CRISE POLITIQUE AU QUEBEC : La colère gronde dans les chaumières

Publié le par jdor

L’espoir, c’est les jeunes



Richard LE HIR - Tribune libre de Vigile mercredi 2 mai 2012

Tout observateur le moindrement attentif de la scène politique québécoise sait déjà depuis un bon moment que la grève des étudiants à propos de la hausse des frais de scolarité est le révélateur d’un profond malaise social, économique, politique, culturel et même existentiel (avec la gravité des enjeux environnementaux), qui déborde largement du cadre de cet enjeu somme toute assez limité.

Pour dire les choses encore plus clairement, n’eût été de ce malaise, les revendications de nos étudiants n’auraient passé pour rien d’autre qu’une poussée de fièvre typique chez des jeunes en pleine croissance.

Les Québécois se savent à la croisée des chemins. Ne leur demandez pas de préciser pourquoi. À ce stade-ci, vous n’obtiendriez que des réponses confuses, d’autant plus qu’ils ont tous des raisons immédiates différentes.

En bons minoritaires qu’ils sont, les Québécois sont sensibles au moindre bruissement des feuilles, et comme en ce moment il vente fort de partout, tout devient matière à s’inquiéter, d’autant plus facilement qu’ils n’ont plus la moindre confiance dans le gouvernement Charest. On leur annoncerait qu’il vient de tuer sa mère qu’il s’en trouverait aussitôt un bon nombre pour clamer « C’était écrit dans sa face ! ».

Si Charest n’avait pas lui-même accumulé erreur par-dessus erreur au fil des années, il serait facile de faire passer la situation actuelle pour une manifestation d’hystérie collective. Mais il traîne de gros boulets qui ont tous contribué à la perte de confiance de la population, depuis la découverte de la « rallonge » que lui verse le PLQ pour l’aider à boucler ses fins de mois (dont il s’est d’ailleurs refusé à divulguer tous les détails), en passant par les révélations de la Commission Bastarache, son refus prolongé de déclencher la tenue d’une enquête sur la corruption publique, puis ses tentatives pour en limiter les pouvoirs et le champ d’investigation, le favoritisme à grande échelle, les avantages indus aux amis du pouvoir, etc.

Et toujours cet air offusqué lorsqu’on ose lui demander des comptes. Comme si la loi s’appliquait à tous sauf à lui. On comprendra dès lors qu’il n’ait guère le crédit requis dans la population lorsqu’il s’avise de rappeler les étudiants à l’ordre. Les Québécois ne sont plus dupes. Ils voient bien qu’il y a deux poids, deux mesures et qu’ils appartiennent au groupe pour qui la mesure est toujours vide.

Alors, au lieu de se résorber, la crise étudiante prend de l’ampleur, alimentée à la fois par la mauvaise lecture que fait le gouvernement de la gravité de la situation et des enjeux réels, et par le remarquable sens de la stratégie et de la communication dont ont su faire preuves nos jeunes contestataires.

En ne voyant dans cette crise que le refus des jeunes d’accepter une hausse de leurs frais de scolarité, le gouvernement Charest se prive du recul dont il aurait besoin pour évaluer correctement la situation. On comprend cependant qu’il ne soit pas enclin à ouvrir trop largement ses perspectives, car il serait rapidement confronté à ses propres erreurs. Il se trouve donc condamné à persévérer dans la voie stérile des affrontements avec les étudiants, en caressant (ouvertement) l’espoir qu’ils commettront une erreur, ou que la population finira par se lasser et qu’ils perdront leurs appuis.

Ce pourrait être une stratégie valable si nous étions dans une situation normale. Mais ce n’est pas le cas pour les raisons évoquées plus haut. C’est le gouvernement qui est coincé, et non les étudiants.

D’autant plus que ces derniers mènent leur lutte avec un aplomb, une intelligence et un savoir-faire consommés. Il fallait voir leurs dirigeants s’exprimer dimanche soir dernier sur le plateau de l’émission « Tout le monde en parle ». Il n’y a pas un ministre du gouvernement actuel, Jean Charest y compris, qui leur aille à la cheville sur le plan de la clarté de l’expression, de la cohérence du propos, et de la qualité du langage, au point de leur faire honte à tous.

