Histoire : Ce 16 décembre 1773, jour où tout a commencé !

Publié le par jdor

Par Marie-Hélène Morot-Sir

396px-New_england_ref_2001.jpghttp://fr.wikipedia.org/wiki/Nouvelle-Angleterre Les treize colonies de Nouvelle Angleterre situées le long de l’Atlantique commençaient à être sérieusement exaspérées !

La Nouvelle France était tombée entre des mains anglaises, il s’agit alors pour les Anglais d’y maintenir à tout prix la paix, afin d’empêcher toute opposition naissante parmi les habitants, composés de Français, soit originaires de France et arrivés récemment, soit nés sur le sol de la colonie, tous parlant leur langue française, c’est-à-dire pas loin de soixante et dix mille âmes. 

Les autorités anglaises espèrent que cette population s’agrandira rapidement avec une arrivée massive de colons anglais, attirés par le commerce et l’agriculture. Cela leur permettrait de contrebalancer aisément la petite population francophone… et pourquoi même, par la suite, la population anglophone ne serait-elle pas supérieure dans des délais rapides ? Les premiers anglophones sur le sol de la Nouvelle France, sont à peine évalués à six cents, mais ils réclament, par de violentes pétitions, que seules les lois anglaises soient utilisées, et qu’il n’existe qu’une seule Assemblée où seuls, eux le anglophones, eux les anciens sujets, aient le droit d’être élus ! A cause du serment du test anglais qui ne permettait pas aux catholiques de briguer des postes dans l’administration anglo-saxonne, ce qui aurait été un reniement de leur foi, le mécontentement commençait nettement à se faire sentir chez tous les francophones.

Pendant qu’ils subissent tous ces changements blessants et regrettables, les treize colonies de la Nouvelle Angleterre subissent elles aussi des changements majeurs.

En effet, la guerre de sept ans, appelée « French and Indian’s war » opposant la Grande Bretagne à la France et à l’Espagne, avait vidé principalement les caisses de la couronne britannique, et cela d’autant plus qu’elle avait mis tous les moyens financiers possibles.

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Le premier ministre William Pitt avait juré de s’emparer une bonne fois pour toutes de la Nouvelle France… Puisque les Anglais n’y étaient jamais parvenus par terre, ils le feraient par mer et il fit construire dans ce but, avec des moyens énormes, une importante flotte, peu importe ce que cela coûta aux caisses britanniques !

La Nouvelle France tomba en effet, mais l’Angleterre se retrouva au plus bas financièrement. C’est ainsi que Londres décida de faire supporter une partie des frais, aux colons de ses colonies d’Amérique du Nord, celles de Nouvelle Angleterre située sur la côte Est, le long de l’Atlantique.

Le Parlement de Londres va donc imposer de nouvelles taxes commerciales en votant toute une série de lois qui s’échelonneront…

En 1765 le Stam Act, puis en 1767 les Townshend Acts ce qui entraîne immédiatement la colère des colons anglo-saxons. Ils refusent tout net de payer. Avoir de nouvelles taxes sans pouvoir être représenté au Parlement de Londres est pour eux insupportable, totalement inadmissible même, et ils affirment haut et fort : “ No taxation without representation ! ” puisqu’un territoire non représenté ne pouvait être taxé.

Dans le même temps, le gouvernement anglais empêche les treize colonies de s’étendre au-delà des Appalaches, afin d’éviter d’autres conflits avec les Amérindiens, et interdit en même temps, de vendre les produits locaux à d’autres pays que l’Angleterre. L’Angleterre craignait, si les colonies vendaient à leur seul profit, qu’elles ne s’enrichissent trop sans que rien ne lui revienne, la politique anglaise envers ses colonies reposant principalement sur le mercantilisme, le rendement et le profit. Un contentieux économique existait, les colons étaient empêchés de faire du trafic car cela n’était réservé qu’aux navires anglais.

Un bureau de douane est installé à Boston, une taxe sur les importations de thé ainsi que sur d’autres produits sont sévèrement taxés, ces taxes sont faramineuses. A la suite de cela, de grandes manifestations et de grands affrontements vont avoir lieu dans les rues de la ville. Les protestataires sont nombreux, et le thé est immédiatement boycotté. Cela entraîna des baisses des ventes d’une manière terriblement drastique. John Hancock est l’un des protestataires, on lui saisit même son propre bateau en représailles, il est parmi les instigateurs de ce boycott du thé en provenance de Chine, amené par la Compagnie anglaise des Indes Orientales. Cette compagnie verra ses importations invendues et ses stocks s’empiler, elle se débattra par la suite dans d’importantes dettes en 1773.

