Etre et rester insoumis (3)

Publié le par jdor

Par Jean Dornac


Il est deux ou trois choses qui, depuis quelques années, me dévoilent ce que j’appellerai « l’hypocrisie » des gens de pouvoir, et cela quelle que soit la couleur politique de ce pouvoir. Ces « choses », me laissent penser aussi que, si formellement, nous vivons dans un système qui a toutes les apparences de la démocratie, dès qu’on gratte un peu le vernis de surface, nous sommes loin du compte… dès lors, comment faire autrement que de refuser d’obéir, que de vouloir être insoumis ?

Un système dit « démocratique »… Voir…

Pour des questions d’efficacité, nous sommes passés, à la fin des années cinquante, début des années soixante, en France, au système électoral majoritaire. Il est vrai que de la troisième à la quatrième république, il semblait bien difficile de gouverner. Trop d’intérêts de personnes et de partis politiques empoisonnaient l’exercice du pouvoir, aucun gouvernement ne pouvant rester en place bien longuement. On peut comprendre, dès lors que la très forte personnalité du Général De Gaulle, ne pouvait pas accepter cela. À cette époque-là, beaucoup de choses restaient à reconstruire dans le pays après les ravages tant « physiques » que « psychiques » dus à la guerre encore récente, mais aussi dus à la guerre d’Algérie, cette guerre coloniale qui minait la cohésion nationale tout en engloutissant des fortunes considérables.

Cependant, si le système majoritaire est effectivement efficace pour gouverner au long terme, s’il peut se comprendre et, exceptionnellement s’accepter dans des périodes rudes et avec un Président d’exception, ce qui à mon sens était le cas du Général (mais d’aucun autre depuis), plus rien de tout cela n’a été vrai, à partir des années soixante-dix. Et, aujourd’hui, dans la France de Nicolas Sarkozy, on voit les dérives s’accumuler de toutes parts.

Le système majoritaire, tout en pesant mes mots, s’apparente à mes yeux, à une sorte de dictature (pas forcément violente d’ailleurs) d’un parti sur tous les autres et donc sur la Nation toute entière. Ce parti avec la femme ou l’homme qu’il s’est choisi, avec le soutien pas toujours bien éclairé des électeurs, va imposer, cinq ans durant, sa loi, sa volonté, son diktat. Et cela reste vrai qu’il s’agisse de ce qu’on nomme la droite comme la gauche. Il n’y a pas, durant ces cinq ans, de véritable partage de pouvoir entre la « majorité » et « l’opposition » (à tout le moins l'opposition qui a déjà été au pouvoir). Actuellement, cela devient tellement vrai que c’en est caricatural.

093rdcla.jpg(Le wagon de troisième classe - Honoré-Victorien Daumier)

On peut penser que je noircis le décor, mais, souvenez-vous que l’actuel Président a dit plus ou moins ceci : « J’écoute, mais ne tiens pas compte ». Que penser d’une telle position sinon ce que j’en décris juste ci-dessus ?

Le seul moyen pour contrer, ou du moins en avoir l’illusion, ce pouvoir qui a tout du pouvoir abusif, ce seul moyen qu’ont encore les citoyens, reste la grève ou les manifestations… Actuellement, pourtant, le pouvoir exécutif, avec la complicité du pouvoir législatif entièrement aux mains du même parti politique que le Président, fait tout pour enlever toute efficacité aux mouvements de grève, efficacité pourtant déjà bien réduite depuis des années. Tout cela, bien entendu, au nom de la démocratie qui, une fois de plus a bon dos… Et je ne parle même pas des dérives graves et parfois ridicules du langage utilisé pour stigmatiser les grévistes ; je pense là, particulièrement au terme de « preneurs d’otages » accolé aux grévistes de la SNCF. Las, nombre de citoyens ont pris la très mauvaise habitude d’user de ces termes n’ayant pourtant aucun rapport avec la réalité… Si seulement les gens prenaient l’habitude de réfléchir et d’user d’un langage personnel au lieu de se transformer en « clones » des porte-paroles gouvernementaux…

Lorsque je parle « d’hypocrisie » du pouvoir, je peux donner un exemple qui me frappe toujours. Le Prédisent actuel, comme d’ailleurs ses prédécesseurs, vient nous affirmer que les réformes qu’il nous impose n’expriment que la volonté du peuple, donc pas les députés élus, mais également parce qu’elles figuraient dans son programme électoral avec lequel il a été lui-même élu.

