L’Acadie – L’histoire et ses drames II

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Par Marie-Hélène Morot-Sir

Les Acadiens qui parvenaient à rejoindre la Nouvelle France étaient accueillis avec amitié. En général, ils étaient envoyés autour de La Prairie, il y avait encore de ce côté de belles terres appartenant aux jésuites. Les religieux, que ce soit les jésuites ou les Sulpiciens, tous les ont épaulés et secourus avec chaleur, certains même parmi ces prêtres étaient allés souvent en Acadie, et devant leur désarroi, ils leur offraient toutes les terres qu’ils pouvaient, pour qu’ils puissent s’installer. Tout comme les premiers Français arrivés en Nouvelle France, les Acadiens recherchaient des terres le long d’une rivière ou d’un fleuve pour s’y établir, non seulement ils avaient besoin d’avoir de l’eau, mais cela leur permettrait d’installer, par la suite, des moulins à farine ou à scie, tout en servant de voie de communication : Ces voies de communications qui avaient été appelées dans un autre temps « les chemins d’eau du Roi de France ! »

acadie.jpghttp://www.ph-ludwigsburg.de/html/2b-frnz-s-01/overmann/baf4/quebec/acadie/index.html

Quant aux Sulpiciens, ils possédaient un grand domaine, la seigneurie de Saint-Sulpice, sur lequel ils offrirent volontiers des terres aux Acadiens. Il y eut des cas d’entraide considérables et particulièrement magnifiques, tel cet exemple du prêtre sulpicien de la paroisse de l’Assomption, il avait hébergé tous ceux qui en avaient besoin, il s’en occupa chaleureusement et les garda aussi longtemps que nécessaire, jusqu’à ce qu’ils trouvent un lieu où s’installer.

Des endroits, aujourd’hui très connus, ont été fondés par ces réfugiés Acadiens qui ont démontré un immense courage, pour redémarrer leur vie à partir de rien, après toutes ces horreurs qu’ils venaient de subir matériellement et moralement. Avec une vaillance admirable, ils ont réussi à faire prospérer les terres qu’on leur donnait dans cette nouvelle région, à rebâtir leur vie qui avait été complètement anéantie, que ce soit non seulement dans le domaine de l’agriculture mais également dans d’autres domaines. Ils ne sont plus jamais repartis alors que bien d’autres comme certains Italiens, allemands ou également en provenance d’autres pays, venus au Québec, n’y sont pas forcément restés, mais en général les Acadiens arrivés en Nouvelle France, eux se sont réellement installés, et ils sont restés.

Cette terre qui les accueillait était une terre française, cela leur a été certainement plus facile pour eux d’y replanter leurs racines. Cela s’est aussi vérifié pour ceux d’entre eux, arrivés après la conquête anglaise, car malgré cette conquête, elle restait toujours profondément une terre française. De grandes propriétés, ces grands domaines appelés seigneuries sous le Régime français, avaient été attribuées en remerciement à des militaires particulièrement valeureux, après qu’ils aient fait leur temps dans l’armée, ou à certains explorateurs après qu’ils aient découverts de nouveaux territoires au nom du roi de France, mais bien souvent ils n’y habitaient pas, c’est pourquoi ils ont facilement accepté que les Acadiens occupent leurs terres, c’est ainsi qu’on a vu un peu partout des paroisses se créer, fondées par les Acadiens, comme à Bécancour, Yamachiche, la Pérade etc…

Il y a eu bien sûr, aussi tous ceux qui n’ont jamais, heureusement, été déportés. Un grand nombre d’Acadiens a réussi à ne pas être capturé, et à s’enfuir, avant d’être fait prisonniers. Certains sont parvenus, malgré tous ces terribles aléas, et cela immédiatement dès l’été 1755, à se soustraire à cet épouvantable sort que les Anglais leur réservaient, et qu’ils firent malheureusement subir à tous les autres, à tous ceux qui n’ont pas eu la même chance, celle d’avoir le temps de s’échapper ! Par la suite, un grand nombre d’autres Acadiens a continué à fuir, au moins jusqu’en 1758 et certainement au-delà.

