France, couleur tristesse

Publié le par jdor

Ma tristesse n’est pas liée à la perte du triple A décidée par l’une des agences de notation. Quelle valeur accorder à cette notation qui, a bien des égards, pour moi qui ne suis pas économiste, me semble dérisoire ? On sait que ces agences, toutes liées aux USA, servantes fidèles des dogmes néolibéraux, se sont trompées, ou nous ont volontaires induits en erreur lors de la crise des subprimes. A partir de là, quel sérieux accorder à ces « machins » ? Les « experts » nous disent qu’il faut les respecter, fort bien, mais alors, il faudrait un peu plus de sérieux, de rigueur et beaucoup moins d’idéologie.

Sarkozy et l’UMP

La tristesse que je ressens pour mon pays tient à deux points situés à la droite et la l’extrême droite politique. Pour la droite, je pense, bien sûr, à l’UMP et son véritable président, Nicolas Sarkozy. Qui n’a pas compris qu’il est le véritable « donneur d’ordre » de ce parti, Jean-François Copé faisant de la figuration en attendant de pouvoir, à son tour, s’emparer de l’appareil UMP en vue de son ambition présidentielle pour les élections de 2017 ?

Alors pourquoi ressentir de la tristesse ? Au cours de ces dix dernières années de pouvoirs divers qu’a eus Nicolas Sarkozy, la France a terriblement décliné. Pour la première partie de cette décennie sarkozienne, si l’on est pour le sécuritaire à tout crin, bien sûr, on peut trouver sa politique fort profitable à la nation. Mais si l’on est amoureux de la Liberté, alors on ne peut qu’être consterné. Ce pays croule sous un nombre faramineux de lois de ce type ; jamais Sarkozy et l’UMP n’en ont assez ! Au moindre fait divers un peu tragique, la machine à fabriquer des lois se met en route, sous les applaudissements d’un certain nombre de citoyens peureux. Ceux-là ne réalisent pas le danger ou, alors, ils s’en moquent pourvu qu’ils puissent dormir sur les deux oreilles… Sur ce plan, à mes yeux, la France, Terre de Liberté, a été lourdement abîmée ! Tristesse…

Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy par une petite majorité de Français, en 2007, les citoyens aimant sincèrement leur pays et sa culture, aimant profondément sa capacité d’accueil, ont pris des coups plus ou moins violents. Faut-il rappeler le discours honteux de Grenoble ? Faut-il rappeler les promesses non tenues, comme la fin des SDF, comme l’idée farfelue du « Président de pouvoir d’achat », comme l’homme qui ne toucherait pas à l’âge de la retraite, comme l’homme qui respecterait les choix des Français ? Rappelons, à cet égard, la trahison gravissime du « Non » français sur l’Europe néolibérale, celle qui, précisément, aujourd’hui, s’écroule dans la honte et le déshonneur ! Le peuple avait raison, mais dans les sphères du pouvoir, on préfère le mépriser et décider à sa place !

Pour les citoyens les plus lucides, ceux qui suivent le plus près la politique, ce furent cinq ans de honte, face aux gesticulations d’un Président aux tics trop visibles, aux décisions changeantes en fonction du sens des vents et des ordres venus des milieux financiers.

Il se voulait le Président « père protecteur » des Français, mais n’a pas su arrêter le chômage, n’a pas su ou voulu arrêter l’avancée de la pauvreté, mais a parfaitement su protéger les plus riches d’entre les Français. Le « père protecteur », aujourd’hui, est ridiculisé par la décision de la suppression du triple A présenté par Sarkozy lui-même comme un point majeur de la protection des Français.

Au final, en dépit des dénégations de ses affidés, ministres, élus et membres de l’UMP, ce quinquennat est marqué, du début à la fin, par une succession inimaginable d’échecs et de ridicule. Lui et ses amis auront beau jeu de se laisser couler dans la facilité en montrant du doigt la crise. C’est, une fois encore, nous prendre pour des imbéciles ! Tristesse…

Marine le Pen et le FN

Cette politique d’abandon, ces échecs répétés, ces discours remplis de xénophobie, les différents scandales liés à ce pouvoir, la pauvreté qui ne cesse de se répandre, tout cela fait, à l’évidence, le lit du Front National nouveau genre de Marine le Pen. C’est bien sûr à elle et à son parti que je pense, lorsque je parle d’extrême droite au début de mon article.

