De la langue française 2/2

Publié le par jdor

 

Ce deuxième texte de Marie-Hélène Morot-Sire nous parle plus précisément du combat, toujours en cours, pour la sauvegarde de la langue française de nos « cousins » du Québec. Ce combat, même s’il n’est pas terminé, je le trouve exemplaire et, nous autres, en France, nous ferions bien de le regarder de près, tant les abandons, notamment dans les medias, mais également du côté du pouvoir, mettent notre langue en danger. On érige en mode, le fait de truffer nos phrases de mots anglais. A mon sens, c’est lamentable…

Et puis, je trouve inacceptable que nos medias, notamment la télévision, toutes chaînes confondues, ne parlent pratiquement jamais du Québec alors que les liens culturels sont évidents et forts. (Jean Dornac)

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Ce 26 Août 1977 adoption de la Charte de la Langue française

par l’Assemblée Nationale du Québec, appelée aussi loi 101

Marie-Hélène Morot-Sir
Tribune libre de Vigile
vendredi 26 août 2011

 

Elle avait été proposée sous le gouvernement de René Levesque. Elle fait du français la langue officielle du travail, de l’enseignement, du commerce et des affaires.

image.aspx.jpgPréambule de la Charte de la langue Française :

Drapeau charte

“ La langue distincte d’un peuple majoritairement francophone, la langue française permet au peuple québécois d’exprimer son identité. L’Assemblée nationale reconnaît la volonté des Québécois d’assurer la qualité et le rayonnement de la langue française. ”

Les Français arrivés de France pour bâtir la Nouvelle France au 17ème siècle, s’ils ont cette diversité linguistique qui est celle du Royaume de France de cette époque lointaine, vont très rapidement, et beaucoup plus rapidement que sur le sol de leur mère patrie, employer la langue française. Cette langue française était une des langues régionales de la France, c’était celle de la région de l’île de France.. Elle deviendra la langue nationale par la suite, imposée par François 1er même si chacun continuait à parler sa propre langue régionale chez lui.. ce qui perdurera longtemps.. cf l’article de Vigile du 13 juillet dernier “ C’est une longue et belle Histoire celle de notre langue française(Voir : http://www.etat-critique-blog-politique.com/article-de-la-langue-fran-aise-1-2-82640947.html)

Cette fusion linguistique a eu lieu facilement parce que près de 90 % des Français venaient de régions du Nord de la France ou du Nord Ouest c’est-à-dire qu’ils parlaient déjà des langues régionales de langue d’oïl qui se rapprochaient beaucoup du français d’Ile de France. Mais surtout la langue française leur permettait à tous de se comprendre.. Il a été observé que plus de la moitié des Français avaient reçu une instruction puisqu’ils savaient signer les actes officiels, plus d’un tiers exerçait un métier impliquant une bonne connaissance du Français.

Le Québec http://membres.multimania.fr/quebecunpays

Carte-Quebec-petite.jpgLes visiteurs venus au cours du régime Français, sont tous unanimes, ils ont tous écrit que les Français du Canada parlaient parfaitement le français.

Ainsi Charlevoix en 1720 au cours de son voyage officiel écrira :”Nulle part ailleurs on ne parle aussi purement notre langue, on ne remarque même ici aucun accent

Montcalm lui-même en 1756 dans son journal “ les paysans parlent eux aussi très bien français

Bougainville en 1757 « les Canadiens parlent avec aisance, leur accent est aussi bon qu’à Paris .. »

Ainsi nous pourrions en citer encore et encore..

C’est intéressant également d’observer pourquoi, si les Français au Canada parlaient exactement comme les Français de la région parisienne, on a pu constater par la suite des différences avec les Français de France, ce sont ces derniers qui ont légèrement divergé dans leur prononciation.. Cela s’est en effet passé juste après la révolution française .. mais c’est encore une autre intéressante histoire ..

Ce bel essor va connaître une rupture avec le traité de Paris de 1763, le français perdra son statut de langue royale même si par la suite l’Acte de Québec en 1774 va lui redonner un statut juridique.

Dès 1789 le rêve des Britanniques est d’angliciser au plus vite le bas Canada ainsi Hugh Finlay écrit “que les maîtres d’école soient Anglais si nous voulons faire des Anglais de ces canadiens !

En 1831 “ le Canadien” journal francophone lancé par Etienne Parent a pour devise “Nos institutions, notre langue, nos lois !

En 1839 Lord Durham et son impitoyable rapport, dans lequel au sujet de la langue il note :”la langue les lois et les caractères du continent Nord Américain sont en .. anglais ! Toutes autres races que la race anglaise apparaît en état d’infériorité, il faut en faire des provinces anglaises !“ Tous ces efforts resteront vains et cela jusqu’ici, devant la ténacité et le remarquable courage dont feront preuve les locuteurs français sur cette terre québécoise.

Au 19ème siècle tous seront surpris du mépris affiché par certains anglo-saxons jugeant le français “canadien french patois” en opposition au français de France en général, et de Paris en particulier. Pourtant cela n’a aucun sens de parler de “patois”, puisque les Français qui étaient venus en Nouvelle France ne parlaient pas du tout patois, ainsi que nous l’avons vu !

