Deux Histoires en une seule : hier la Nouvelle France, aujourd’hui le Québec devenu

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Par Marie-Hélène Morot-Sir

Le roi de France Henri IV, en 1603 avait commissionné Pierre Dugua des Monts et plusieurs expéditions de l’autre côté de l’Atlantique comprenant son cartographe et géographe Samuel de Champlain, cela plus de soixante-dix ans après les premières expéditions de Jacques Cartier envoyé par François Ier, toujours dans le même but qui était celui de cette époque de rechercher à l’instar de Christophe Colomb, une autre route pour atteindre le continent asiatique…

http://www.francisdionne.qc.ca/intro/400ans.htm

champlain.jpgLa France est arrivée sur ces terres lointaines d’Amérique septentrionale et c’est de cette façon qu’une poignée de Français a ainsi traversé petit à petit les mers… Partis de France, il y a quatre cents ans, ils ont bâti ce pays de la Nouvelle France. La France est restée là-bas, sur ce sol d’Amérique du Nord, durant cent cinquante ans.

Cent cinquante années à établir des liens solides et importants, d’amitié et d’affection avec certaines tribus amérindiennes, ou à lutter contre d’autres qui étaient poussées par les Anglais, installés le long de l’Atlantique dans les colonies de Nouvelle Angleterre, ces derniers convoitant depuis si longtemps la Nouvelle France.

Cent fois plus nombreux que les Français, ils n’avaient, malgré leur nombre, jamais pu les vaincre sur terre, car ces derniers avec l’aide de leurs alliés Amérindiens avaient appris à survivre dans les bois, mais aussi à se battre à la manière amérindienne… Survint William Pitt ce premier ministre Britannique. Il jura qu’en attaquant les Français sur mer, cette fois, l'Angleterre y parviendrait enfin ! Il mit alors tout en œuvre dans ce but en s’appliquant à faire construire une importante flotte, qui en définitive greva si terriblement les finances de ce pays que cela entraînera la révolte des colons anglo-saxons de la Nouvelle Angleterre jusqu’à ce qu’ils obtiennent leur indépendance... et ils créeront les Etats-Unis d’Amérique… La conséquence en sera donc terrible pour l’Angleterre, elle gagnera certes la Nouvelle France mais perdra toutes ses colonies d’Amérique du Nord !  

En effet, ce qu’avait envisagé Pitt fonctionna, la forteresse française de Louisbourg, véritable verrou qui gardait l’entrée du golfe du Saint-Laurent tomba en 1758, la porte de la Nouvelle France devenait donc accessible…

Eut lieu alors, le 13 septembre 1759, la tristement célèbre bataille des plaines d’Abraham devant Québec, où un général Français, le marquis Louis Joseph de Montcalm, envoyé par le roi, sans vouloir écouter les avis du Gouverneur Pierre Rigaud de Vaudreuil, seul gouverneur à être né sur le sol du Canada, sans vouloir de ce fait attendre de rassembler toutes les forces, commença la bataille alors que rien ne l’obligeait à se précipiter ainsi à part son égo (?). C’est pourquoi, en 30 minutes à peine, tout était terminé, le général anglais James Wolf et le général Français Louis de Montcalm furent tués tous les deux… Cette bataille, cependant, ne fut pas ce qui fit perdre la Nouvelle France à la France, même si les Anglais l’avaient emporté devant Québec, et s’ils avaient pris possession de la ville... Car les Français, au printemps de 1760, c’est-à-dire quelques mois après, gagnèrent, et avec panache, la bataille de Sainte Foy…

Louis XV

louisXV.jpgCe qui fit réellement tomber la Nouvelle France entre les mains des Anglais, et cette fois définitivement, c’est la seule décision du roi de France Louis XV ! Sans aucun état d’âme, il les a tous abandonnés, au Traité de Paris du 10 février 1763, traité qui mettait fin à cette guerre de sept ans en Europe. Ce roi a préféré garder l’île de saint Domingue et les autres îles à sucre des Antilles, avec la richesse qui en découlait, plutôt que la petite colonie française glacée des bords du Saint-Laurent... 