Les colons vont alors manifester partout et avec virulence leur exaspération, en Virginie, le député Patrick Henr appelle à la désobéissance civile, tous multiplient les actes de provocation, ils installent des « mâts de la liberté » surmontés de masques grossiers, afin de démontrer l’autoritarisme borné de Londres, ils s’en prennent aux percepteurs d’impôts en les suspendant en hauts des mâts ou en les recouvrant de goudron et de plumes…

Londres, malgré tout, se voit obligée de marquer devant ce mécontentement un net recul en annulant le Stamp Act, mais cela ne l’empêche pas de remettre en 1768 de nouvelles taxes et de nouvelles lois sur toutes les importations nécessaires et vitales pour les colons.

The_Bloody_Massacre.jpghttp://it.wikipedia.org/wiki/File:The_Bloody_Massacre.jpg Alors, le 5 mars 1770, lors d’une manifestation, a lieu le « bloody massacre ». L’armée britannique fonce avec une grande violence sur la foule, tire sur les manifestants, les chargeant même la baïonnette, il y aura cinq morts et de nombreux blessés, ce qui entraînera cette fois un immense ressentiment contre Londres.

A la suite de cela, les colons s’organisent sérieusement, ils décident lors de l’Assemblée du Massachussetts de rédiger un cahier de doléances pour le roi, mais à sa réception, le roi Georges III rejette cette demande légitimement faite d’une plus grande autonomie, et déclare les colonies britanniques en état de Rébellion ! Il n’y a plus qu’à réunir les armes, c’est ce à quoi ils vont désormais s’employer.

Les affrontements de Boston du 5 mars 1770 annoncent bien réellement la prochaine révolte, et même une véritable révolution conduisant à la séparation des treize colonies. Ce vent de révolte qui avait commencé à souffler au-dessus des colonies anglaises, n’était pas prêt de cesser ! 

Le temps passe, rien ne semble s’arranger au cours des mois, ainsi, le 16 décembre 1773, un groupe de colons de Boston dans le Massachussetts, se déguisent en Odinossonis (Iroquois) de la tribu des Annierronnons (Mohawks) choisis, fort justement, parce que les puritains anglo-saxons en avaient une terreur affreuse, dès qu’ils les voyaient fondre sur leurs bourgades, avec leurs terribles peintures de guerre et leurs non moins épouvantables hurlements. Cela les glaçait d’effroi, sachant trop bien ce qui les attendrait s’ils étaient faits prisonniers, le moindre mal étant, en fin de compte, d’être tués sur place au cours du combat ! Grimés ainsi, ils envahissent un navire de la Compagnie des Indes, qui venait tout juste d’entrer dans le port, ouvrent sans bruit les tonneaux remplis de thé, jettent 342 caisses de thé par-dessus bord, et referment soigneusement les tonneaux vides.

La Gazette de Québec rapportera les faits sous ce titre : 

La populace de Boston jette à la mer une cargaison de thé, pour protester contre une nouvelle taxe ”. Mais, en représailles, le port de Boston est fermé immédiatement afin de ruiner toute la ville.

La rupture avec la métropole anglaise va se produire définitivement lors de la réunion des représentants des colonies, au congrès de Philadelphie, en 1774. Les colons décident alors, très nettement de quel côté ils veulent être.

Les colons rebelles se retrouvèrent un pourcentage conséquent, d’environ 40 à 45%, ils se désignèrent sous le terme de “ fils de la liberté ” ou patriotes, et ils se préparèrent à prendre les armes, tandis que les Anglais les appelèrent « Insurgents ». 

Ceux parmi les colons britanniques qui rejetèrent et s’opposèrent à l’indépendance et à la scission avec Londres, furent appelés “ loyalistes ” parce qu’ils avaient voulu rester fidèles et « loyaux » à l’égard de l’Angleterre. Ils n’étaient cependant qu’un petit pourcentage, environ à peine 15 à 20%. Ces colons loyalistes se tournèrent vers l’empire britannique et allèrent prêter main forte aux soldats anglais contre les Insurgés. C’est pourquoi, en conclusion, les historiens anglais purent affirmer que la guerre d’indépendance américaine fut une guerre civile entre loyalistes et patriotes... Et non pas une révolution contre Londres, ce que c’était pourtant, sans aucune ambiguïté !

Les Insurgés estimaient qu’ils avaient le droit et le devoir de se révolter.

