Des élections et des "people"

Publié le par jdor

A mesure que les candidatures s’affirment pour les présidentielles, on lit que telle ou telle « célébrité » votera pour tel ou tel candidat. C’est une manière de nous infantiliser…

Je ne sais pas ce qu’en pense la majorité des citoyens de notre pays et partout où se pratique cette manipulation grossière des esprits. La majorité des candidats semble incapable de présenter des idées nouvelles pouvant nous sortir d’un système mortifère pour les humains comme pour la nature. Et pourtant, ô combien, il est urgent de briser ce système, quelque soit le temps nécessaire pour l’abattre. L’important étant de commencer !

Alors, ne pouvant nous présenter des idées qui pourraient nous enthousiasmer, nous faire lever en masse avec, enfin, une nouvelle espérance pour nous, et plus encore pour nos enfants, les publicistes professionnels, avec l’accord des candidats, voire leur demande, nous bombardent presque tous les jours avec les nouveaux peoples qui soutiennent leurs candidats. Et il semblerait que cette mise en scène, fonctionne. L’intrusion de la publicité marketing dans la politique, à mes yeux, démontre qu’il n’y a plus de « grand homme (ou femme) d’Etat », aujourd’hui, en France. Imaginez-vous le général De Gaulle posant aux côtés des people pour être élu ? C’eut été absurde…

sarko-vedettes.jpghttp://kalashump.skyrock.com

Pêle-mêle, Henri Salvador, Faudel, Charlotte Rampling, Jean Reno, Michou, Arthur et Dominique Farrugia ont assisté au meeting du candidat UMP à Bercy.
Parmi les sportifs présents figuraient Alain Prost, David Douillet, Henri Leconte, Basile Boli, Philippe Candelero.

Souvent, je me demande si j’appartiens vraiment à l’époque actuelle, tant ma manière de fonctionner est très différente de ce que j’entends ou voie, ici ou là. Peut-être est-ce dû à mon éduction, notamment scolaire, des années cinquante à mi-soixante. Ou, peut-être, ai-je un ego trop important ? Toujours est-il, que je me refuse catégoriquement à choisir un candidat à une élection parce qu’un artiste, quel qu’il soit, soutient ce candidat. En quoi, un people, pourrait-il me faire progresser dans mon opinion sur le programme d’un candidat ? Tout simplement en rien ! Hormis son image médiatisée, souvent à l’outrance, il ne m’apporte rigoureusement rien ! C’est l’image parfaite du vide ! J’avais été réellement choqué, en 2007, lorsque j’ai vu la pléthore de people qui soutenait Sarkozy. Je trouvais, et n’ai pas changé d’avis, cela particulièrement ridicule et offensant pour l’électeur. En fait, la présence et la mise en avant de ces people, à mon avis, sont les « cache-misère » de l’indigence des idées et pensées du candidat qui les affiche à ses côtés.

La publicité, car ce n’est rien d’autre qu’une opération marketing, cherche à promouvoir un « produit » politique, avec l’apport de « produits » médiatiques. C’est d’une légèreté incommensurable ! On cherche, ainsi, à lancer des messages « subliminaux » pour que nos esprits, supposés stupides et incapables de se faire une opinion tout seuls, votent « bien », autrement dit pour le « produit » soutenu par la publicité, mais hélas également par « le marché ». Celui-ci s’immisce partout, y compris en politique, puisque, par exemple, la démondialisation prônée notamment par Arnaud Montebourg, serait un danger pour les affaires du « marché ». Le marketing aura donc pour mission de « promouvoir » le « produit politique » le moins nuisible à ses intérêts.

Jacques Ségala, entendu chez Ruquier, l’autre jour, affirme avec toute sa morgue habituelle, que cette forme de publicité est nécessaire dans l’espace démocratique. Je comprends bien qu’il défende son beefsteak et sa Rolex, mais son affirmation revient à se « foutre de notre gueule ». Non, le système publicitaire n’est pas nécessaire pour une élection. Il ne l’est que pour des candidats sans esprit, sans charisme, sans idées ou complices du système. Comment ne pas le comprendre à propos de l’élection de Sarkozy, il y a quatre ans ? L’absence d’idées neuves, une fois oubliés les discours de monsieur Guaino, comme la complicité avec le monde des affaires, était évidente concernant Sarkozy et son quinquennat me démontre que j’avais raison. Deux ou trois ans durant, il n’a pu faire autre chose que de vivre comme un people, comme ses « idoles ». On a vu le ridicule que cela entraînait, à notre plus grande honte, par rapport au reste du monde.

Le marketing politique, si nécessaire aux yeux de Ségala, me démontre que les politiciens de notre époque n’ont plus d’idées ou alors, peut-être pire, ont tous les mêmes idées, hormis deux ou trois candidats, et surtout l’incapacité tragique de changer réellement les choses, et même d’en avoir la volonté. Il est vrai que la social-démocratie reconnaît le capitalisme et, du coup, n’a rien de neuf à présenter face aux promoteurs, quasi génétiques, du système qui écrase sans remords les peuples et particulièrement les pauvres de la terre.