La montée en puissance de ce parti extrémiste m’attriste. Et, ce que je trouve tragique, c’est qu’il se trouverait, désormais près d’un Français sur trois à approuver les thèses frontistes,  même s’ils ne sont que 15% à être certains de voter pour la fille de Jean-Marie le Pen ! Certes, cela ne fait pas une majorité capable de prendre le pouvoir par les élections, cependant, cela fait mal parce que cela montre un affaissement de la mentalité d’une part de la population. Si on ajoute une partie des partisans de l’UMP dans la population, on doit bien approcher des 50% ou plus de Français ayant intégré la haine de l’autre, de celui qui est différent. Je n’aborderais, ici, que quelques points du programme et de l’idéologie frontiste.

Le premier point que je tiens à développer concerne la peine de mort. Marine le Pen et son parti souhaitent la rétablir et ceci par le truchement d’un futur référundum si elle devait être élue à la présidence. Avec François Mitterrand, nous avions réussi à sortir de la barbarie, à rejeter le droit de l’Etat de tuer un être humain. La candidate frontiste veut nous replonger dans les heures noires de l’histoire de l’humanité, autrement dit « dent pour dent, œil pour œil » ! Qui ne comprend pas l’immensité d’un tel recul pour la conscience de la nation et de ses citoyens ? Cette dame joue sur du velours, tant les peurs ont été développées par Sarkozy et l’UMP au cours des dernières années. Il est fort à craindre que les électeurs de droite, alliés à ceux de l’extrême droite ainsi qu’à tous les inconscients qui se laisseraient manipuler lors de chaque fait divers tragique, voteraient le retour de la guillotine !

Le deuxième point concerne ce que la candidate le Pen appelle « un Etat fort ». Comment ne pas faire le rapprochement avec toutes les dictatures, violentes ou sévères ? Tous les fanfarons qui veulent tenir en laisse leur peuple instituent un « Etat fort ». Ceux qui s’apprêtent à voter le Pen réalisent-ils ce risque qui n’a rien d’un leurre ? Souhaitent-ils vraiment un nombre de policier encore plus important, plus pesant et, à bien des égards, plus menaçant pour les libertés individuelles ? De plus, Marine le Pen veut 40 000 places de prison supplémentaires et ce n’est certes pas pour améliorer le sort des malheureux, même s’ils sont coupables, qui pourrissent dans nos prisons, parmi les pires d’Europe selon une commission européenne. Et, personnellement, je gage que certaines de ces places seront réservées aux citoyennes et citoyens un peu trop résistants aux volontés frontistes…

Le troisième point que je veux aborder est celui de l’immigration. Ah l’immigration, ce vieux cheval de bataille de Jean-Marie le Pen ! Ce vieux dada occupe une place centrale dans ce parti politique tant il méprise, voire il a la haine, des peuples étrangers. Ces gens veulent une race pure, des Français purs ! Vieille ritournelle de tous les partis politiques extrémistes de droites en France. Avant, c’était contre les Juifs, désormais, c’est avant tout contre les musulmans, sans être certain, pour autant, que l’antisémitisme de ce parti soit réellement effacé. La haine trouve toujours son bouc-émissaire, pourvu qu’il y en ait un pour entraîner les citoyens qui ont le moins de conscience et le moins d’intelligence de l’humanité.

Marine le Pen veut donc faire passer l’immigration légale de 200 000 entrées annuelles, aujourd’hui, à un maximum de 10 000 si elle est élue. Français, jeunes en particulier, apprêtez-vous à devoir faire les travaux que vous détestez le plus, ces travaux que les immigrés, eux, acceptaient pour simplement survivre et le plus souvent pour des salaires de misères indignes d’un pays comme la France. Ne rêvez pas si vous espérez qu’en raison de votre « pureté de nationalité » vous imaginez être mieux payés que les immigrés.