Les premiers à partir avec le drapeau et les soldats du roi de France, furent le gouverneur de la Nouvelle France et toute sa maison civile, ainsi que tous les Français nés en France et arrivés depuis peu en Nouvelle France car ils y avaient gardé des liens. Seuls, sont restés, principalement, les Français nés au Canada, appelés  Canadiens, ( Ganata-ha mot Onnaontagué  une des cinq tribus Odinossonis dites Iroquoises). Leur pays était cette terre où leurs pères et les pères de leurs pères avaient planté leurs racines… C’étaient eux qui avaient bâti ce pays, ils y étaient chez eux… Ils se sont retrouvés à peine soixante cinq mille et, malgré la défaite, malgré le départ de la France, non seulement ils se sont maintenus, non seulement ils ont résisté à l’adversaire, mais ils ont gardé un petit coin de leur langue de France, si loin de leur ancienne Mère Patrie, et les voilà aujourd’hui près de huit millions…

Le Conquérant anglo-saxon a tenté de les humilier, de les écraser, de les mépriser, de fouler au pied leur langue en leur donnant des ordres avec arrogance, tel le terrible « Speak White ! » tout comme d’autres anglo-saxons ne manqueront pas de le faire en Louisiane un siècle plus tard !...

C’était  d’autant plus facile que cette petite population était principalement composée d’artisans et de paysans même si la plupart savaient lire, ils étaient certainement assez peu instruits en ce début de 18ème siècle, tous les gens riches, les intellectuels, étaient rentrés en France avec le drapeau du Roi… Nous devons encore plus les admirer car, malgré cela, ils ont réussi, aujourd’hui, à devenir les égaux de ceux qui les écrasaient, à faire des études, à diriger des entreprises, à avoir des universités, etc…

 Ils ont, aujourd’hui, l’âge d’homme, leur patrie c’est la terre que leurs pères et les pères de leurs pères ont défrichées, celle où ils ont pris racine, leur terre s’est appelée le Canada, jusqu’à ce que des étrangers s’en emparent !


“Tout cela vient de nos pères les Français, des étrangers sont venus, ils ont presque pris tout le pouvoir...Félix Antoine Savard

Une fois sous mandat fédéral anglais, les Canadiens se sont arc-boutés pour résister à l’envahisseur anglo-saxon, afin de conserver leur langue, leur religion et leurs coutumes…  Et l’Anglais a dû, un moment, les respecter, l’Acte de Québec de 1774 le démontre ! Même si pourtant cet Acte a été fait dans un contexte où les colonies anglaises de Nouvelle Angleterre se soulevaient, désirant leur indépendance et pouvant faire craindre au gouvernement anglais du Canada que les Canadiens n’aillent soutenir les insurgés anglo-saxons dans leur révolte contre Londres.

Puis, ces descendants français, eux qui étaient les Canadiens, eux qui avaient fondé ce pays, pays qui fonctionnait parfaitement, dans lequel les Anglais n’avaient eu qu’une seule peine celle de s’installer, ont décidé alors de s’appeler  « Canadiens Français »  en opposition très vive, aux nouveaux canadiens anglais, afin de se démarquer de tous ces colons anglais arrivés récemment, depuis la conquête anglaise sur leur sol, qui en habitant à présent au Canada revendiquaient pour eux aussi ce nom de Canadiens.

Plusieurs épisodes ont suivi : Ce Canada Français, l’ancienne Nouvelle France, a été divisée en Bas et Haut Canada, lorsque les Anglais ont été de plus en plus nombreux à arriver, d’une part avec l’apport des loyalistes de Nouvelle Angleterre, au moment de l’indépendance et de la création des nouveaux Etats-Unis d’Amérique, mais aussi par la suite au fur et à mesure que de nouveaux colons anglophones ou allophones arrivaient. Pour s’installer, ils se sont avancés toujours plus loin et jusqu’au Pacifique, chassant et repoussant les tribus amérindiennes comme, entre autres, le peuple Métis au Manitoba, avec la terrible pendaison de leur jeune chef Louis Riel !

http://classiques.uqac.ca

carte_8_p_044_33.jpgAujourd’hui, après 252 ans de mandat fédéral anglais, ce gouvernement anglophone du Canada regroupe dix provinces dont celle de ce Québec devenu.

Les avis sont partagés selon les personnes... Un très grand nombre revendique avec fierté ce nom de Québec et de Québécois, mais cela n’empêche pas certains de regretter que les descendants Français soient de moins en moins visibles. En effet, tout comme pour le Canada, où s’appellent Canadiens ceux qui vivent sur le sol du Canada,  au Québec toute personne vivant sur le sol du Québec est un Québécois qu’il soit francophone, anglophone ou ... allophone !.. Ils ont pensé, ou on leur a fait croire, qu’en acceptant de devenir la province of Québec, cela leur permettrait de pouvoir diriger leur pays, mais le Québec n’est toujours qu’une province parmi les autres provinces de l’état fédéral, et en devenant des Québécois on  ne sait plus où sont passés les Canadiens Français. C’est pourquoi lorsqu’on se trouve devant un Québécois, on peut très bien ne pas savoir devant qui on se trouve… Est-ce un descendant français ou non ? Est-ce une personne qui penche pour la souveraineté ? Pour l’indépendance ? Pour le fédéral ? Pour rien du tout ? Car cela existe aussi ce dernier cas, des personnes totalement indifférentes et se trouvant très bien dans leur petit confort personnel, sans désirer autre chose, sans vouloir revendiquer aucune valeur intrinsèque…

