De la langue française 1/2

Publié le par jdor

 

Entre aujourd’hui et demain, je vous propose de découvrir deux tribunes libres du site Vigile.net ( http://www.vigile.net ), un site québécois. Les deux tribunes sont signées Marie-Hélène Morot-Sir auteur de plusieurs livres historiques.

Je suis persuadé, parce que la langue anglaise envahit de plus en plus la langue française, au point, souvent, de rendre cette dernière incompréhensible chez certains intervenants, qu’il est bon de connaître l’histoire du français. La tribune que je publierai demain, relatera l'aventure de la langue française au Québec. (Jean Dornac)

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I) C’est une longue et belle Histoire, celle de notre langue française

Marie-Hélène Morot-Sir
Tribune libre de Vigile
mercredi 13 juillet 2011      

Pour décrypter l’histoire de la langue française, il nous faut remonter à ces peuples Ligures, Arvernes, Celtes... et autres encore, tous qualifiés péjorativement de “Galli” par les Romains lorsque ils envahirent le pays.. c’est donc ainsi qu’on va commencer à les désigner de ce terme de Gaulois. Ces peuples avaient leur propre civilisation, loin d’être des sauvages comme on a voulu le sous entendre, et laisser penser que la civilisation n’est arrivée qu’au moment de la conquête romaine....

Après plus de cinq cents ans de colonisation romaine, les langues de ces peuples avaient largement été influencées par le latin, mais par la suite vint le temps d’autres envahisseurs, les germaniques cette fois, qui apportèrent de nouvelles influences. Toutefois, il est à remarquer que l’influence chrétienne permit au latin de rester la langue commune, même si le langage oral avait évolué, c’était devenu une langue romane, la lingua romana rustica issue des formes orales et populaires du latin, qui au cours des siècles suivants allait subir de nouvelles transformations jusqu’au français d’aujourd’hui ..

Charlemagne_et_Alcuin.jpgCharlemagne, entouré des ses principaux officiers, reçoit Alcuin qui lui présente des manuscrits, ouvrage de ses moines.

Vint alors Charlemagne, roi des Francs, des germaniques arrivés dans le nord de la Gaule. Ils parlaient non pas une langue romane mais un dialecte germanique, Charlemagne ayant la plus grande admiration pour le latin voulut lui redonner tout son lustre en 813, c’est ce qui a été appelé la renaissance carolingienne, il redonna de l’influence à une langue qui ne se manifestait que par l’écrit et qui de ce fait était réservée aux lettrés ; c’était plus particulièrement la langue de l’église, des savants et de l’enseignement. Le latin à partir de Charlemagne a servi de modèle et de source principale au renouvellement du vocabulaire.

Pourtant le bas latin, la langue parlée, poursuivait son cours et le serment de Strasbourg entre les deux petits-fils de Charlemagne, Charles le Chauve et Louis le germanique en 842, est le premier texte écrit en langue d’oïl, une langue dérivée de ce bas latin. C’est donc le plus ancien document écrit en français.

Alors ce dialecte dit “français” puisque employé par les Francs sera durant longtemps un dialecte parmi les autres, il restera délimité plus précisément autour de Paris et de l’Ile de France, tandis que tout le long du Moyen Age, chaque région continuera à utiliser sa propre langue régionale. Au milieu de tous ces parlers régionaux, on distingue ceux du Nord langue d’Oïl et ceux du sud langue d’Oc. La langue de l’île de France va peu à peu s’imposer aux autres langues régionales. D’une part à cause de sa situation géographique située dans un vaste centre de communications commerciales amenant un très grand nombre de gens, cela devient le parler du “juste milieu’” avec un apport non négligeable des autres langues régionales, amené par toute cette circulation des personnes, ces apports l’enrichiront considérablement... cela va devenir une sorte d’idéal à atteindre pour toutes les personnes de qualité, d’autant plus qu’il était devenu le langage de la Cour. C’est donc un lent mouvement qui remplacera au cours des siècles les autres langues régionales et deviendra la langue commune du pays.

C’est à présent le 16ème siècle et le roi François Ier.

