De la candidature de Dominique de Villepin

Publié le par jdor

L’ancien Premier ministre a donc décidé de se présenter à la présidentielle de 2012. Selon nombre « d’experts », il s’agit d’une grosse surprise. Pour ma part, je m’en réjouis et j’explique pourquoi…

Dominique de Villepin n’est certes pas un saint homme. Cependant, dans le marigot politicien français, il représente, du moins à mes yeux, un homme à part, un homme hors partis politiques, même s’il a une carrière politique de trente ans. Bien sûr, pour moi, homme de gauche, mais non encarté, il présente l’inconvénient d’appartenir à la droite, cette droite qui, ces cinq dernières années, nous a fait tant de mal. Mais aux dégâts du pouvoir de Sarkozy, il n’a pas participé.

Concernant l’homme politique qu’il est, j’ai retenu des choses très positives. Son discours à l’ONU, contre les mensonges et la guerre de Bush en Irak, je ne peux l’oublier. Ce fut magistral et une grande partie du monde a été admirative. Le refus de participer à cette guerre, même si c’est Chirac qui a pris la décision, au minimum, il a pris part à cette décision, ce qui est l’autre point marquant et essentiel de sa carrière, en tant que ministre des Affaires étrangère.

J’ai fait partie du peuple qui a lutté contre le CPE qu’il voulait imposer aux jeunes français, après avoir été nommé Premier ministre. Mais contrairement à Sarkozy, Fillon et le reste des ministres successifs de l’actuel locataire de l’Elysée, des gens particulièrement butés, il a eu le courage, car il en fallait, de retirer son projet, peut-être sous la pression de Jacques Chirac, voyant qu’un très grand nombre de Français y étaient opposés. Il suffit de se souvenir des dernières luttes pour la retraite, pour voir combien l’actuel président est resté de marbre, n’ayant que faire de l’opinion des citoyens.

En ce sens, en songeant à ces points importants de son mandat de Premier ministre, je considère que Dominique de Villepin a une toute autre stature politique que ceux qui nous gouvernent aujourd’hui et qui se couchent lamentablement devant les marchés, les financiers et leurs serviteurs, les agences de notation. Evidemment, il y a bien d’autres points de la politique de de Villepin qui sont critiquables et négatifs, ça, je ne le nierais pas. Je pense, notamment, au fait qu’il ait décrété l’état d’urgence après la révolte des banlieues…

Sur le gaullisme

Pour moi, lorsqu’il revendique son appartenance à la famille gaulliste, contrairement, là encore, à Sarkozy et les individus qui gouvernent avec lui, de Villepin est réellement crédible parce qu’il l’a prouvé. On peut, à juste titre critiquer certaines de ses décisions de l’époque, mais il a su écouter le peuple et il a su préserver la paix en refusant l’aventure criminelle en Irak.

Alors, oui, je le crois lorsqu’il dit qu’il a une certaine idée de la France, là où Sarko a surtout une certaine idée sur la manière de favoriser les privilégiés au détriment du peuple. Je suis persuadé que, même s’il est de droite, il a un sens nettement plus social que l’équipe actuelle qui saigne sans vergogne le peuple français, et en particulier les pauvres de France. Pour en avoir une idée précise, bien sûr, il faut attendre son programme. Mais nous savons déjà qu’il envisage d’instaurer un revenu de vie minimum pour tous les Français, si mes souvenirs sont bons, de l’ordre de 850 euros, mesure qui me semble absolument nécessaire pour un pays qui est encore au cinquième ou sixième rang des nations les plus riches.

Par ailleurs, par rapport à la politique de Sarkozy et son prétendu « gaullisme », Dominique de Villepin déclarait, en mars 2009, que « le retour de la France dans le commandement militaire intégré de l’Otan serait « une faute ». « C’est véritablement la France qui passe sous les fourches caudines d’un autre pays ».

Et il insistait, en même temps, pour « une indépendance forte » face aux Etats-Unis. Pareillement lorsque, lors de son annonce de candidature, il s’est dit « inquiet » de voir « la France humiliée par la loi des marchés qui impose de plus en plus d’austérité », je le crois sans peine supposant sa sincérité dans la pensée gaulliste.