Depuis 1775, alors que la guerre d’indépendance fait déjà rage, Thomas Paine, pamphlétaire et révolutionnaire, prend parti pour les Insurgés, dans son “ Sens Commun ”. C’est un long plaidoyer pour la rupture avec la Grande Bretagne dans lequel les arguments sont particulièrement convaincants :

 “ N’est-il pas ridicule qu’une aussi petit île règne sur tout un continent ? ” affirme-t-il, puis il ajoute “ Rester anglais entraînerait les mêmes guerres européennes ce qui serait très mauvais pour le commerce ”, ou d’autres arguments encore : “ La Société représente tout ce qui est bon pour elle-même, le gouvernement tout ce qui est mauvais ! ” George Washington aurait, paraît-il, lu le “ Sens commun ”, il aurait été fortement conforté par Paine et s’en serait inspiré.

Le ministère anglais ne prenait pas cette révolte au sérieux, il ne pensait pas avoir à faire à une résistance importante, mais les colonies prirent pourtant une décision capitale, à laquelle personne n’avait pensé au commencement du conflit.

Dès juin 1776, la Virginie se dota d’une déclaration des Droits de l’Homme, puis cinq représentants furent chargés de préparer l’ébauche de la déclaration d’indépendance, dont John Adams, Benjamin Franklin, mais elle sera rédigée au final par Thomas Jefferson. Ce texte sera largement influencé par la philosophie des Lumières,  influencé également par la Confédération des Cinq Nations Odinossonis (devenu, depuis quelques années, avec le retour de la colonie de Caroline, de leurs parents, les Tuscaroras, les Six Nations) organisée autour d’une Constitution « la grande loi de l’unité » appelée Gayanashagowa.

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Thomas Jefferson rendra hommage aux Amérindiens par cette phrase pleine d’admiration : « Je suis convaincu que les sociétés indiennes vivant sans gouvernement ont un degré de bonheur bien supérieur à ceux qui en ont ! »

Le texte* fut approuvé le 4 juillet 1776 au congrès de Philadelphie. Il signera la rupture définitive des treize colonies avec l’Angleterre.

Cette proclamation d’Indépendance des treize colonies anglaises fit officiellement sécession avec le Royaume Uni d’Angleterre, et conduisit à une véritable Confédération dans laquelle chaque Etat conservait sa liberté politique et religieuse et surtout… Rompant irrévocablement et totalement avec l’Angleterre.

L’Angleterre avait enfin mis la main sur cette Nouvelle France qu’elle observait depuis si longtemps, mais à cause de cela, elle perdit en contre coup toutes ses colonies de Nouvelle Angleterre.

Lorsque dans le cours des évènements humains, il devient nécessaire pour un peuple de dissoudre les liens politiques qui l'ont attaché à un autre et de prendre, parmi les puissances de la Terre, la place séparée et égale à laquelle les lois de la nature et du Dieu de la nature lui donnent droit, le respect dû à l'opinion de l'humanité oblige à déclarer les causes qui le déterminent à la séparation.

Nous tenons ces vérités comme allant d'elles-mêmes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont dotés par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Les gouvernements sont établis parmi les hommes pour garantir ces droits, et leur juste pouvoir émane du consentement des gouvernés. Toutes les fois qu'une forme de gouvernement devient destructive de ce but, le peuple a le droit de la changer ou de l'abolir et d'établir un nouveau gouvernement, en le fondant sur les principes et en l'organisant en la forme qui lui paraîtront les plus propres à lui donner la sûreté et le bonheur. La prudence enseigne, à la vérité, que les gouvernements établis depuis longtemps ne doivent pas être changés pour des causes légères et passagères, et l'expérience de tous les temps a montré, en effet, que les hommes sont plus disposés à tolérer des maux supportables qu'à se faire justice à eux-mêmes en abolissant les formes auxquelles ils sont accoutumés. Mais lorsqu'une longue suite d'abus et d'usurpations, tendant invariablement au même but, marque le dessein de les soumettre au despotisme absolu, il est de leur droit, il est de leur devoir de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir, par de nouvelles sauvegardes, à leur sécurité future. Telle a été la patience de ces Colonies, et telle est aujourd'hui la nécessité qui les force à changer leurs anciens systèmes de gouvernement. L'histoire du roi actuel de Grande-Bretagne est l'histoire d'une série d'injustices et d'usurpations répétées, qui toutes avaient pour but direct l'établissement d'une tyrannie absolue sur ces États. Pour le prouver, soumettons les faits au monde impartial :

Il a refusé sa sanction aux lois les plus salutaires et les plus nécessaires au bien public. Il a défendu à ses gouverneurs de consentir à des lois d'une importance immédiate et urgente, à moins que leur mise en vigueur ne fût suspendue jusqu'à l'obtention de sa sanction, et des lois ainsi suspendues, il a absolument négligé d'y donner attention.