http://www.cmhg.gc.ca/cmh/image-111-fra.asp?page_id=114

micmac.jpgLa résistance des Acadiens, largement soutenue et aidée par les Canadiens, par les Français et par les Amérindiens Micmac, a été beaucoup plus considérable que ce qu’elle a pu paraître au premier abord, sans doute parce que durant un grand nombre d’années, les Acadiens se désignaient eux-mêmes comme Français Neutres, mais aussi cette image terrible de tous ceux qui sans pouvoir s’y opposer, poussés entre deux rangées de soldats, ont été entassés sur les bateaux anglais… Pourtant, la résistance a eu lieu, elle a été très importante, même si bien évidemment cela entraînait des représailles de la part des Anglais, qui en retour saisissaient leurs biens, leurs maisons, comme nous l’avons vu. Ils devaient s’enfuir et se réfugier à Beaubassin pour ne pas se faire prendre. Ils ont tout tenté pour ne pas se laisser écraser par l’agresseur, ils ont été aidés par le gouverneur de la Nouvelle France qui envoyait des régiments auprès d’eux, et par des Français intrépides et généreux tels Charles de Boishébert ou Joseph Broussard dit Beausoleil ainsi que des prêtres comme l’abbé le Guern ou Le Loutre… et bien d’autres encore... Ce sera une guérilla sans relâche dans les zones britanniques, ce qui obligera ces dernières à conserver de nombreuses troupes, pour surveiller les frontières du Nord Est. Même plus tard, alors qu’il y aura eu la capitulation de la Nouvelle France, cela n’arrêtera pas les partisans acadiens qui ne voulaient toujours pas se rendre aux Anglais. Il fallait bien pourtant qu’ils reconnaissent et respectent cette capitulation et qu’ils déposent les armes.

Les Acadiens, donc, ont été nombreux à lutter pour résister à cette déportation inique, en effet certains de ces bateaux qui les transportaient comme du vulgaire bétail, ont subi des mutineries de leur part, c’est ainsi qu’ils ont réussi à en détourner quelques-uns, car il ne faut pas oublier que beaucoup d’entre eux étaient de véritables marins. Ils connaissaient certainement beaucoup mieux la mer que les pilotes anglais qui venaient dans ces parages pour la première fois. Cette fois, les Acadiens ne se considéraient plus du tout comme « Neutres » !

Les années passent, la Nouvelle France est devenue officiellement, depuis le traité de Paris de 1763, Canada anglais, c’est ainsi que dix ans après cette épouvantable et honteuse déportation, les Anglais n’avaient plus de raison, en 1766, de craindre que les Acadiens se rallient aux Français. Ces nouveaux dirigeants de la Nouvelle France, qu’ils n’appelaient d’ailleurs plus que Canada, avaient grandement besoin de bras pour défricher la terre.

Ces Acadiens ont été plus qu’extraordinaires, ils ont été surprenants et remarquables, admirables et même davantage, les mots ne suffisant pas à les qualifier !

Photo-203-1.jpgL’Acadie attachée à la France, "aux trois couleurs" – photo M-H Morot-Sir

Avant cette épouvantable déportation, ils menaient une vie tranquille et heureuse sur leurs terres, des terres qu’ils avaient eux-mêmes rendues si fertiles, mais si le rendement était exceptionnel c’était sans aucun doute grâce à leur laborieux travail.

C’était alors des gens qui ne désiraient qu’une seule chose, vivre en paix sur leur sol, heureux de la vie qu’ils s’étaient faite, grâce à leur courage et à leur goût du travail. Pourtant, ils étaient jalousés depuis bien longtemps, depuis en fait bien des décennies par les Anglais des colonies de Nouvelle Angleterre, et principalement celle du Massachusetts, qui était la plus proche d’eux, avec qui ils faisaient du commerce, grâce à tout ce qu’ils récoltaient en fruits et en légumes. Cependant, il y avait pire, il y avait les Anglais de la Nouvelle Ecosse, ceux qui étaient arrivés de plus en plus nombreux sur le même sol qu’eux, eux aussi les jalousaient terriblement trouvant qu’ils possédaient bien à tort, les meilleures terres. Cela ne leur semblait pas du tout normal, alors que l’Acadie était devenue officiellement une colonie anglaise depuis le traité d’Utrecht, depuis 1713, les colons anglais considéraient les Acadiens comme des importuns, ils avaient même pensé qu’ils auraient dû d’eux-mêmes partir vivre ailleurs, sans doute dans les colonies françaises, ou retourner en France, et ne seraient pas restés là ! Pourtant, les Acadiens regardaient ce sol d’Acadie comme le leur, ce sont eux qui l’avaient défriché, eux qui avaient gagné des terres sur la mer … C’était bien eux qui avaient construits leurs maisons, c’étaient leurs pères qui étaient arrivés en premier sur ce sol, et qui avaient tout créé depuis 1604, ils étaient chez eux, pourquoi en partiraient-ils ? Au moment de la cession du territoire aux Anglais, ils étaient chez eux depuis bien plus d’un siècle !