Je fais partie des très nombreux Français qui ont ressenti la justesse des propos de Dominique de Villepin, lorsqu’il a dit, en novembre 2010 : « Je dis que Nicolas Sarkozy est aujourd’hui un des problèmes de la France et parmi les principaux problèmes qu’il faut régler et qu’il est temps que la parenthèse politique que nous vivons depuis 2007 soit refermée ».

Il faut tout de même songer que Sarkozy, nous dit, à présent, qu’il est probable que la France va perdre bientôt son triple A. La où, sur la forme du propos, on touche au ridicule, une fois de plus, c’est qu’après des mois de prêchi-prêcha sur l’absolue nécessité de conserver ce triple A, il nous dit que les conséquences n’en seront pas bien graves. Et je le crois, le concernant. Mon esprit « méchant », me souffle bruyamment que, dans sa pensée, il a réussi l’essentiel, c’est-à-dire la destruction de tout un pan important de la politique sociale française et qu’il a beaucoup avancé dans la destruction des services publics. Et j’ai tendance à sérieusement penser que là était la mission principale que lui avaient ordonné de réaliser ses soutiens les plus riches du monde patronal français et étranger. Je pense notamment à Paul Desmarais, au Canada…

Il est évident que cela doit cesser, que c’est la première urgence pour notre pays.

S’il reste de vrais gaullistes…

Selon le Parisien de ce jour, un responsable de l’UMP dit : « On s’est fait avoir comme des bleus » ! Toujours selon le Parisien, « A l’Elysée, comme à l’UMP, tous sont tombés de leur chaise, persuadés que l’ancien Premier ministre avait renoncé à se présenter ».

Bien entendu, depuis, un vaste et indécent « racolage » se fait jour du côté de l’UMP pour « ramener » Dominique de Villepin dans « le droit chemin », autrement dit dans la soumission à Nicolas Sarkozy. Il faut entendre, entre autres, Valérie Rosso-Debord et Xavier Bertrand dans cet exercice. C’est hilarant ! Quant à Nadine Morano, qui ne manque jamais d’air, elle a déclaré, selon l’AFP, qu’elle : « a invité Dominique Villepin à se présenter aux élections législatives, considérant que l'ex-Premier ministre était "dans la majorité présidentielle" et appartenait à la "famille politique de l'UMP ». La dame oublie juste que l’ancien Premier ministre n’appartient plus à l’UMP… Quant à Alain Minc, il tente, comme d’autres, à se rassurer en proclamant : « Il n’ira pas jusqu’au bout ou il fera le score de Michel Debré (NDLR : 1,66% en 1981) ».

C’est un vent de panique qui semble submerger l’Elysée et l’UMP. Et, en soi, ce n’est pas très étonnant. Ceci, dans la perspective où il resterait de vrais gaullistes dans ce pays. Et je crois qu’il en reste plus qu’on imagine. A partir de là, si ces « vrais gaullistes » sont lucides, s’ils sont sincères dans leur convictions et fidèles à leurs idées, ils ne peuvent que se détourner de Sarkozy, pour choisir, au premier tour, le candidat le plus crédible, Dominique de Villepin, quant à son engagement gaulliste. C’est une question de fidélité aux idéaux du fondateur de la Vème république, c’est la question de ne pas se renier en poursuivant la grave erreur de soutenir encore le fossoyeur des idées du général de Gaulle. A cet égard, je compte parmi les vrais gaullistes Nicolas Dupont-Aignan, mais il ne bénéficie pas de la même aura que de Villepin.

Sur les premières idées exprimées

L’idée d’un gouvernement d’union nationale me semble parfaitement justifiée et même nécessaire. Nous sortirons d’une période que je juge particulièrement noire et néfaste pour notre pays depuis que Sarkozy en est le dirigeant. Les dégâts, en tous domaines, sont évidents et graves. Toute une partie de la France, notamment de son industrie, a été vendue à l’extérieur, par fidélité à la mondialisation sans discernement ni règles. Et, actuellement, c’est Angela Merkel qui est la véritable dirigeante de l’Europe, ce qui, sans faire de la germanophobie, est parfaitement inacceptable, car elle aussi, pratique la politique des marchés et l’obéissance à ces mêmes marchés. De plus, comme nous l’avons vu plus haut, nous sommes soumis à l’OTAN, ce qui est une menace permanente pour notre paix et notre indépendance politique comme militaire.