Devraient-ils alors se moquer à leur tour des Anglais du Canada ou de ceux de ces nouveaux États-Unis d’Amérique, en se demandant s’ils ont eux aussi, pour leur part, la prétention de parler l’anglais de Londres, ou des universités de Cambridge ou peut-être d’Oxford ?.. Sans jamais oublier, que cette langue anglaise s’est construite au départ autour de 50% de mots issus du français..

Ces jugements anglo-saxons préétablis vont néanmoins servir à remettre véritablement en question, la langue française au Québec, à s’interroger sérieusement sur sa qualité, savoir si la langue ne s’est pas trop déstructurée, influencée par le bilinguisme ambiant, de pouvoir regarder aussi de plus près les tournures incorrectes, tout cela dans le but non seulement d’améliorer la langue, mais de freiner largement l’anglicisation pure et simple.

A partir de 1960 elle ne sera pas l’apanage des seuls Canadiens français mais de tous les Québécois.

Quant au joual employé pour démontrer la contestation de l’ordre établi, pour se démarquer du français de France, il est truffé d’anglicismes et de tournures incorrectes, ainsi que d’archaïsmes, c’est pourquoi pour un grand nombre de Québécois, ce joual est condamné à rester isolé, il ne peut en effet permettre de communiquer avec les autres francophones dans le monde. Jean-Paul Desbien dira du Joual “c’est aller vers l’impasse de l’expression

Ainsi on se tournera davantage vers une meilleure façon de parler. S’il faut parler correctement le français, on admet alors que la langue française peut avoir des caractères propres au Québec, comme elle en a en Belgique, au Sénégal, aux Antilles Françaises ou .. en Provence !

En 1867 la langue française obtient pour la première fois un statut officiel, lors de l’établissement de la confédération, à égalité avec l’anglais, même si pourtant ces deux langues ne disposent pas du même poids, on est bien loin de parler anglais et français d’un océan à l’autre ! Au Québec il est admis qu’on puisse parler le français, mais dans le Rest of canada seul l’anglais est de rigueur, à part quelques petites enclaves francophones en dehors du Québec..

Le Canada se veut un pays de langue anglaise.

De 1850 à 1960 la population québécoise va considérablement augmenter grâce à la revanche des berceaux, elle passera de 900.000 à plus de cinq millions, cela permettra d’ancrer, pour de bon, le français sur la terre québécoise.

 Pierre E. Trudeau http://www.lestudio1.com/Editeur2007D.html

trudeauBlogue2.jpgPierre E. Trudeau premier ministre fédéral impose le 7 septembre 1969 la loi sur les deux langues officielles pour tout le Canada mais en 1974 la réponse à Pierre E. Trudeau va se faire grâce au gouvernement de R. Bourassa qui adopte la loi 22 faisant ainsi du français la seule langue officielle du Québec.

Quant à la loi suivante, la loi 101 elle sera beaucoup plus ambitieuse que cette loi 22, non seulement elle va la renforcer mais elle accroît et renforce le statut de la langue française, elle contribuera en même temps à une refrancisation du Québec, étouffé par deux cents ans de colonialisme britannique..

Camille Laurin, ministre alors de la culture, pour mettre en œuvre cette Charte, va instituer non seulement l’Office de la langue française, mais aussi instaurer une commission de toponymie, ainsi qu’une commission de surveillance et d’enquêtes, avec un Conseil de la langue française. L’Office doit permettre de normaliser les termes et les expressions.

C’est ainsi qu’en avril 1977 l’Assemblée nationale du Québec prend acte du constat établi par le livre blanc sur la politique de la langue française que le ministre Camille Laurin rend alors public, fondé sur les commissions Parent, Laurendeau-Dunton et Gendron, mais aussi sur l’Office de la langue française. La conclusion démontre que la situation de la langue est totalement inacceptable et sur plusieurs points..

-       La nécessité de redresser la situation avec les autres langues parlées.

- l’évolution démographique laisse entrevoir une baisse des Québécois francophones ce qui s’observe depuis 1951 alors que dans le même temps une fort tendance d’arrivées d’immigrants, ces derniers non seulement s’intègrent davantage à la communauté anglophone mais leurs enfants fréquentent les écoles anglaises.

- Dans les entreprises le français se trouve cantonné dans les plus petits emplois et donc aux plus faibles revenus, alors que l’anglais est la langue des affaires.

- Un grand nombre de Québécois sont insatisfaits de la qualité de leur français.

- il est bien entendu largement reconnu qu’il est important d’apprendre d’autres langues, et de respecter les minorités et leurs cultures.

Assemblée Nationale du Québec http://lefinrenard.com/page/3

PC_081021ass-nat-quebec_8.jpgAu cours des années 90 le bilinguisme réapparaît au travail, ainsi que l’usage exclusif de l’anglais dans plusieurs nouveaux secteurs, des secteurs qui n’existaient pas auparavant, que ce soit dans l’industrie ou dans les hautes technologie.

Ainsi que l’a déjà écrit Simon Girard en 2007 :” Cette charte de la langue française est un bel arbre que nous avons planté mais qui depuis a été cisaillé de toutes parts [...] Pour assurer la pérennité du fait français dans ce coin d’Amérique du Nord, il faut rétablir la loi 101 dans toute son intégrité exactement comme elle l’était lors de son adoption ce 26 août 1977

Sources : http://www.vigile.net/Ce-26-Aout-1977-adoption-de-la

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