Evidemment, tout ce que les Acadiens ont subi alors, la perte de leurs maisons et de tous leurs biens, le démantèlement entier de leurs familles, des conjoints, des vieux parents, des enfants, tous éparpillés dans différentes directions, certains ont malgré tout pu se retrouver après de très longues années, mais tant d’autres sont morts, y compris  dans les cales des bateaux qui les emmenaient loin de chez eux, ou au cours de ces naufrages, rajoutés à toutes les persécutions qu’ils ont subies tant d’années durant ! 

Tout cela, sans doute, leur a donné la force, le courage et l’envie de lutter pour refaire leur vie, où qu’ils aient atterri, peu importe où le sort leur a fait recommencer leur existence, et ceux  arrivés en Nouvelle France ont travaillé  effectivement très dur.

De ce fait, le résultat leur a permis de pouvoir arriver à se reconstruire une vie, en repartant de rien ! Ils n’ont pas perdu l’espoir alors que tout était à refaire, ils n’ont pas perdu courage alors que leur vie avait été mise à terre.

Au milieu des Canadiens, français et catholiques comme eux, cela a donc été sans doute un peu plus facile pour eux, ils ont voulu s’intégrer à leur groupe, ne pas se faire remarquer sans doute parce qu’ils étaient arrivés à un mauvais moment, au moment où la Nouvelle France elle-même était attaquée, où il n’y avait pas assez de nourriture pour tout le monde, un moment particulièrement terrible, où les Canadiens craignaient d’avoir à aider ces nouveaux arrivants en n’ayant pas eux-mêmes le nécessaire.

Durant de nombreuses années ils n’ont pas voulu se distinguer des autres habitants de la Nouvelle France, ils préféraient passer pour des Canadiens comme tous les autres,  après tout ils étaient, eux aussi, des descendants français exactement comme eux, ils possédaient le même passé commun, la même mère patrie, et cela a peut-être été plus facile de s’unir, de faire front commun surtout à partir du moment où la colonie française de la Nouvelle France, après le traité de Paris, a été cédée définitivement à la couronne d’Angleterre.

C’était certainement le mieux pour eux, ne pas se faire trop remarquer, et surtout pas des Anglais, puisque ces derniers les avaient étiquetés comme des Rebelles... Chose tout à fait incompréhensible aussi, dans le traité de Paris, nulle part il n’existait une quelconque mention les concernant, concernant les Acadiens. Dans ces conditions, cela valait sans doute mieux pour eux, de ne pas étaler leurs origines acadiennes à ces  autorités anglaises pointilleuses… Ainsi, pendant plusieurs générations personne ne rappelait ce passé, personne n’en parlait et nombreux même furent des descendants de ces Acadiens du Québec, qui ont ignoré absolument tout de leurs origines.

Il est à observer que les personnes qui ont subi de lourdes épreuves font souvent l’impasse sur celles-ci, aimant mieux ne pas rappeler un passé douloureux qui les déchire… Heureusement, tout cela a bien changé, certains de ces descendants Acadiens peuvent peut-être parfois ignorer encore leurs origines, mais s’ils les recherchent, s’ils remontent dans le passé et qu’ils l’apprennent, aujourd’hui, ils en sont terriblement heureux et fiers.

