Colonisations : Du Québec à la Palestine

Publié le par jdor

Pourquoi parler de colonisation, actuellement ? Cela me travaille depuis un moment, depuis que j’ai la chance de publier les articles de Marie-Hélène Morot-Sir, notamment. Je dois dire que ce que j’apprends de la façon d’agir du pouvoir anglophone du Canada envers les citoyens francophones du Québec me choque profondément.

En effet, on est loin, très loin, d’un esprit démocratique, dans ce beau pays. Je ne veux pas entrer dans les détails de la politique canadienne, je n’ai pas les connaissances nécessaires. Cependant, il suffit de suivre sur Twitter, nombre de citoyens québécois, pour s’apercevoir que le pouvoir canadien, et de même le pouvoir québécois, autrement dit Stephen Harper et Jean Charest, n’ont que faire de la culture française de leurs concitoyens. Pire, en lisant les témoignages, on a l’impression que tout est fait, au niveau de ces deux pouvoirs de Premiers ministres, pour que, toujours un peu plus, la culture d’origine du Québec et du Canada, autrement dit la culture française, s’efface, ne laissant place qu’à la culture anglaise du colonisateur et des colons actuels.

Il y a, là, un déni de l’histoire, de la vérité de l’histoire, qui est profondément choquant. Par ailleurs, il semblerait que cela va encore bien plus loin. On peut lire, ici ou là, que l’histoire n’est plus vraiment enseignée dans les écoles, du moins avant les études secondaires, ou alors, avec très peu de temps accordé à cette matière, en tout cas au Québec. On en arrive à une situation, où de nombreux lecteurs québécois de mon blog, nous remercient, Marie-Hélène Morot-Sir et moi-même, puisque grâce à ces textes, nombreux sont-ils à découvrir ou redécouvrir leur propre histoire. Il est vrai, ne l’oublions pas, qu’ici aussi, l’histoire est mal enseignée, non pas par les enseignants qui font ce qu’ils peuvent en fonction des moyens qu’on leur laisse, mais par la politique imposée par les ministres de l’enseignement, particulièrement ces toutes dernières années. Il faut croire que l’histoire n’intéresse pas l’Elysée…

Les jeunes québécois, tout comme les jeunes français, me direz-vous, peuvent apprendre leur histoire, voire celle des autres, en-dehors des cycles scolaires. En principe, oui, mais encore faut-il en avoir le temps et le goût, lorsqu’on est contraint de chercher un travail qui fuit à mesure qu’on le cherche !

Tout est donc fait pour que les citoyens du Québec se rangent, volontairement ou non, à l’unique culture du colonisateur. C’est l’irrespect de la loi, là-bas, parce que celle-ci prévoit que les deux cultures doivent être respectées d’identique façon et que les postes administratifs, notamment, doivent être occupés par des individus possédant les deux langues. Or, ces dernières semaines, les autorités du Canada semblent se moquer totalement de la loi, puisqu’à certains postes importants, ce sont des anglophones ignorant le français, qui viennent d’être nommés. Ce qui démontre, une fois de plus, que la loi est faite pour que les peuples la respectent, mais elle n’est jamais faite pour les puissants…

L’esprit des colonisations

On reconnaît, là, et sans peine, l’esprit méprisant de tous les colons, depuis toujours, et quel que soit le pays colonisateur. Comment, d’ailleurs, des colons pourraient-ils respecter réellement les autochtones et leurs cultures, alors que leur rôle principal est de prendre, pour ne pas dire de voler ces pays, de soumettre à leur bon vouloir les citoyens et de spolier ces derniers de leurs ressources naturelles ? L’esprit habituel du « bon colon » n’est pas d’améliorer les conditions de vie des colonisés, encore moins de leur apporter une amélioration de leur condition de vie. Lorsqu’on nous dit, par exemple, à propos de la colonisation de l’Algérie par la France, que cette dernière a beaucoup apporté à ce pays soumis par la force, en parlant des infrastructures, je crois que celles-ci servaient avant tout les intérêts des colons ! Le reste n’est que discours…

Certes, parmi les colons, il y a eu, et il y aura encore des individus au cœur plus généreux, plus ouvert. Mais ils sont l’exception qui confirme la règle. Il suffit de voir l’un des pires exemples toujours actuels, c’est-à-dire la Palestine que l’Etat d’Israël ne cesse de « dévorer », mètres carrés après mètres carrés, pour en faire sa propre patrie, en spoliant, voire en tuant, nombre de citoyens palestiniens. Là, dans cette région, l’Etat occupant s’acharne même à nier l’existence de la Palestine en tant que pays, les Palestiniens en tant que peuple et culture pour mieux tout s’accaparer. C’est une honte totale, couverte sans cesse, par le « concert » des Nations, qui joue, là, l’une de ses pires partitions…

Que ce soit de manière insidieuse et relativement non-violente comme au Québec ou de manière brutale et criminelle comme en Palestine, la colonisation n’a jamais rien de positif, hormis, bien sûr, pour les bénéficiaires sans morale ni conscience.