En observant le parcours des Acadiens, ces Français installés en Acadie au 17ème siècle, (Nouvelle Ecosse), nous pouvons constater qu’ils se sont appelés Français d’Acadie, puis Acadiens, et quatre cents ans après, ils s’appellent toujours Acadiens, on sait donc où ils sont. Ce qui n’est pas la même chose pour les Français de la Nouvelle France, ces Canadiens, pourtant, pour eux, cela n’a pas été un vrai choix puisque des étrangers se sont emparés de leur pays, « la Nouvelle France appelée vulgairement Canada » (vulgairement = communément) et la conséquence en est, aujourd’hui, qu’ils sont nombreux ceux qui refusent de se faire appeler Canadiens, parce que, pour eux, les Canadiens maintenant ce sont les … anglophones !

Mais ce Québec, beaucoup plus petit que l’ancienne Nouvelle France, réduit aux seuls bords du fleuve Saint-Laurent, jusqu’à la Baie d’Hudson, est donc né d’un vrai défi, même si beaucoup ont baissé les bras, fatigués de toujours lutter ou même pire se trouvant finalement « confortables » dans ce grand Canada anglais qui décide tout ou presque de leurs vies...On pourrait sans doute dire de ceux-là qu’ils sont passés du côté de l’ennemi…

Certes, certains s’en accommodent très bien, certains sont passés du côté du vainqueur, cela est en effet bien plus confortable que de vouloir continuer à résister…  de se faire traiter de « né pour un petit pain ! » puis, il y a eu aussi beaucoup de mariages inter ethniques qui ont permis de noyer encore davantage les descendants français. Ce qui d’ailleurs avait été préconisé en 1838, après la révolte sanglante des patriotes, par le sinistre Lord Durham, qui avait suggéré à Londres et à Ottawa de délayer au maximum ce petit groupe de descendants français récalcitrants, au milieu d’anglophones et d’allophones de plus en plus nombreux afin qu’on ne les entende plus !...  C’est ce qui est malheureusement en train d’arriver en 2011 ! Le plan de Lord Durham semble inéluctablement arriver à son terme si rien n’est fait rapidement... Il avait dit « on mettra le temps qu’il faudra... », cela fait aujourd’hui 173 ans ! 

Mais il reste encore un noyau de ces ex Canadiens Français, ces Québécois, un petit nombre résiste encore, se bat, pied à pied, pour sa survie dans cet univers anglo-saxon, ainsi que pour sauvegarder la langue française dans ce dernier îlot de francophones, entouré d’anglo-américains… On les traite d’indépendantistes, on les dénigre mais ils ne sont plus assez nombreux aujourd’hui pour faire pencher la balance... Ils veulent récupérer leur pays redevenir « maîtres chez eux » s’affrontant avec les souverainistes, car ceux-là veulent rester dans le grand Canada anglais tout en dirigeant leurs propres affaires, pensant depuis des années que le fédéral finira par accepter cela, mais en réalité voilà plus de cinquante ans qu'Ottawa non seulement ne veut rien lâcher mais leur grignote chaque jour davantage leurs acquis sous prétexte  « d’accommodements raisonnables », y compris sur la loi 101 pour la langue française, qui se réduit chaque jour comme peau de chagrin... Le gouvernement fédéral ne veut qu’une chose, c’est que leur grand Canada anglophone ne démarre qu’avec leur belle civilisation anglaise, gommer les cent cinquante ans de Régime Français, ces affreux sauvages français doublés d’affreux papistes  !

Ces indépendantistes sont les derniers à encore être si fiers de leurs ancêtres venus de France qui ont dans un autre temps, bâti leur pays à la force de leur courage… Et nous, sur le sol de leur ancienne mère patrie nous ne les soutenons pas, personne ou si peu...

Pourquoi en France personne ne les soutient ?  Parce que cela se passe dans les hautes sphères de la politique, il ne faut surtout pas se froisser avec Londres et Ottawa… Il n’y a eu que notre grand général, en 1967, qui avait eu ce courage-là… Et il faut voir combien ils ont été nombreux à en être profondément émus et touchés en voyant la France, leur ancienne mère patrie revenir enfin vers eux avec de Gaulle, tandis que d’autres, bien sûr ceux qui déjà étaient à demi tournés vers les fédéraux l’avaient hautement dénigré, demandant même haut et fort de quoi il se mêlait… Pourtant, il avait tout compris, il avait réellement ressenti ce besoin si vif de reprendre contact avec la mère patrie pour ceux qui étaient restés si vivement dans leur cœur des Français du Canada comme il les appelait...  

bigbangMain.jpghttp://www.torontolife.com/features/big-bang/

Vive Montréal ! Vive le Québec !
Vive le Québec libre !
Vive le Canada français ! Et vive la France !

