Cela sert à quelque chose, un Président ?

Publié le par jdor

Par Jean Dornac

Drôle de question, me direz-vous, à quelques jours du premier tour de la présidentielle 2012. Je crois, pourtant, qu’il n’est pas inutile de se la poser…

En premier lieu, il me semble que ce titre quelque peu pontifiant est justifié si l’on pense avoir besoin d’un « chef ». Mais à notre époque, compte tenu de l’évolution de nos sociétés, est-il encore nécessaire d’avoir un « chef » ? Et plus encore, un « chef » selon la conception d’un Nicolas Sarkozy, autrement dit, un homme qui s’occupe de tout, tellement de tout que rien de sérieux n’aboutit ! Au point qu’il faille que, sans cesse, il s’agite pour donner l’impression qu’il agit.

En fait, il est inconcevable, à mes yeux tout au moins, qu’aujourd’hui, l’on conserve un Président qui aime jouer au « chef ». L’histoire humaine déborde de cas d’individus qui voulaient être « chefs » et ont mené leurs peuples à l’abattoir… En partant de ce constat, choisir un « chef », c’est l’acte le plus ringard que l’on puisse effectuer à notre époque !

Alors, on me dira qu’il faut tout de même un personnage, femme ou homme, qui dirige. Certes, ça, on peut le concevoir. Mais encore, faudrait-il que ce dirigeant soit totalement indépendant des pouvoirs d’argent, banques, financiers internationaux, multinationales en tout genre ; encore faudrait-il qu’il ne se laisse pas embarquer par des idéologies fumeuses comme le néolibéralisme. Or, je crois qu’il saute aux yeux de la grande majorité des citoyens d’Europe, mais également d’Amérique du Nord, je pense au Québec notamment avec son pouvoir jumeau de celui de Nicolas Sarkozy et leurs très riches soutiens, que l’indépendance n’est qu’un leurre. On nous fait croire que nous votons, dans notre cas, pour un Président français, mais en fait, on ne choisit qu’un commis au service des puissants, ce qui revient à  nous faire voter pour des gens sans scrupules seulement intéressés par l’argent et son pouvoir.

Pour avoir encore foi en un personnage élu Président, c’est une véritable révolution de la Constitution qu’il faudrait. Une femme ou un homme qui sache enfin dire non à la politique néo ou ultra libérale ; une femme ou un homme qui aimerait enfin ce peuple qui l’aurait choisi ; une femme ou un homme qui choisirait, en premier, l’unité du peuple par une politique enfin en sa faveur. Existe-t-il un tel personnage, actuellement ? Peut-être Jean-Luc Mélenchon...

Le problème qui me préoccupe ne concerne, en fait, pas une personne en particulier même s’il y aurait beaucoup à dire sur nos deux derniers Présidents. En fait, je me rends compte, et je n’engage que moi, que je me fiche parfaitement que nous ayons ou non un Président de la République. Que ceux qui sont choqués, veuillent bien me pardonner. Essayez de suivre ma logique : On voudrait nous présenter cette fonction comme étant la plus importante de la Nation. Bien, mais en quoi l’est-elle ?

Chacun peut se poser les questions suivantes :

- Le personnage élu est-il infaillible comme on le dit du pape ?

- A-t-il la science infuse parce qu’il occupe l’Elysée ?

- Le fait qu’une majorité, souvent bien courte, l’ait désigné à ce poste justifie-t-il qu’il définisse mon avenir ?

- Justifie-t-il aussi, qu’il m’impose des politiques contraires à mes opinions et besoins vitaux sous prétexte que « les Français » l’ont voulu ? Ce qui n’est qu’une manière comme une autre de se moquer de tous ceux qui n’ont pas voté pour lui ou elle…

Evidemment, on me dira qu’il s’agit, là, du fonctionnement normal de la démocratie. C’est bien joli, mais que reste-t-il, aujourd’hui, de la démocratie ? Il ne reste que les oripeaux de la Dame en question. L’intérieur est vide ! Voyez, par exemple, comment les opposants à Sarkozy sont maintenus à l’écart lors de ses visites en tel ou tel lieu par des cordons incroyables de policiers ! Voyez encore, comment, on fait le rappel des partisans UMP pour donner la fausse impression aux Français que le peuple soutient ce personnage ! Démocratie ? Non, spectacle lamentable et truqué. Voyez ailleurs, au Québec, en ce moment, le déploiement de policiers aux tenues ridicules tant elles sont copiées sur des personnages grotesques de cinéma, contre la foule des étudiants qui ne veut pas s’endetter pour des décennies, et ceci juste pour engraisser les instituts de prêts ! Démocratie ? Non, magouilles en faveur du monde de l’argent ! Et quoi d’étonnant lorsque notre « fameuse démocratie » impose des dépenses faramineuses aux candidats ? Tout est basée sur l’argent et, de ce fait, la démocratie est totalement biaisée.