Sans-titre.jpgPhoto M-H Morot-Sir

Puis on a vu l’Acadie émerger au Nouveau Brunswick grâce à des Acadiens revenus vivre du côté de leur Acadie natale, des Acadiens fiers de ce qu’ils sont, ils militent fermement dignement, ils se font entendre, ils existent, ils sont là, et les Acadiens du Québec sont heureux de les rencontrer, d’entreprendre des actions avec eux, et cela d’autant plus que ces Acadiens du Québec ont réussi leur vie québécoise…

Lorsque nous savons, qu’au moment où ils étaient sous domination anglaise sur leur sol acadien depuis 1713 et le traité d’Utrecht, les Anglais ne voulaient surtout pas leur enseigner quoique ce soit, ou alors qu’ils aillent à l’école anglaise, pour que l’anglais devienne la seule et unique langue, l’assimilation par l’école est effectivement toujours une arme du conquérant. Ils sont restés pratiquement cinquante ans sans instruction, mais ensuite, bien évidemment, lors de leur déportation dans les colonies anglaises, cela a été loin de s’arranger, c’est pourquoi leur français était mélangé à de nombreux anglicismes, mais une fois au Québec, portés par une grande ambition et une énergie incroyables, qui les ont aidés à se relever, ils ont reconstruits leur vie et sont repartis courageusement, reprenant le cours des évènements, là où ils l’avaient laissé…

Ils aiment plus que tout revenir sur leur patrimoine Acadien mais après toutes ces années passées au Québec,  ils sont devenus maintenant, eux aussi, des Québécois et ont la chance de posséder deux merveilleux patrimoines, leur patrimoine Acadien Français et celui des Québécois Canadiens Français.

Pour tous les Acadiens dispersés aux quatre vents, le vrai pays acadien reste malgré tout l’Acadie appelée depuis tant d’années par les Anglais la Nouvelle-Écosse, mais aussi l’Île Royale (Cap-Breton), l’Île Saint-Jean,( île du Prince Edward) le Nouveau-Brunswick actuel, c’est là, dans toutes les provinces Maritimes, que se trouve la véritable Acadie.

Les Acadiens des Maritimes n’ont pas besoin de craindre quoique ce soit des Acadiens du Québec, même s’ils y sont plus d’un million. Impossible qu’ils leur portent ombrage ou quoique ce soit d’autre, parce que ce sont eux, et eux seuls qui sont encore sur la terre acadienne, sur leur terre à tous, la terre qu’ils s’étaient choisie au départ de France, lorsqu’ils ont quitté leur mère patrie pour toujours… C’est là le seul berceau du peuple Acadien ! Les Acadiens au Québec se sentent autant Acadiens que ceux des Maritimes. Mais sans doute y a-t-il un petit avantage pour les Acadiens qui habitent l’Acadie, et tous sont extrêmement fiers et heureux du travail qu’ils y font.

SuperStock_1047-265.jpgHenri Wadsworth Longfellow, (http://www.superstock.com/stock-photos-images/1047-265) poète américain, apprend un jour d’un Canadien Français l’histoire véridique d’un jeune couple, à la veille de se marier, séparés par la déportation anglaise et la façon dont la jeune femme passera sa vie entière, à rechercher celui qu’elle aime  dans toute l’Amérique.

Henry Longfellow, est tellement ému en écoutant raconter cette histoire, qu’il veut en apprendre un peu plus sur cette déportation ignoble accomplie par les anglo-saxons, et c’est ainsi qu’il prend tous les renseignements nécessaires à une meilleure compréhension de cette affaire, puis terriblement sensibilisé aux problèmes arbitraires et terribles d’une déportation aussi inhumaine, il se met à écrire ce poème émouvant sous le nom d’Evangéline, permettant au cours de l’année 1864 de faire connaître au monde entier, le sort de ce peuple Français d’Acadie, un sort ignoré de tous ou presque jusque-là.

Ce long poème épique de près de cent pages a donné aux Acadiens une épopée à la mesure de leurs souffrances et Evangéline est devenue le symbole de leur appartenance à l’Acadie.

Extrait d’Evangéline :

« Or les Acadiens sur de lointains rivages

Furent disséminés comme des fruits sauvages,

Qui tombent d’un rameau que l’orage a cassé…

Comme les blancs flocons alors qu’un vent glacé

Couvre d’épais brouillard les bancs de terre Neuve

Ou les bords enchantés de cet immense fleuve

qui roule au Canada ses flots audacieux.

C’est l’antique forêt… Noyés dans la pénombre,
Vieux et moussus, drapés dans leur feuillage sombre,
Les pins au long murmure et les cyprès altiers
se balancent encore sur les fauves sentiers ;
Sous son bonnet léger, bonnet de Normandie

Qu’une aïeule de France autrefois apporta

On n’a pas chez l’Anglais oublié Louisbourg

Pas plus que Port Royal, pas plus que Beauséjour

Les Anglais voudraient-ils nous déclarer la guerre ?

