Budget 2012 = une sacrée prise de dette !

Publié le par jdor

par Pascal Franchet
23 octobre  

Des chiffres et des dettes !

Le 28 septembre dernier, le gouvernement français a annoncé son projet de budget pour 2012.
Une fois de plus, au nom de la réduction du déficit et de l’endettement du pays, le gouvernement a décidé de sabrer dans les dépenses publiques. Les moyens de fonctionnement des ministères sont revus à la baisse et comme dans le secteur privé, l’emploi sert de variable d’ajustement.
30 258 emplois d’agents ETP vont disparaître de la Fonction publique (bien plus en réalité en tenant compte du temps partiel et des emplois supprimés de non-titulaires).

Le secteur le plus touché, c’est l’Education nationale avec moins 14 000 emplois.

La charge de la dette devient le 1er poste de dépenses de l’État avec 48,8Mds d’€, juste devant le budget de l’Education nationale (45,5Mds d’€).
L’État autorise l’Agence France Trésor à émettre en 2012, 179 Mds d’€ d’obligations pour financer le déficit budgétaire (81,8 Mds d’€ dont 48,8 Mds d’€ pour les seuls intérêts de la dette) et pour rembourser les titres de la dette à long et moyen terme arrivant à échéance en 2012 (98,9 Mds).
En plus simple, l’État emprunte pour… payer la dette !
En 2012, le gouvernement va consacrer près de 148 Mds d’€ au service de la dette publique !

148 Mds€, c’est plus de 3 fois le budget de l’enseignement scolaire et c’est un chiffre supérieur aux recettes fiscales attendues en 2012 (hors TVA).

Ma chère dette publique, mais qu’est ce qu’on va faire de vous ?

On assiste, aujourd’hui, à une nouvelle crise de liquidité du secteur bancaire et à l’incapacité de l’Union européenne à répondre à la crise de la dette publique qui frappe les pays de la périphérie Sud de l’UE et qui s’étend de la Grèce, à l’Irlande en passant par l’Espagne, le Portugal et bientôt l’Italie dont la note vient d’être dégradée.

Pour répondre à la 1ère crise de liquidité qui a suivi l’éclatement de la crise, les banques centrales, puis les États ont volé au secours des banques, transformant ainsi les dettes privées en dettes publiques.
La Commission européenne avait alors autorisé les États membres à s’engager pour le sauvetage des banques et du secteur automobile jusqu’à 4 589 Mds d’€. Cela s’est traduit par la création de banques de défaisance pour les produits toxiques (NAMA en Irlande), par des apports directs, des prises de participation (Royal Bank of Scotland) ou encore des lignes de crédits et des engagements de garanties.

Les banques ont alors renoué avec les profits et ont continué les mêmes pratiques de spéculation qui les ont amenées dans la même impasse.
On prépare déjà les opinions à accepter l’idée de renflouer à nouveau les banques (déclaration de la directrice du FMI, de l’OCDE, battage médiatique autour de Dexia).

C’est-à-dire que les États vont encore « socialiser » les pertes des banques et du secteur privé et aggraver leurs endettements au nom de la réduction desquels, les gouvernements, de droite comme de gauche, justifient les plans d’austérité dont on sait l’inefficacité face à la crise.

Et si on vous disait non ?

Dans de plus en plus nombreux pays européens se mettent en place des comités d’audit de la dette publique.

En Grèce, c’est la création de la Commission internationale d’audit de la dette grecque en mai dernier sous l’impulsion du comité grec contre la dette.
En Irlande, le Comité d’experts désignés par un front syndical et associatif vient de publier son premier rapport d’audit sur la dette publique irlandaise.
En France, à l’initiative d’ATTAC, un Collectif d’associations, de syndicats et de partis politiques (ces derniers avec un statut d’observateurs) travaille à la création d’un comité d’audit de la dette publique française.
Au Royaume-Uni, s’est tenue à Londres le 1er octobre, une conférence européenne contre l’austérité organisée par Coalition for Resistance. La revendication de la mobilisation européenne contre l’austérité est entrée en phase avec l’urgence de construire au plan national comme européen des comités d’audit de la dette publique.
En Italie, la construction de tels comités s’est installée dans le débat public.
En Espagne, les indignés ont fait leur la revendication d’ouvrir les livres des comptes publics.
Au Portugal et dans de nombreux autres pays, cette idée grandi et rencontre un écho de plus en plus favorable dans les structures politiques, syndicales et dans les mouvements citoyens.

Alors oui, ici et maintenant, ouvrons les livres de la dette publique !
Dénonçons-en les causes et ses conséquences (plans d’austérité). Identifions les créanciers (information tenue cachée de par la loi) !
Décidons de son caractère légitime ou illégitime, et dans ce cas, exigeons son annulation !

Pas plus que cette crise n’est la nôtre et qu’il ne nous appartient pas de la payer, cette dette publique, qui est le produit direct de choix fiscaux et sociaux favorables aux grandes entreprises et aux ménages aisés, n’est pas la nôtre !

 

Sources : http://www.cadtm.org/Budget-2012-une-sacree-prise-de

Publié dans Réflexions

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