Etre et rester insoumis ( 2 )

Publié le par jdor

Par Jean Dornac

Effets de l’obéissance aveugle

Pour qu’il y ait obéissance, sans discussion, sauf pour les apparences démocratiques, il faut des lois contraignantes, des lois de surveillance de la population ; il faut des sanctions et, pour les appliquer, des exécutants.

Les exécutants, par mimétisme et profession, imposent, sans réfléchir, les lois et volontés du pouvoir. C’est ainsi que nous en arrivons à une obéissance aveugle exigée et imposée au peuple, quelle que soit la nature d’une décision. Une décision ou une loi peut être l’une des meilleures choses, cela existe aussi et, en général, celles-ci passent bien et n’ont nul besoin d’être imposées. Celles que l’on nous impose sont bien sûr les pires. Et la pire des pires reste la guerre ! Là, l’humain atteint l’aberration absolue ! Par obéissance, il tue d’autres humains qu’il ne connaît pas, qui, le plus souvent, ne lui ont fait aucun mal, mais qui ont le tort de posséder des richesses naturelles, de vivre selon d’autres cultures, d’autres religions, d’autres convictions. Là, oui, l’humain devient fou, l’humain est fou ! Et, par peur ou par endoctrinement, il obéit, il exécute les ordres les plus débiles, les plus stupides, les plus criminels, sans réaliser qu’en niant le droit à la vie de ceux qu’il tue, il renie son propre droit à la vie

J’exècre l’obéissance aveugle des militaires ou des policiers, par exemple. Ces individus, par cette obéissance tragique, n’ayant pas le choix (disent-ils !), abdiquent totalement tout sens de leur propre personnalité, jusqu’à devenir des espèces de robots sans âme, sans conscience et parfois sans cœur. J’ai en tête la violence des répressions policières contre les manifestants, en 1968. J’étais jeune, j’étais effaré d’assister à cela sur mon petit écran. Atroces, ces matraques qui se levaient sur les contestataires comme sur les simples spectateurs ou passants ayant pour seul tort d’être au mauvais endroit au mauvais moment.

68-4568tch.jpgL'armée rouge vue par les tchèques en 1945 et en 1968… sans commentaires

(increvablesanarchistes.org)

De même pour l’esprit militaire auquel j’ai dû goûter par obligation lors de mon service militaire encore obligatoire à mon époque. En ce temps, j’étais loin de la désobéissance civile et même des notions de non-violence alors même que je détestais la violence. J’ai donc obéi, stupidement, moi aussi. Mais, pour autant, si je ne pouvais rien dire ou répondre aux gradés, nul ne pouvait m’empêcher de penser : Vous dire ma réaction faite d’étonnement, de colère, de dégoût, n’est pas évident, tant c’était vaste. Le premier soir de mon incorporation de force (car comment appeler cela autrement ?), un lieutenant, digne de Rambo, aussi ridicule que lui, dans un discours très militaire, tentait de nous faire croire qu’ayant quitté la vie civile volontairement (il ne manquait pas d’humour !), enfin, nous allions être des hommes ! Dans le fond, avec le recul, je plains cet homme et ceux qui lui ressemblent. Ils n’ont rien compris à la vie et ne se rendent même plus compte qu’ils ne sont rien d’autre que des jouets, des marionnettes aux mains des dirigeants du pouvoir… Pitoyable…

Ce qui devient absolument tragique et abominable, en période de guerre, c’est que nombre de militaires, sous prétexte de la supposée obligation d’obéissance, trouvent justifications et excuses aux crimes qu’ils commettent, assassinats, viols, vols, et s’en satisfont, devenant ainsi des monstres, enfouissant leur conscience personnelle dans des abîmes de ténèbres impénétrables…