Il faut un bon motif pour moi je ne crains guère

Tout le droit maintenant appartient au plus fort

Un affreux désespoir du village s’empare

Alors que des Anglais est connue la conduite barbare. »

http://www.gov.ns.ca/acadien/fr/lacadie-symbols.htm

AcadianFlag.jpgLe 15 août 1884, lors de la seconde convention nationale des Acadiens à Miscouche, le curé de la paroisse Saint Louis de Kent, Marcel François Richard, a proposé à la commission, chargée d’étudier le projet de doter l’Acadie d’un drapeau national, de choisir un drapeau à son image, c’est-à-dire choisir tout simplement celui de la France afin de souligner l’appartenance des Acadiens à la civilisation française : « Lorsque nous regardons notre drapeau, il nous dit que nous sommes Français et que notre mère patrie est la France. »

Pour avoir un drapeau bien à eux, les Acadiens y ont rajouté dans la partie bleue du drapeau, l’étoile de Notre Dame de l’Assomption, patronne de l’Acadie, cette étoile porte la couleur dorée car elle veut rappeler les couleurs du Pape, montrant par-là, leur attachement à l’Eglise catholique.

D’après les Acadiens, il leur était en effet impossible de choisir un autre drapeau que celui de leur mère patrie, « c’est le drapeau de la France, dont nous sommes tous les descendants… »

Cette étoile Stella Maris est aussi le guide des marins, elle les guide à travers les orages et les écueils. C’est au cours d’une autre Convention nationale acadienne, celle de Miscouche en 1994, que l’Ave Maris Stella a été choisi comme hymne national acadien. Toutefois, en vue du premier Congrès mondial acadien, un concours a invité la population à composer une version française de ce cantique à l’origine uniquement en latin, c’est le texte de Jacinthe Laforest qui a fait l’unanimité :


Acadie ma patrie
À ton nom, je me lie
Ma vie, ma foi sont à toi
Tu me protégeras (bis)


Acadie ma patrie
Ma terre et mon défi
De près, de loin tu me tiens
Mon cœur est acadien (bis)


Acadie ma patrie
Ton histoire, je la vis
La fierté, je te la dois
En l'avenir, je crois (bis)


Chaque année a lieu, le 15 août, le grand festival acadien à Caraquet. Caraquet au Nouveau Brunswick, se veut depuis lors, la capitale de tous les Acadiens. Le 15 août a été choisi comme leur journée de fête nationale, depuis le festival de 1979, ils ont décidé de faire ce jour-là le plus de bruit possible. photo_1161805_resize.jpg

http://www.lexpressmontcalm.com 

Ainsi ce bruit s’appellera désormais le « grand tintamarre des Acadiens » pour faire connaître au monde entier, qu’ils sont toujours là, depuis quatre cents ans, pour que le monde entier ne les ignore pas, malgré les terribles épreuves qu’ils ont subies, malgré cette sinistre et monstrueuse tentative de faire disparaître leur peuple, ils sont toujours vivants et le revendiquent haut et fort pour que tous l’entende…

Depuis cette décision, chaque été le 15 août, les Acadiens défilent où qu’ils se trouvent dans le monde, et pas seulement en Acadie, ils se costument aux couleurs de leur drapeau munis de « patentes » à faire du bruit, de tambours, de casseroles, de couvercles et de toutes les choses bruyantes qu’ils peuvent trouver, et par ce tintamarre incroyable et fortement réjouissant, ils expriment toute leur fierté acadienne… dans un déferlement de bruit ! « Tu peux sortir de l’Acadie, tu ne peux pas sortir l’Acadie de ton cœur »

L’écrivain, Antonine Maillet a permis de mieux faire connaître leur histoire. Acadienne née à Bouctouche, au Nouveau Brunswick, par son engagement enthousiaste et passionné, par l’amour qu’elle porte à son peuple, elle a contribué grandement par ses écrits, par ses nombreux livres dont « la Sagouine », en 1976, à le faire connaître partout dans le monde, et encore plus spécialement en 1981, lorsqu’elle a écrit « Pélagie la charrette » dans lequel elle raconte le grand dérangement de 1755. Elle décrit la vie tranquille et heureuse des Acadiens, puis leur déportation terrible et inhumaine et enfin le retour chez eux.