SnapShot_120502_212957-d6181.jpg

Pour lire la vidéo, cliquez sur ce lien : http://www.radio-canada.ca/audio-video/


Et pour ma part, alors que je m’attendais, sur la foi de l’influence dont le créditent les médias officiels, à voir le jeune dirigeant de la CLASSE, Gabriel Nadeau-Dubois, dominer largement ses collègues, j’ai eu la surprise de découvrir que les deux autres, Martine Desjardins et Léo Bureau-Blouin, tenaient parfaitement leur rang et n’avaient absolument rien à lui envier sur le plan de la cohérence du propos et de la qualité de l’expression.

Ces trois jeunes sont destinés à un brillant avenir, et parmi eux se trouve, prenez-en bien note, un futur premier ministre. Je serais enclin, pour ma part, à pencher pour le dernier, mais les trois se valent en termes de potentiel. Et puis, avez-vous remarqué, ils poussent le brio jusqu’à s’exprimer tous trois très correctement en anglais. Tant il est vrai que lorsqu’on est enraciné profondément dans sa culture, l’apprentissage d’une seconde langue constitue un enrichissement et non plus une menace.

Un tel résultat mérite des félicitations, et l’on voit facilement qu’elles doivent se répartir équitablement entre les jeunes, leurs parents, leurs enseignants et le système qui les soutient, ce système que le gouvernement voudrait justement remettre en question parce qu’il serait pourri. On voit bien que lorsque tout le monde fait correctement ce qu’il a à faire, le système n’est pas si pourri que ça.

Alors, ce qui pose véritablement problème, ce n’est pas le principe d’une remise en question, c’est à qui elle va profiter. Et dans l’état actuel des choses au Québec, quelque soit l’enjeu, personne n’a plus confiance que le bien commun finira par l’emporter, tant le système semble avoir été détourné au service d’intérêts particuliers.

Or la raison d’être d’un gouvernement, c’est justement le bien commun. Ceux qui l’ont oublié sont sur le point de se le faire rappeler, et ce sera parfois avec brutalité. Ces jours-ci, de nombreux Québécois ont les yeux tournés vers la France. Tout se passe comme s’ils attendaient de celle-ci le signal d’un changement de régime pour légitimer leur propre action.



La chose pourrait surprendre si l’on ne retrouvait pas en France comme au Québec la main de Paul Desmarais. Il y a près de deux ans, dans un texte intitulé « La stupéfiante symétrie des destins de Charest et Sarkozy » , et en notant que jamais les situations du Québec et de la France ne s’étaient autant ressemblées, j’écrivais :
« La politique a de bien cruelles ironies ! Voici un président Français, Nicolas Sarkozy, qui a choisi de rompre très spectaculairement avec la politique de ses prédécesseurs sur l’appui éventuel de la France à l’indépendance du Québec et de se rapprocher du Canada. Le voilà précipité lui aussi, pour des motifs similaires à ceux de Jean Charest, dans la même galère que ce dernier, à peu près au même niveau dans les sondages, et avec la même perspective de partir sous les huées. »

Le glas sonne déjà pour Sarkozy. Il sonnera bientôt pour Charest. En France, la violence du sentiment « anti-Sarko » laisse présager une chasse à ses « amis et alliés » qui va rappeler par son intensité la chasse aux « collabos » à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Au Québec, sans atteindre le même niveau, ce ne sera pas joli non plus. La colère gronde dans les chaumières, elle a commencé à déborder dans la rue, on redoute son passage à Victoriaville. Se rendra-t-elle jusqu’à Sagard ?

http://www.vigile.net/La-colere-gronde-dans-les

Publié dans Réflexions

Commenter cet article

Alain Losco 04/05/2012 16:05

La vraie gauche Française vous soutient, courage vous ne serez bientôt plus seuls