« Terroriste », un mot bien commode…

 Il est évident, si nous voulons être lucides, ne serait-ce qu’un instant, que ces horreurs ne sont possibles que grâce à la complicité, consciente ou inconsciente des peuples. Le plus souvent, ce qui rend obéissant, c’est la peur face aux pouvoirs. D’où l’évidence suivante : l’intérêt des pouvoirs est de provoquer ou entretenir la peur. On le voit avec le dévoiement des lois sécuritaires depuis dix ans, partout dans le monde, avec l’inflation verbale, qui confine, là encore au ridicule, pour désigner tout groupe de résistance aux pouvoirs sous le vocable infamant de « terroriste ». C’est devenu le « hochet » favori de la majorité des gens au pouvoir dans l’ensemble du monde ! Ainsi, ils pensent et espèrent que les peuples, effrayés par le mot « terroriste » ne se poseront pas la moindre question face aux crimes d’État qui se déroulent ou se préparent… Exemples : la guerre contre l’Irak ou les crimes de guerre (selon la Croix Rouge) commis par l’armée israélienne à Gaza…

repression.jpg(image issue du site www.recit.net)

Dans un passé encore récent, nos pouvoirs occidentaux cherchaient à provoquer la peur au sein de peuple, en traitant tous ceux qui luttaient pour plus de justice de « communistes », puis de « gauchistes » et enfin « d’extrémistes de gauche ». À présent, le vocabulaire s’usant à mesure qu’on le « consomme » avec excès, on en est à « l’ultra gauche »...

Il faut bien reconnaître que, depuis la chute du mur de Berlin, juste avant la fin de l’URSS, ces mots qui se voulaient infamants et devaient résonner dans la tête du peuple comme une alerte majeure, mobilisant la peur, ces discours ne fonctionnaient plus vraiment. Ce n’était plus crédible. Alors, comme un « sauveur » du système, est venu le pain béni du mot « terroriste ». C’est la tarte à la crème des pouvoirs… Qui donc, un peu partout dans le monde, aujourd’hui, des défenseurs des droits de l’homme aux humanistes, en passant par les citoyens simplement choqués par les abus policiers, mais osant réagir, peut s’illusionner encore ? Il est évident que nous tous, qui que nous soyons, si nous osons protester contre l’injustice, nous serons un jour désignés à la haine et à la vindicte du « bon peuple », celui qui obéit sans sourciller, comme « terroristes » !

Il n’est, évidemment pas, pour moi, question de minimiser l’horreur du véritable terrorisme, celui qui frappe, en premier lieu, tant d’innocents. Ces assassins aveugles obéissent, eux aussi, soit à des ordres de religieux fous, soit à des idéologies sorties de cerveaux malades, voire sont manipulés, pour certains d’entre eux, par des services très spéciaux... Mais l’utilisation abusive du mot « terroriste » aboutira, tôt ou tard, à sa banalisation, ce qui est grave.

Nous n’échapperons pas au jugement des générations à venir si nous ne nous levons pas pour imposer l’arrêt des politiques sécuritaires et des politiques de répressions. Celles-ci n’existent que pour faire obéir la majorité des citoyens ! Elles n’ont de sens réel, très fondamentalement, que pour favoriser le pouvoir et les fortunes de quelques misérables castes d’humains se considérant comme supérieures, s’auto proclamant « élite des nations » au mépris, toujours cinglant, de l’égale valeur et dignité de la masse de l’humanité.

Nous n’échapperons pas non plus au jugement de notre propre conscience si, par peur, nous obéissons aveuglément, si nous refusons de devenir des « insoumis ».

L’insoumission, j’en suis persuadé, tout comme la beauté, est ce qui sauvera le monde si nous avons le courage de la faire nôtre. Cela à certaines conditions que j’expliquerai dans un article à venir un peu plus tard…

 

À suivre…

Premier texte : http://www.etat-critique-blog-politique.com/article-etre-et-rester-insoumis-1-85288094.html

Publié dans Réflexions

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See Mee 30/09/2011 01:21


Une partie de vos propos me fait penser à Franck Lepage dans Inculture(s) quand il dit qu'"on nous a volé les mots" qui nous permettait de nommer clairement les choses, en partie ce contre quoi il
fallait lutter pour ne pas être dominé.


jdor 30/09/2011 08:12



Comment ne pas être d'accord avec vous ! C'est vrai en politique, c'est vrai en marketing. Le drame, c'est que très peu de citoyens l'ont compris...