A Grand Pré, a été créé un musée du souvenir, un site historique dans l’ancienne église Saint Charles, qui avait été incendiée par les Anglais. John Frédéric Herbin, un anglophone protestant de mère Acadienne, a été touché par la déportation et l’exil des survivants de ce peuple, terriblement ému devant son acharnement à revenir sur son sol si longtemps après, et même des années et des années plus tard…

Il a écrit ce qu’il ressentait, et ses écrits ont entretenu la flamme du passé Acadien, même s’il a eu quelques difficultés, étant anglophone et protestant, à rallier à l’époque les Acadiens. 

En 1907 avec les pierres des maisons incendiées il a élevé une croix, connue aujourd’hui sous le nom de croix de Herbin.

Grand Pré constitue le lieu historique le plus important du peuple acadien, il évoque ses heures les plus douloureuses et les plus héroïques, c’est en ce lieu si particulier qu’il doit être rappelé à toutes les générations à venir, l’exemple d’un peuple courageux martyrisé, afin que nul n’oublie ! Ainsi dans ce musée se trouvent de nombreuses œuvres telles celles de Robert Picard, six grandes toiles sur la déportation des Acadiens, les quatre saisons de François Gaudet ou encore cette peinture murale, une  huile sur  toile, évoquant le drapeau acadien de Waybe Boucher peint en 2004 dans des fondus de couleur magnifiques. Des plaques extrêmement émouvantes portent le nom des familles acadiennes déplacées ou décédées…

Le visiteur regarde, s’informe, lit cette histoire bouleversante, s’arrête, touché, extrêmement ému, y compris aussi devant la statue d’Evangeline Bellefontaine, œuvre du sculpteur Louis Philippe Hébert, et ce qu’elle symbolise, mais également devant un buste de Henry Longfellow, particulièrement reconnaissant pour l’empathie que cet homme, cet américain, a ressenti pour le martyre des Acadiens et le récit qu’il en a fait, contribuant à faire connaître au reste du monde leur atroce et insupportable génocide.

Cette détestation anglo-saxonne envers les Acadiens a été immense et terrible, il a fallu que bien des siècles passent, que l’Histoire de cette population soit enfin mieux connue de ces colons anglais si intolérants, uniquement dû au fait de leur inculture flagrante, pour que leur mentalité puisse enfin évoluer. Une fois encore, il est facile d’observer, selon l’expression bien connue, que c’était vraiment l’hôpital qui se moquait de la charité.

Jusqu’ici, aucun remords n’a été exprimé par l’Angleterre, juste une faible reconnaissance de toutes ces horreurs subies par cette population martyrisée, et encore prononcée du bout des lèvres par l’actuelle reine Elisabeth.

En lisant la proclamation royale intégrale de cette haute autorité, nous pouvons constater avec stupeur, qu'en effet, elle n'excuse en rien l'Angleterre d'avoir perpétrée cette horreur, elle dit seulement " Oublions… oubliez… Tournons la page " en balayant l’air de sa royale main… C'est un peu léger !! Personne ne peut se satisfaire de cela, c’est sans doute beaucoup plus grave et d’autant moins recevable que si aucune remise en cause n’avait été faite.

Les Acadiens n’ont plus de pays à eux, mais où qu’ils se trouvent on sait qu’ils sont là, ils mettent toujours leur drapeau acadien devant leur maison, quand ce n’est pas leur maison qui est peinte en bleu blanc rouge… ou les bancs ou un phare…

Photo-011.jpgPhoto M-H Morot-Sir

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Pierre H. Tremblay 21/11/2011 21:08

Bonjour, je voulais vous dire que j'ai lu de nombreux autres livres d’Histoire sur notre pays du Québec, ceux écrits par Marie-Hélène Morot-Sir sont ceux qui nous racontent la plus belle, la plus
humaine et la plus détaillée, en même temps que la plus riche au point de vue documentation si précise de notre Passé.C'est quelque chose de vraiment remarquable pour nous, que ce soit une
Française de France l'auteur de notre Histoire. merci à elle .. Pierre Hébert Tremblay

jdor 21/11/2011 21:25



Bonsoir Monsieur Tremblay,


Je suis vraiment heureux de votre joie. Vous voyez, même si nous ne sommes pas très nombreux, enfin je suppose, il y a encore des Français de France qui vous admirent et vous aiment. Nous nous
sentons en famille avec vous. Merci pour Madame Morot-Sir, elle les mérite vraiment, vos compliments.