Et la France dans tout ça ?

Pour en revenir au Québec, personnellement, ô combien, je regrette que nos hommes politiques français, de tous bords, n’aient pas eu, ces dernières décennies, le courage d’un Charles de Gaulle lançant depuis le balcon de la mairie de Montréal : « Vive le Québec libre » ! On sait, depuis, qu’il ne s’agissait pas, pour le Général, de soulever le peuple québécois contre les autorités canadiennes, mais de faire reconnaître l’existence de ce peuple fièrement francophone au monde entier. Et c’est ce qui arriva !

Quel recul, aujourd’hui, avec un Nicolas Sarkozy, étroitement lié à Paul Desmarais, milliardaire canadien dont les intérêts sont l’exact contraire de l’indépendance du Québec. A bons droits, les plus lucides des Québécois, peuvent considérer qu’une fois de plus, la France les trahit. Cependant, il faut qu’ils comprennent que c’est le fait d’un homme, d’un clan et non pas celui de tout un pays. Pour être honnête, je dois avouer que j’ai le sentiment que la majorité des Français ignore ce qui se passe au Québec, ignore cette colonisation culturelle rampante mais de plus en plus lourde et possiblement mortelle sur le long terme. Il faut bien dire que nos médias parlent peu, très peu, de ce qui se passe au Canada et à fortiori au Québec. De même, d’ailleurs, qu’on ne parle quasiment pas de la « Nouvelle France » à l’école…

Et la mentalité humaine ?

Avec tous ces silences, ce type de colonisation, et même le genre de colonisation pratiqué par l’Etat d’Israël ont encore de beaux jours devant eux. Il semblerait que la mentalité humaine ne progresse guère, que le respect de la culture et de la différence des autres peuples ne sont pas présents dans l’esprit de nos contemporains, qu’ils soient politiciens ou simples citoyens. J’en veux pour preuve le développement actuel des extrémismes de droite et du racisme un peu partout en Europe. Je crois que racisme et colonialisme sont les deux enfants d’un même monstre issu de l’esprit malade de nombreux humains. Et que cet esprit monstrueux n’est pas la panacée d’un peuple en particulier. C’est généralisé et tient donc de la nature humaine, cette nature qui peine tant à voir, dans l’autre, un frère…

Le racisme, tout comme le colonialisme, commence par le mépris de l’autre, par l’imaginaire condition supérieure qu’aurait telle ou telle « race », terme idiot s’il en est, lorsqu’on parle du peuple humain. Il n’est pas un pays supérieur à un autre ! Pas un peuple inférieur à un autre ! Nous sommes tous, selon les découvertes des scientifiques, issus de tribus africaines ayant dû, sans doute pour des conditions climatiques, s’expatrier et chercher des terres plus accueillantes. Rien que ce simple fait, montre et démontre le vide absolu des thèses racistes, et interdit, moralement, toute idée de colonisation d’un pays ou d’un peuple.

A l’approche de l’élection présidentielle, en France, je ne peux oublier que le parti politique, de Sarkozy, l’UMP, voulait faire reconnaître le côté positif des colonisations françaises. Heureusement, les historiens et nombre de citoyens ont mis à terre ce projet absurde. Mais lorsqu’on organise la chasse aux Roms, jusqu’aux gamins dans les écoles, c’est toujours le même esprit méprisable de celui qui se considère supérieur qui est à l’œuvre. Tout ce texte montre qu’il m’est impossible de voter pour le candidat Nicolas Sarkozy, et pas plus pour la candidate Marine le Pen. Ils ont un esprit trop arriéré, qui sent trop la naphtaline, celle qu’on a mis sur les costumes militaires de l’envahisseur qui se croit supérieur, en attendant de les ressortir pour d’autres répressions et crimes.

Jean Dornac
Paris, le 9 janvier 2012

Publié dans Réflexions

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