Tout est donc à reconstruire d’urgence. Malheureusement, pour un homme comme moi qui a le cœur à gauche depuis pas mal de décennies, François Hollande, jusqu’ici, n’a pas réussi à me convaincre qu’il est l’homme de la situation, pas plus que François Bayrou au centre. Je fais une exception pour Jean-Luc Mélenchon dont je partage nombre d’analyses. Mais, allié au parti communiste, il est évident qu’il traînera cette alliance comme un boulet ne lui permettant pas, en dépit de l’intérêt de son programme, de passer au second tour dans une France qui a tout de même tendance à lorgner plus à droite qu’à gauche.

Il est peu probable que Dominique de Villepin se retrouve au deuxième tour, l’an prochain. Mais il est évident que s’il se trouvait face à Sarkozy, le Pen et même Hollande, je voterais pour lui, au risque de choquer tous ceux qui me lisent et me suivent. Il ne s’agirait pas d’un ralliement idéologique mais l’espérance de retrouver la dignité perdue de notre pays.

Je pense que l’heure d’une France noyée dans un ensemble sans âme, tel que l’Europe de l’argent, n’est pas encore venue et qu’il faut, de toute urgence, réagir, rétablir non pas l’orgueil national, mais une certaine fierté d’appartenir à un peuple qui fut grand, qui fut, parfois, généreux, dont nombre d’artistes en tous domaines, furent des génies. Noyée dans la mondialisation par le truchement d’une Europe néolibérale dont nous n’avons pas voulue, mais que Sarkozy nous a imposé traîtreusement, l’essence de notre pays disparaîtra si nous ne réagissons pas vigoureusement.

A tort ou à raison, même si je ne partage pas la totalité des idées de Dominique de Villepin, mon sentiment est et reste qu’il serait l’un des rares hommes politiques du pays à bénéficier de la stature nécessaire pour un travail d’une telle ampleur.

Jean Dornac
Paris, le 13 décembre 2001

Publié dans Réflexions

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André 19/12/2011 03:15

Tant de laideur et tant de gens antipathiques étant au pouvoir,si peux d'idées de gauche leur étant opposés,ceux censés les représenter étant si peu crédibles et si décevant ,notre volonté d'en
finir avec tout ça de voir la France de notre enfance celle Ferrat étant si forte font qu'on ne peut ,pour échapper,au FN que voter pour Villepin,sans illusion certes mais avec des valeurs
identifiables car je ne voudrais pas fermer les yeux avec la clique de Sarkozy au pouvoir ,je sais c'est paradoxale de s'allier avec un homme de droite mais c'est ainsi car ce sera lui ou ce que
nous connaissons actuellement et la disparition de la France

jdor 19/12/2011 07:53



Nous nous rejoignons sur l'essentiel. Merci de votre commentaire !



Nathalie 14/12/2011 17:51

Je suis d'accord qu'il y a des gens biens partout ,mais au point de voter pour ceux de droite avec tout ce que cela représente (conventions ,religion ,tabous etc)là je ne comprends pas.
De toutes façons le mieux serait de s'écarter de tout dogme ,de toute politique ,de travailler sur soi avant tout!
Atteindre la liberté veut dire la trouver au fond de soi même....et le monde s'en portera mieux.

Nathalie 13/12/2011 21:11

Même quand on aime son pays ,bien que je sois utopiste et regrette que le monde ne soit pas un seul pays ,je pense qu'il est difficile de voter pour un homme de droite sachant tous les principes
attachés à ces gens là...
Je pense qu'il n'y a pas que la politique qui compte chez un homme ,il y a aussi tout ce que représente les gens de droite à savoir les idées judéo-chrétiennes ,bref je ne vous suis pas sur votre
choix!
Chimulus qui connait bien le sujet est étonné que vous retourniez votre veste en abandonnant Mélanchon!

jdor 13/12/2011 22:36



Je ne cherche pas à convaincre, je donne une opinion, si possible hors de toute idéologie. A chacun de se déterminer selon sa conscience. Que veut dire "retourner sa veste" lorsqu'on
n'est pas encarté, lorsqu'on vit selon ses idées, ses convictions et selon sa conscience. Il y a des gens bien de tous les côtés, à gauche, à droite, au centre. Je vous laissse y réfléchir, si
vous le voulez...