monde financier et boursier. Je suis suffisamment lucide pour savoir qu’aucun pouvoir, ni de droite ni de gauche ni de centre, ne peut réussir sur tous les plans. Mais si ce nouveau pouvoir va sincèrement dans le sens d’une plus grande justice, je serai heureux, ne m’illusionnant pas quant aux promesses électorales qui n’engagent que ceux qui veulent y croire…

Paris, le 19 juin 2012

Publié dans Réflexions

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Alain Guillou 19/06/2012 16:49

...le mensonge est un crime : disons le, sans résistance courageuse audacieuse et radicale au capitalisme l'avenir n'est pas rose ! Et ceux qui répandent des idées "roses à crédit " sont ceux qui
prétendent tout en empruntant aux marchés financiers, "sortir de leur domination" ! ...peut-être qu'un jour on pourra les juger comme ayant laissé la "Planète Homme" devenir le "radeau de la
méduse" !
JM Ayrault en votant à Nantes pour le second tour des législatives a déclaré aux journalistes, à propos de l'avenir de la "Construction européenne" :
"S'il faut travailler plus en commun, ce qu'on appelle le gouvernement économique, il faut aussi qu'il y ait un contrôle démocratique, qui ne peut être limité à mes yeux au seul Parlement
européen"(...)"Il faut qu'il y ait de la place pour les parlements nationaux : l'Europe, ça reste et restera une fédération d'Etats-nations"...
(...)"Si on passait à une autre étape, d'intégration plus forte, ce serait une souveraineté partagée, ce n'est pas la BCE qui va dicter aux gouvernements leurs conduites",
"Si on ne se projette que dans l'avenir et qu'on ne traite pas l'urgence, comme sortir de la domination des marchés financiers ou relancer la croissance, l'étape de relance du projet européen sera
contrariée", a dit le Premier ministre.

OUF ! que ce fut long à venir...! Ces trois phrases alambiquées contiennent le fruit "libéral" , sa bogue "socialiste" et même son pépin "nationaliste"...enfin, "de gauche"... mais le fruit est-il
dans la bogue ou-bien est-ce au contraire "un gros pépin" ? ce qui encadre ces phrases gentillettes pour "nous", c'est l'innacceptable ! servant de paravant au mensonge criminel en cours!...mais
que restera-t-il du "socialisme" au lendemain de la "vague rose"?
Il faut un groupe "Front de Gauche" à l'Assemblée, et cesser de mépriser les "minorités" en les insultant avec l'extrême néo-nazie créée de toutes pièces par le système oligarchique pour "occuper
le temps de frayeur disponible du peuple" avec la peur de soi-même : "populisme de gauche égale populisme de droite"...C'est le discours Oui-Ouiste imposé depuis le 29 mai 2005 !
"SORTIR DE LA DOMINATION DES MARCHES FINANCIERS ? CHICHE !