Buchdruck-15-jahrhundert_1.jpgImprimerie du XVe siècle. Grâce à François Ier, les imprimeries françaises se perfectionnent et atteignent une importance de premier ordre dans l’univers intellectuel

Ce roi va donner à la langue française une place prépondérante, en remplaçant d’autorité le latin qui était la seule langue écrite jusqu’ici, ce qui n’empêche pas de parler ”patois” dans la vie de tous les jour. Ainsi par l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539, François Ier impose le français comme langue écrite pour le droit et l’administration. Dans la même foulée, les grammairiens travaillent à déterminer les “règles” du “bon usage”, c’est donc le tout début de la langue classique.

En 1635, Richelieu fonde l’"Académie Française" pour donner de l’unité au royaume de France, en instaurant des règles pour la rendre pure, éloquente, capable de traiter autant les arts que les sciences. Cette organisation assez perfectionnée de Richelieu a finalement traversé les siècles sans vraiment de grands changements. En effet, l’éclat et la puissance de la monarchie française, le raffinement, la culture, les perfectionnements apportés à la langue par l’Académie et les grammairiens, font que le français déborde rapidement du territoire national. Cela va devenir la langue de l’aristocratie, des personnes lettrées de tout le nord de l’Europe, Allemagne, Russie, Pologne, et c’est à partir du traité de Nimègue en 1678 que la langue française sera définitivement adoptée comme langue de la diplomatie, tous les traités seront alors rédigés en français.

Le 8 mai 1673 fut un jour à marquer d’une pierre noire pour ceux qui apprennent l’orthographe, le jour où les Académiciens prirent la décision d’adopter une orthographe unique et obligatoire pour eux-mêmes tout d’abord, puis pour l’ensemble des Français. A la fois abhorrée et vénérée, cette orthographe continue de nos jours à avoir ses martyrs et ses adorateurs !

Le français traverse aussi les mers avec Jacques Cartier et par la suite les Français qui fonderont la Nouvelle France utiliseront tous la langue française, bien avant tous les Français de France, puisque eux-mêmes venant de régions françaises aux patois différents ne se comprenaient qu’en français. Ces Français-là ont constitué la première population francophone du monde à réaliser son unité linguistique, sans aucune intervention étatique et cela deux siècles avant leur mère patrie !

Le français d’Amérique du Nord et le Français de France sont à la fois pareils et différents puisqu’ils ont subi tous les deux des influences et des évolutions différentes, l’accent du Québec reste celui des Français partis de France au 17ème siècle, mais un accent qui a un charme fou pour nous les Français de France, bien loin d’être un choc, comme nous avons pu le lire dernièrement.

Au moment de la Convention éprise de centralisation jacobine, il sera jugé important pour la République qu’elle soit une et indivisible, c’est ainsi qu’en 1794, un rapport sur les langues régionales sera établi par l’abbé Grégoire, plusieurs propositions seront émises, entre autres de n’admettre que la langue nationale dans toutes les municipalités, de créer des écoles d’enseignement primaire et pour cela de former des personnes à même d’enseigner le français d’où la création d’Ecoles Normales pour former ces maîtres. De plus, les langues régionales rappelaient, sans doute, beaucoup trop l’Ancien Régime !

Le nombre de francophones ne cesse d’augmenter, de 200 millions en 2010 on en prévoit quatre cents d’ici 2040, le nombre sera alors supérieur aux locuteurs anglais. Le français est la seule langue avec l’anglais à être parlé sur les cinq continents. La langue la plus francisée depuis Guillaume le conquérant est l’anglais.

Depuis 2007, le français a remplacé l’anglais comme langue obligatoire à l’école de la Sarre en Allemagne, la Chine voit un développement faramineux du français.. l’Afrique.. et dans tant d’autres pays également..

En 1990, le Conseil supérieur de la langue française a fait quelques rectifications légères de l’orthographe, telles par exemple de supprimer des accents circonflexe sur le verbe paraître .. île etc.. mais ceci est laissé à la discrétion des usagers.. il faut laisser voir ce que l’usage en fera .. Une langue évolue lentement, elle digère ou rejette ce qui ne lui convient pas ..

800px-La_Coupole_de_l-Institut_de_France.jpgLa Coupole, où se réunissent les académiciens lors des séances publiques.