Jean Dornac



Paule Brajet 21/11/2011 16:08

C'est avec un réel intérêt que je lis sur votre blogue les textes de Marie-Hélène Morot-Sir chaque fin de semaine, et comme les autres lecteurs j'ai été tellement émue en lisant principalement ces
deux derniers concernant les Acadiens.. Je suis actuellement en pleine lecture des tome I et II de " Au cœur de la Nouvelle France". ces livres représentent une somme énorme de connaissances sur
les Français au 17ème siècle en Amérique du Nord, et j'en apprends à chaque page..J'avance dans ce Passé, passé tout à fait ahurissant que je n'imaginais pas, entraînée par un auteur que l'on sent
passionnée.. Livres à découvrir vraiment, pour nous Français...Alors merci Monsieur Dornac de m'avoir permis de connaître un grand auteur .

jdor 21/11/2011 16:24



Vous savez, comme vous, je suis heureux de connaître l'oeuvre de Marie-Hélène Morot-Sir. Je ne savais pratiquement rien sur cette histoire, par tant de côtés, extraordinaire.


Merci pour votre présence fidèle



PaulJ. Saint Pierre 20/11/2011 20:25

Nous pensions connaître ce drame des Acadiens, mais grâce à ces deux excellents textes très érudits et poussés, nous ne pourrons plus dire que nous ne savions pas le vrai fond des choses ! Ici au
Québec il y a des frottements entre nous et les Acadiens mais nous devrions être davantage en empathie avec eux après tout ce qu'ils ont vécu d'épouvantable.. Nous avons été écrasés par les
Anglais, nous le sommes toujours mais nous n’avons pas été entassés sur des bateaux .. pourtant beaucoup de nos fermes ont été elles aussi brûlées.. Comment voulez-vous que nous puissions continuer
à supporter de cohabiter dans leur grand Canada anglophone?..Ils ne faut pas qu'ils s'étonnent après toutes les horreurs qu'ils nous ont faites, que depuis ces deux siècles et demi nous résistions
toujours.. merci à votre site français de nous passionner autant

jdor 20/11/2011 20:31



Je vous remercie pour votre témoignage. Je crois, personnellement, que le mot essentiel est bien "résistance". Cela demande du
courage, de la persévérance mais je ne doute pas un instant, que vous, les Québécois, voue en manquiez. 



Pierre M. Couture 20/11/2011 19:49

Voyez combien c'est merveilleux pour nous au Québec que nous puissions lire des textes aussi importants et fondamentaux que ceux de Madame Marie-Hélène Morot-Sir sur notre Histoire. Comme toujours,
j'ai été passionnée en la lisant.

jdor 20/11/2011 19:55



Et moi, vraiment, je suis heureux de pouvoir participer à cette oeuvre, même si ma part est modeste ! Merci à vous !!



Aude Dufour 20/11/2011 19:21

Ces deux importants textes sur l'Acadie et les Acadiens nous ont vivement intéressés, d'autant plus que nous ne savons pas toujours exactement le fond des choses, nous au Québec, concernant la
terrible histoire des Acadiens..Voyez aussi comment ces Acadiens dont les ancêtres étaient comme nous Français, sont toujours appelés Acadiens aujourd'hui! Tout le monde les voit, ils le montrent
aussi avec tous leurs drapeaux et leurs peintures bleu blanc rouge.. mais nous les Québécois nous disparaissons peu à peu à cause des quantités d'anglophones et allophones, des immigrants de plus
en plus nombreux qui habitant au Québec sont tout comme nous appelés Québécois !.. Voyez le paradoxe..

jdor 20/11/2011 19:29



Oui, Marie-Hélène Morot-Sir m'expliquait cette situation dans un courrier, hier. C'est terrible et, pour ma part, cela m'attriste réellement. Alors j'ai envie de vous dire "Tenez bon", l'histoire
n'est pas finie !