A part De Gaulle, peu de nos dirigeants, depuis ces deux siècles passés, se sont préoccupés de cette poignée de Français abandonnée en 1763 entre les mains de l’adversaire… Pire même, le roi de France, Louis XV les a carrément cédés volontairement à George III roi d’Angleterre ! Comment ne voulez-vous pas que, quelquefois, ils ne nous traitent de « maudits Français » et cela encore davantage lorsque des Français débarquent chez eux en ignorant TOUT de leur magnifique Passé et de l’injustice qu’ils subissent depuis 252 ans  !

Autre grande injustice, nos medias français ne nous parlent jamais du Québec ou alors uniquement lorsqu’un nouveau chanteur, ou chanteuse, vient sur un plateau télé… Sinon, rien, nous ne savons rien de ce qui se passe chez eux…

Mais, c’est un fait remarquable, les Français sont rapidement émus et sensibilisés dès qu’on leur parle ou qu’ils lisent, eux aussi, l’Histoire du passé… C’est quelque chose d’inimaginable à observer, les liens ne sont pas coupés entre nous, des liens de famille réels puisque leurs ancêtres étaient de notre famille...  et quatre siècles plus tard, nous le ressentons toujours…

Les Anglais, le Gouvernement britannique fédéral leur ont tout pris, le nom même de Canada, ce pays que leurs pères et les pères de leurs pères avaient fondé, c’est pourquoi comme nous l’avons vu, ils en sont venus jusqu’à refuser de s’appeler de leur vrai nom celui de Canadien de peur qu’on ne les confonde avec les anglo-saxons qui  se sont tout accaparé, y compris la mémoire de leur propre passé français, qu’ils tentent d’occulter à l’école et dans les medias...  Ils ont volé leur hymne national « ô canada » et dernièrement, aux jeux olympiques de Vancouver, en 2010, ils ont même pris le symbole autochtone des Cris, des bords de la baie d’Hudson : l’Inukshuk!

Chez nous, en France, il est si important que nous puissions mieux appréhender ce que vivent ces lointains descendant de cette petite branche de notre famille française partie il y a quatre cents ans de l’autre côté de l’Atlantique…

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chassot 06/11/2011 17:57


Gaston Miron avait branché le micro le jour où Charles De Gaulle a envoyé de Montréal : Vive le Québec libre ! Gaston s'est fait enfermé par les anglais ! Gaston n'est maintenant plus de ce monde,
il a contracté le cancer du pancréas durant cet enfermement. Quand à Charles, son aide de camp, lui avait préparé une vedette partie de Cherbourg pour rejoindre Vancouver. Le retard du à cette
manifestation dans tout le Québec, est du à tous les québecois qui de chacune des rives du Saint-Laurent avaient construit des Arcs de Triomphe en fleurs pour la venue du Général, et depuis sur les
plaques d'immatriculation des véhicules, ils ont mis cette phrase : Je me souviens !


jdor 06/11/2011 18:12



Merci pour ce commentaire, c'est important !



Joliet Anne 02/10/2011 20:03


Québécoise et descendante française moi-même je veux vous dire la grande surprise et l'immense plaisir que j'ai ressenti en lisant ce texte si bien fait, décrivant en peu de mots et si parfaitement
mon pays, depuis son origine jusqu'à aujourd'hui..et cela d'autant plus que je perçois dans les écrits de cet auteur une grande affection pour nous, merci vraiment à elle..


jdor 02/10/2011 20:09



Je suis très heureux de votre réaction. Je peux vous confirmer l'affection de Marie-Hélène Morot-Sir pour vous, de même, d'ailleurs, la mienne. Et je suis vraiment ravi de votre joie.



Vincent Bourgeois 02/10/2011 17:05


Ah, merci de cet article qui nous présente si bien et si précisément comment les choses se sont passées depuis ces quatre cents ans écoulés.. et surtout de quelle manière s'est formée cette
Province de Québec... Comment et de quelles personnes elle est composée.. toujours si dépendante aujourd'hui encore du Canada fédéral britannique.. .


jdor 02/10/2011 17:12



Merci pour votre commentaire, mais surtout, merci à Marie-Hélène Morot-Sir qui l'a écrit spécialemenet pour Etat Critique