Quant à l’Académie française, elle appelle la féminisation des mots, des contre-sens linguistiques puisque lorsque le masculin est uniquement employé, c’est un Neutre, par conséquent l’utilisation de forme féminine pour un mot qui n’en comporte pas n’est pas souhaitable. De plus, les fonctions des grades ou des titres ( ministre, maire, professeur, auteur, écrivain.. etc.. ) doivent être distingués des personnes qui l’occupent, on dira donc” Madame la Ministre” et non pas la "ministresse", ainsi de suite. Ce sont les féministes qui ont inventé ces barbarismes et qui tentent de les faire accepter mais les résistances sont nombreuses, particulièrement en France. Il faut donc observer dans le temps ce que la langue en fera, si elle les rejettera ou les intégrera.

C’est ainsi également pour de nombreux mots étrangers, entre autres des mots anglais à la mode il y a quelques années ont été depuis totalement rejetés.. même s’il en arrive de nouveaux, ce sont quelquefois d’anciens mots français qui sont allés faire un petit tour en Angleterre durant quelques siècles et qui nous reviennent avec un autre sens, en tous les cas avec une autre prononciation, ce qui nous permet à peine de les reconnaître !..

La richesse du français est indéniable, nul besoin d’en rajouter, c’est aussi la langue des calembours, il existe tant d’homophones, une vraie mine pour les écrivains, les poètes.. jouer avec les mots est une merveille et donne une grande agilité d’esprit.

L’habitude est ancienne, depuis Charlemagne, de puiser aux sources gréco latines pour former de nouveaux mots, et quelquefois pour deux mots identiques, on peut observer avec intérêt qu’on se servira de ces deux sources, ainsi par exemple, on utilisera un mot avec la racine latine comme aqua et l’autre avec la racine grecque hydro ...

Anatole France avait écrit cette phrase sublime :

"La langue française est tout comme une femme, cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, à la fois touchante et voluptueuse, chaste et noble, mais aussi folle que sage, tant et si bien qu’on l’aime de toute son âme et qu’on n’est jamais tenté de lui être infidèle.”

Sources : http://www.vigile.net/C-est-une-longue-et-belle-Histoire

Toutes les illustrations proviennent de Wikipédia

Publié dans Culture

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Indigné 27/08/2011 19:42


Non, Monsieur Jean, vous m'avez mal compris. Il n'y a aucune généralité, je parle de l'attitude du système québécois global, État, Éditions..., vous, vous évoquez quelques exceptions voire
individualités. Exceptions très peu lancées et très peu connues en général au Québec. C'est comme si on disait que la France d'aujourd'hui est belliciste, c'est du système étatique qu'il s'agit par
de chaque individu. Il y a plein de français contre le bellicisme de l'État.


jdor 27/08/2011 19:48



Je dois reconnaîte que je ne connais rien au système étatique québécois d'aujourd'hui.  Je dois de plus, dire, que si j'écris des articles politiques, je préfère, et de loin, les personnes.
Nous sommes tout à fait d'accord quant au bellicisme de notre Etat...



Indigné 27/08/2011 19:21


Le français au Québec, c'est de l'amour-haine. Québécois, peuple à crise d'identité multiple, (entre autres, linguistique) qui a peur du langage articulé et qui ostracise bêtement comme pestiféré,
tout locuteur francophone qui ne "joalise" ou ne "minimalise" le français parlé ou écrit.

Personnellement, je ne prends pas la francophonie québécoise, par trop réductrice et mesquine, au sérieux. Je sais qu'après cette brève vérité simplement dite, car la vérité blesse, les québécois
qui me lisent vont crier en chœur contre moi, comme un mauvais sort: "snobinard", nous te haïssons!

Moi, j'aime vraiment le Québec, c'est pour cela, je crève l'abcès en lui disant sa vérité tout en reprenant le vieux De Gaulle, mais dans le sens de la libération mentale: vive le Québec libre!
Libre de ses complexes, ses niaiseries de détestation de toute élévation langagière où il ne s'assume pas alors qu'il aurait pu être si grand d'être moins mesquin moins terre-à-terre moins
excommunicateur avec la culture structurée qui n’est pas qu’exotique ou d’assouvissement.


jdor 27/08/2011 19:31



Je crois que les généralisations sont toujours dangereuses. Pour ma part, j'ai la chance d'être un ami d'une formidable poète québecoise, plasticienne reconnue dans tout le Canada. J'ai eu le
bonheur de la reoncontrer en mars dernier, à Paris. Croyez-moi si le voulez, mais je n'ai vraiment rien à lui apprendre de la langue française. Et c'est même, peut-être, le contraire...


Demain, je publierai la deuxième tribune qui parle justement du français au Québec.


Merci de votre intervention


Jean