Mais diable, qu’en est-il de l’intelligence des citoyens ? Comment peuvent-ils suivre, tels les moutons de panurge, un candidat parce qu’un chanteur, un acteur, un sportif s’affiche à ses côtés ? Comment font-ils pour abandonner leur esprit critique et leur libre-arbitre pour la seule raison d’un individu médiatisé pris en photo à côté d’un candidat ? Avec une telle façon de choisir un candidat réalisent-ils qu’ils ne servent plus la démocratie de leur pays, mais seulement les intérêts mercantiles à la fois des candidats et des vedettes qui s’affichent ? Réalisent-ils qu’on les prend pour des gamins de maternelle que l’on conduit par la main, là où ils ne veulent pas forcément aller ? Comment s’étonner qu’un pays comme la France s’appauvrisse, intellectuellement et politiquement, à partir du moment où nombre de ses citoyens abandonnent leur libre choix dans les mains de gens qui n’ont pas autre chose à offrir que leurs succès musicaux ou sportifs ?

Il est certain qu’il n’y a pas meilleur moyen de pérenniser le système capitaliste financiarisé qu’en menant les électeurs potentiels par le bout du nez et par la stupidité publicitaire. Je peux vous paraître dur, mais franchement, la démocratie dirigée par des publicistes, c’est tout sauf la démocratie. Et nous en voyons déjà très largement les effets : Baisse tragique de la conscience politique ; abandon de tout esprit critique ; absence de combativité…

http://blogs.lexpress.fr/media/2011/01/17

jacques-seguela.jpgPendant ce temps, la société de la marchandisation avance ses pions, écrasant toute velléité de résistance de ceux qui n’ont pas abandonné leurs convictions. La foule se tait lorsque le pouvoir donne des sommes faramineuses aux banquiers pour tenter de réparer les dégâts de leur propre voracité. La foule se laisse dépouiller, semble-t-il sans remords, de ses services publics, y compris l’un des plus importants, l’Education nationale, sans oublier la Santé. La foule se tait et accepte les affirmations des politiciens dans l’allongement de la durée de travail avant une retraite de plus en plus hypothétique. Et le pire reste que cette foule vote le plus souvent pour les candidats qui vont la spolier au fil des années de présidence de la République !

Pas plus que le marketing politique, je ne supporte le déferlement de tweet pour tel ou tel candidats, actuellement en faveur de certains candidats socialistes. Hier soir, par exemple, c’était un raz de marée pour Martine Aubry. Il y en avait tant, que cela tournait franchement au ridicule. Idem, d’autres jours, pour Ségolène Royal ou François Hollande. A force d’insister aussi lourdement, avec des tweets sentant fort la méthode Coué, ces militants-là ne réalisent pas qu’ils finissent par écoeurer l’électeur potentiel, non fanatique qui, par une sorte de geste d’auto-défense devant cette agression, s’il décide tout de même d’aller voter ce dimanche, se tournera vers des candidats plus calmes, donc bien plus sûrs d’eux et de leurs idées. Les abus des supporters, comme en tout domaine, finissent par se retourner contre ceux qui les utilisent.

Pour ma part, je trouve que l’idée des primaires est positive. Pour ceux qui ont la patience d’écouter les débats, c’est une possibilité de se faire effectivement leur propre opinion. Si ce genre de pratique se poursuit et se généralise pour tous les partis politiques, peut-être, éviterons-nous l’intrusion de la publicité et du marketing dans la politique. La démocratie y gagnera sans nul doute. Je suis peut-être trop utopique, mais qui sait ? Il suffirait qu’une large part des citoyens tourne le dos aux candidats livrés aux publicistes, pour que les choses évoluent…

En tout cas, c’est ce que je souhaite pour la France, pour un retour vers une démocratie digne de ce nom, ce qu’elle ne peut être en se soumettant méthodes de la publicité, donc « au marché ».

Jean Dornac
Paris, le 7 octobre 2009

Publié dans Réflexions

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Patrick MIGNARD 07/10/2011 20:34


Tout à fait d'accord,... Je n'ai rien à rajouter !


jdor 07/10/2011 20:36



Merci Patrick ! Heureux de cet accord entre nous!



Nathalie 07/10/2011 17:35


Que du vrai!
Vous avez le don de saisir les travers de la société!
Et c'est une bonne idée que d'avoir parlé des "people",en espérant ne pas les revoir au moment des éléctions,car c'est gros comme une maison qu'ils font cela pour eux ,mais bien mal leur en a
pris,car certains se sont fait huer et ne vendent même plus de disques ...les karmas!
Continuez à ouvrir les yeux de certains qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez..


jdor 07/10/2011 17:45



Vous savez, on n'ouvre les yeux que de ceux qui veulent bien les ouvrir.  Pour ma part, j'espère juste être amener un complément de réflexion personnelle pous ceux qui veulent bien me
lire...


Merci pour votre réaction !!