Je suis choqué à plusieurs titres lorsque j’entends, trop souvent, ce genre de ritournelle. D’abord, par rapport aux élus, députés et sénateurs. Ils seraient la voix de la volonté populaire puisqu’ils ont été élus. C’est oublier un peu vite, mais surtout mettre de côté comme quantité négligeable tous les citoyens qui n’ont pas voté pour les élus en question. Ce qui représente tout de même une bien grande foule… Ceux-là, à l’évidence pour les détenteurs du pouvoir, ne sont que quantité négligeable, dans le meilleur des cas, ou alors, ils ne sont considérés que comme des ignares, voire des ennemis…

Et c’est, bien sûr, la même chose concernant le Président. Lors de son élection, en mai 2007, sur 44.472.363 millions d’électeurs inscrits, seuls 18.983.408 millions ont choisi Nicolas Sarkozy comme Président. Ce qui, il faut bien en convenir, est loin, très loin de représenter la majorité du peuple !

Formellement, selon la loi, oui, il a été élu par la majorité des Français, du moins, des électeurs. Mais, selon une loi que je nommerais « morale », il n’a pas le droit d’affirmer que sa politique a été approuvée par « LES » Français. C’est un mensonge bien pratique pour s’illusionner soi-même et s’attribuer commodément une légitimité qui n’a pas de réalité morale.

Or, si l’on se base sur cette fausse légitimité, du moins selon un ordre moral, on comprend bien que les dérives ne peuvent qu’arriver puis, plus ou moins subtilement, s’aggraver au fil des mois et des années. C’est, forcément, la tentation de l’absolutisme, certains disent la tentation du « bonapartisme ».

Dans cette optique, rappelez-vous le clash du « déplacement » d’un préfet et d’un commissaire qui ont eu le tort, apparemment majeur, de ne pas réprimer comme il se devait, c’est-à-dire dans la violence, un mouvement qui chatouillait un peu trop l’ego présidentiel…

À propos du système électoral

Il n’est pas besoin de développer longuement. Pour tout observateur un peu sérieux et lucide, il est évident que le système électoral, dans tous les pays développés, toujours sous apparences démocratiques, est remis exclusivement dans les mains de « l’argent roi ». Vous êtes pauvre ou financièrement modeste ? Inutile, alors, de rêver aux rênes du pouvoir. Vous serez automatiquement (à supposer que vous ayez l’argent pour simplement vous inscrire sur la liste des candidats à une élection dans le domaine politique) écrasés par la « force de frappe » financière et propagandiste des candidats les plus riches, des partis politiques les plus riches aussi. Je ne sais pas si vous trouvez cela juste, moi, je pense que ce n’est pas sérieux, que c’est tout sauf à l’image de ce que devrait être une démocratie réelle.

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(Gargantua - Honoré-Victorien Daumier)

À partir de ce constat, que tout le monde peut observer, à quoi bon se déplacer, les jeux étant faits d’avance ? Que vous votiez ou que vous ne vous déplaciez pas, de toute façon, ce sera le représentant d’un monde riche, possesseur ou défenseur de ce monde de la finance, de la spéculation, d’un capitalisme de plus en plus sauvage, de plus en plus fou qui emportera la place convoitée.

Par exemple, personnellement, je suis vraiment heureux que Barak Obama ait été élu aux USA. Mais, selon les spécialistes, il l’a été grâce au soutien des gens de Wall Street… Cela veut dire beaucoup de choses.