Il a refusé de sanctionner d'autres lois pour l'organisation de grands districts, à moins que le peuple de ces districts n'abandonnât le droit d'être représenté dans la législature, droit inestimable pour un peuple, qui n'est redoutable qu'aux tyrans.

Il a convoqué des Assemblées législatives dans des lieux inusités, incommodes et éloignés des dépôts de leurs registres publics, dans la seule vue d'obtenir d'elles, par la fatigue, leur adhésion à ses mesures. À diverses reprises, il a dissous des Chambres de représentants parce qu'elles s'opposaient avec une mâle fermeté à ses empiètements sur les droits du peuple. Après ces dissolutions, il a refusé pendant longtemps de faire élire d'autres Chambres de représentants, et le pouvoir législatif, qui n'est pas susceptible d'anéantissement, est ainsi retourné au peuple tout entier pour être exercé par lui, l'État restant, dans l'intervalle, exposé à tous les dangers d'invasions du dehors et de convulsions au-dedans

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Michel Rigault 18/12/2011 09:58

Je viens de lire à l’instant votre texte sur la révolte des colonies anglaises, qui a amené à leur indépendance et à la création des états unis d’Amérique. Terriblement intéressant et instructif,
je fais suivre votre texte sur facebook et autres.. Il faut que les gens reviennent à l’Histoire que l’on ne nous apprend plus ! il nous faudrait beaucoup plus de personnes comme vous ! Nous avons
la chance de vous avoir trouvée sur le site de Monsieur Dornac que je remercie aussi énormément. .Michel Rigault

jdor 18/12/2011 10:04



Grand merci pour votre commentaire auquel je souscris pleinement. Je voudrais, en même temps, demander aux intervenants d'hier, de m'excuser pour ne pas leur avoir répondu, mais avoir juste
validé leurs commentaires. Je vis des moments d'épuissements très intenses. Mais heureusement, il me reste, en cours de journée, assez de force pour les publications. Il y aura, cet après-midi,
un nouveau texte de Madame Morot-Sir...


Jean Dornac



Vincent Bourgeois 17/12/2011 20:52

Nous connaissons tous l’indépendance américaine, mais certainement pas dans tous les détails que nous donne aujourd’hui Marie-Hélène Morot-Sir.. Quelle richesse, un tel texte !.. De semaines en
semaines nous approfondissons des connaissances, tellement succinctes, de cette Histoire de l’autre coté de l’Atlantique. Tout autant que la personne du Québec, nous attendons ici aussi en France
les fins de semaine avec impatience pour retrouver ces récits absolument passionnants.. quelle richesse cela nous apporte .. Moi aussi je vous dis Merci Madame. .. Vincent Bourgeois

Thierry Courtet 17/12/2011 20:50

C’est un fait, les insurgés anglo saxons devenus les états-uniens, nous donnent une belle leçon avec leur déclaration d’indépendance.. Nous devrions le relire plus souvent pour nous en inspirer..
Nous devrions nous aussi arrêter de subir les restrictions de nos libertés individuelles, et mille autres choses d’ailleurs !
Pourquoi les leçons du passé ne nous servent-elles jamais ?.. Thierry Courtet

Pierre M. Couture 17/12/2011 19:33

La lecture de ce '”tea party” est réellement intéressante, l’auteur nous décrit les évènements par le détail, mais en plus je n’en reviens pas d’apprendre que Thomas Jefferson avec cinq de ses amis
dont John Adams futur président américain et Benjamin Franklin, non seulement se sont servi des philosophies des Lumières pour rédiger leur texte mais .. se sont également servi de la Constitution
des Iroquois !..
Marie-Hélène Morot-Sir a raison de nous renvoyer toujours à cette grande amitié franco amérindienne que nous avons laissée depuis si longtemps de côté .. Pierre Michel Couture

Anne Joliet 17/12/2011 19:08

N’oublions jamais ce texte de la déclaration d’indépendance des Insurgés, merci à Marie-Hélène Morot-Sir de nous le rappeler. Et principalement cette phrase particulièrement importante :“ Tous les
hommes naissent égaux et ils ont des droits inaliénables .. Lorsque les gouvernements leur font subir abus ou usurpations, ils ont le Droit et le Devoir de rejeter de tels gouvernements.."
Ce nouveau récit avec tant de détails que nous ignorions est passionnant..
A quand un récit sur mon ancêtre Louis Joliet?... je suis toujours impatiente de vous lire chaque fin de semaine, merci Madame.