Tant qu’à faire dans l’inhumanité, la candidate prévoit également de supprimer le regroupement familial. Là encore, c’est nier les droits les plus élémentaires de chaque humain à fonder une famille et à vivre avec elle. Non, s’ils veulent, légalement, venir travailler en France, ces étrangers devront le faire en célibataire, loin de leurs épouses et enfants. Quel manque d’humanisme, madame le Pen… Vous atteignez le degré zéro de l’amour… Mais, bien sûr, cela ne vous suffit pas encore. Il vous faut encore renégocier la Convention européenne des droits de l’homme. Que comptez-vous supprimer de ces droits pourtant essentiels ? Sont-ce des esclaves qu’il vous faut si ces renégociations concernent les immigrés ? Ou comptez-vous enfermer le peuple français dans une prison de lois répressives où nos droits seraient reniés ?...

Autre recul envisagé dans le programme du FN : La suppression du droit du sol. Ce parti préfère le droit du sang sous un prétexte qui m’a toujours fait bien rire. Par le droit du sang, nous serions, nous, des êtres quasi parfaits. Mais avec le droit du sol, qui est le nôtre actuellement, les nouveaux Français ne bénéficieraient pas de l’honneur acquis par les gens de souche ? Ridicule ! Pour les naturalisés, il faudrait qu’ils prouvent, selon le FN, des conditions strictes de présence paisible, comme si les Français de souche l’étaient tous, paisibles ! Risible ! Les naturalisés devraient avoir une maîtrise de la langue française, alors que nous voyons tant de Français de souche ne plus savoir parler ni écrire correctement leur langue ! Discrimination évidente ! Et bien sûr, les naturalisés devraient faire preuve d’assimilation complète. Il leur faudra donc oublier leurs racines, la culture de leurs parents et ancêtres ! Voire nier tout cela ! Inacceptable !

Enfin, parlons de la vielle marotte frontiste : La priorité nationale appelé auparavant la préférence nationale. C’est le dogme de l’égoïsme national ! L’immigré légal aura le droit de travailler, mais pas dans n’importe quoi ni n’importe où ; il aura le devoir de payer ses impôts et de se plier à toutes les règles et droits français, mais pour le reste, nul droit ; si un Français de souche se présente à un poste convoité et même mérité par l’immigré, celui-ci, automatiquement, sera rejeté. Ah, elle est belle la France selon Marine le Pen ! Et on vient nous chanter, ici ou là, que le Front National a changé ? Balivernes…

Qu’il s’agisse de la réélection encore possible de Nicolas Sarkozy ou celle de Marine le Pen, en mai prochain, la France, ma France que j’aime et chante parfois dans mes poèmes, se couvrira de honte. Un voile de tristesse l’étouffera pour de longues années et nous tous, nous perdrons en Liberté, en Honneur, en Joie de Vivre ! BONJOUR TRISTESSE…

En conclusion, il ne s’agit pas, pour moi, de mépriser les électeurs de l’UMP, même si je pense qu’ils s’égarent totalement au cas où ils se considéreraient encore comme gaullistes. Pareillement, je me refuse à mépriser les électeurs de Marine le Pen, mais je ne peux qu’être profondément attristé, tant j’ai le sentiment qu’ils servent avant tour leurs peurs irrationnelles plutôt que l’intérêt de l’ensemble de la Nation…

Jean Dornac
Paris, le 15 janvier 2012

 

Publié dans Réflexions

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Nathalie 16/01/2012 20:35

Oh combien ce que vous dites est juste!
Ce ne serait pas pensable de vivre sous la dictature du FN.
Nous reculerions vraiment ,et tout ce que Mitterrand avait fait tomberait à l'eau.
Espérons que les gens sortiront de la peur qui leur donne envie de voter ce parti de la honte.
Si Sarko ne repasse pas je vous offre le champagne!

jdor 16/01/2012 20:45



Merci pour le champagne  !