On peut constater, très facilement, si on fait un petit effort de recherches et de réflexions personnelles, qu’hormis peut-être De Gaulle, et encore je reste prudent, tous les Présidents depuis lors, ont d’abord servi des intérêts bien précis : ceux des quelques milieux aussi puissants qu’eux-mêmes… Certains, on n’en doute pas, n’ont pas non plus oublié de servir leurs propres intérêts… Qu’importent les noms… Ce que j’écris n’est pas destiné à attaquer des personnes, mais un système contenant en lui-même une potentialité de dérives très importantes.

Oui, à quoi bon se déplacer lorsqu’on sait que si on va faire « son devoir », comme ils nomment ça, tout peut être annulé d’un trait de stylo rageur. Exemple : Le traité de la Constitution européenne. La caricature totale se déroule en Irlande, pays qui a rejeté le traité, mais qu’on va obliger à retourner aux urnes, pour que cette fois, le peuple fasse le bon choix, celui indiqué par les puissants qui nous gouvernent. C’est à la fois scandaleux et abusif ! Caricature identique en France puisque l’électeur étant décrété « incapable de réfléchir », malgré notre rejet de ce traité, le pouvoir actuel l’a tout de même fait adopter, mais par le Congrès, cette fois… ce Congrès qui ne peut qu’être à la botte du Président puisque ce dernier est aussi, et de plus en plus, le chef du parti politique au pouvoir.

J’en suis donc arrivé à la même position que bien d’autres : Inutile de se déplacer pour la « messe » des élections, truquées dans l’esprit quoi qu’on en pense. Je ne trouve pas utile de participer à une mascarade ni au camouflet imposé au peuple. J’y retournerai assurément si l’argent est remis à sa place, la dernière, mais je pense que je n’aurai pas le temps de voir ça, car il en faudra des décennies et des décennies, voire des catastrophes, pour que les forces d’argent finissent par lâcher prise et qu’une élection ait à nouveau du sens…

Que vient faire l’insoumission, ici, telle que je la comprends

Mon insoumission commence par la prise de conscience, ce que j’appelle le « Devoir de savoir », avant le devoir d’agir.

Dans les actes, par rapport aux élections politiques, mon insoumission se traduit par le refus de participer à des élections qui ne servent que de paravent démocratique au système. Je refuse, par insoumission morale, de servir de faire-valoir tant que nos politiciens seront eux-mêmes gouvernés par l’argent.

Je considère qu’il n’est pas acceptable de confondre l’argent et l’intelligence ; l’argent et les capacités ! L’intelligence et les capacités sont dans le cœur de l’homme, dans son cerveau, et non pas dans leurs coffres forts ! En d’autres termes, mon insoumission rejette le pouvoir offert par l’argent.

En forme de conclusion, pour cette 3ème partie de ma réflexion

Le temps des politiciens n’est plus crédible. C’est du passé, mais plus nous lui donnerons notre confiance, plus il s’incrustera ! Plus nous lui donnerons du crédit, sans la moindre garantie de solvabilité, plus il provoquera des dégâts peut-être irréversibles.

La société à venir, à mon sens, consistera en une solidarité et une entraide toujours plus grandes entre citoyens, peut-être par de petites entités comme les eco-villages. Seul ce type de regroupement, ou allant dans ce sens, très petit, très indépendant, peut permettre d’échapper, en grande partie, aux volontés des divers pouvoirs ; lui seul peut permettre de reprendre possession de nos esprits, de notre pensée, donc nous éloigner de la programmation, condition essentielle pour aller vers un monde nouveau, un monde qui ne soit plus construit sur les modèles anciens qui, tous, ont montré leurs limites et connu leurs fins.

À suivre.

Liens de la première et de la deuxième partie
http://www.etat-critique-blog-politique.com/article-etre-et-rester-insoumis-1-85288094.html

http://www.etat-critique-blog-politique.com/article-etre-et-rester-insoumis-2-85360558.html

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