Inventer autre chose

Il me semble plus qu’évident que le monde ne peut pas continuer sur ce mode de direction des pays. Ce qui est vrai chez nous, l’est partout. Il me semble, mais c’est peut-être utopique, qu’il faudrait un pouvoir collégial, autrement dit sans dirigeant particulier, une équipe, loin de la dépendance des puissants qui veulent s’accaparer toutes les biens de la terre. Et si nos mentalités ne sont pas encore suffisamment évoluées pour nous passer totalement de chef, alors, celui-ci, pour que son pouvoir devienne enfin démocratique il ne doit appartenir à aucun parti politique, doit n’être nommé que pour une année, comme en Suisse et doit pouvoir être révoqué, non pas par une chambre d’élus, mais par les citoyens, par exemple au moyen de pétitions ou de votes référendaires. De plus, ce chef, ne doit pouvoir exercer qu’un seul mandat d’une année. Au delà, il deviendra un professionnel du pouvoir ce qui nuit toujours à la démocratie sans pour autant augmenter son efficacité. Une véritable démocratie ne peut supporter un chef désigné pour de nombreuses années. On le sait, depuis toujours, le pouvoir corrompt ! Plus longtemps, un individu dirige un pays, plus sa tentation est grande de passer outre aux volontés de ceux qui l’ont élu, plus ses mains vont se salir, plus il y aura des abus de pouvoir.

Je ne sais ce que deviendrait la vie sans un chef. Mais je sais que je m’en passe parfaitement, que les paroles et actes de ce genre de personnage glissent sur moi sans me toucher. A mes yeux et pour ma vie, il n’a pas la moindre importance. C’est une potiche parmi d’autres, sauf qu’il a le pouvoir de nuire au peuple donc, à moi également. En cela seul, je m’intéresse à ses actions. Je n’attends rien de constructif de sa part, rien de social et d’humain tant qu’il restera le représentant des prédateurs financiers. Je ne peux le soutenir, juste le combattre lorsqu’il tente de nous détruire, sous une forme ou une autre.

L’exemple de la Belgique, sans gouvernements durant une très longue période est fabuleux. La situation du pays n’a pas empiré, voire s’est améliorée. Ce fait rarissime devrait nous faire réfléchir et nous devrions en tirer les conclusions qui s’imposent naturellement. Pour moi, il est évident qu’il vaut mieux n’avoir pas de Président qu’un mauvais Président comme nous venons de le voir ces cinq dernières années.

Imaginer une forme d’avenir possible

J’ai tendance à penser que l’avenir n’est plus dans les grandes entités, les grands pays. Jusqu’à ces dernières années, je pensais que la constitution de ces vastes pays était l’évolution naturelle et obligée de notre monde. J’ai totalement changé d’avis. Je me rends compte que plus un pays est unifié, plus il est facile aux prédateurs de le saigner. C’est comme dans le monde des entreprises. Une petite entreprise risque peu de se faire dévorer par les prédateurs, mais si elle est grande, qu’elle génère de très substantiels bénéfices, alors, la meute des loups s’occupe d’elle… Bien entendu, nous ne sommes pas prêt d’assister à la fin des grands pays, tout au contraire, dans la mesure où, justement, ils sont nécessaires pour assurer les intérêts des plus riches et puissants.

Cependant, si le peuple prend conscience, enfin, après plusieurs millénaires que le « chef » n’est jamais la solution mais le plus souvent « le problème », alors, peut-être, comprendra-t-il qu’il faut créer autre chose. Par exemple, de petites entités, genre petites villes ou villages, autonomes, auto-suffisants, très indépendants des pouvoirs qui subsisteront. Il faut qu’un jour, nous parvenions à vivre « entre nous », économiquement parlant, en écartant totalement ces directives, venues, comme en Europe, de pouvoir non élus, qui sont exclusivement au service des intérêts des prédateurs. Si l’on y parvenait, ce serait également un moyen de briser la globalisation marchande qui écrase les humains depuis trop d’années.

L’avenir est à la liberté, une vraie liberté, avec des règles librement consenties mais sans chef, petit ou grand. A la rigueur, on peut imaginer une sorte de coordinateur, femme ou homme, dont le mandat ne doit jamais dépasser une année.

Je sais très bien que tout cela semble très utopique et, sans doute, est-ce beaucoup trop tôt. Cependant, le monde s’est construit sur les utopies de quelques-uns. Elles sont nécessaires, pour autant qu’elles ne soient pas meurtrières.

Je pense que l’avenir nous mènera dans cette direction d’autant plus que les formes de pouvoir actuels continueront à tromper les peuples. Nous vivons une époque exceptionnelle dans la diffusion des informations, y compris celles qui dénudent les pouvoirs, montrant toute leur duplicité. Donc, de moins en moins, nous pouvons dire « je ne savais pas » !

En conclusion, mon sentiment pour ne pas dire ma certitude, est que soit, nous créons un autre monde possible, à taille humaine et sans « dictateur élu », soit, adviendra la révolution violente sans pitié pour ceux qui la portent et pour leurs victimes…

6 avril 2012

 

Publié dans Réflexions

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Nathalie 06/04/2012 21:33

Voilà une idée à laquelle je pense aussi!
Cela me paraît logique et aussi philosophique et il en faut dans la vie quotidienne.
Mélenchon qui attire beaucoup de gens et pas mal de jeunes me semble être le plus "présentable" au niveau idées.