« L’Eveil » & « Speak red », le Québec que j’aime

Publié le par jdor

Si vous vous demandez pourquoi j’aime le Québec, pourquoi j’admire les étudiantes et étudiants de ce magnifique pays, vous trouverez une partie de la réponse dans ces deux textes. Je peux me tromper, mais j’ai la conviction qu’il se passe, là-bas, un printemps d’exception qui me rappelle mai 1968 et les mois qui ont précédés, en France. Il y souffle un vent qui cherche la liberté et le respect de la nature humaine à placer toujours bien loin devant l’économie et les finances. Il y souffle, enfin, l’aspiration à créer ce Québec libre, cette Nation à part entière, avec sa culture, son histoire, sa langue.

Le poète peut se tromper, mais, souvent, il sent le souffle de l’histoire, il perçoit le sens de ce vent, surtout lorsqu’il se nomme « liberté » ! Vous, amis lecteurs de France, regardez, observez l’espérance qui monte chez nos « cousins » Québécois ! Que ce grand vent frais d’aspiration à la Liberté, nous inspire, nous aussi !

Je vous propose la lecture de deux textes magnifiques qui disent tout, qui disent l’essentiel ! (Jean Dornac)




L’éveil
Publié le avril 9, 2012

Suivant l’exemple des indignés, et maintenant celui, admirable, des étudiants en grève, je découvre en moi l’énergie d’une combattante. Peut-être ai-je fait le tour de mon jardin. Peut-être ai-je peur de m’engourdir à force de me regarder le nombril. Certes. Mais il y a plus.

Qu’est-ce qui fait qu’une citoyenne ordinaire dans la trentaine, sans histoire particulière, issue de la classe moyenne, décide de se lever, solidaire, et de réclamer un meilleur avenir collectif ?

Qu’est-ce qui pousse une femme occupée à élever ses enfants le mieux possible dans un monde effréné, qu’est-ce qui fait que cette femme décide d’employer le temps qu’elle n’a pas pour contribuer à changer le monde ?

Qu’est-ce qui fait qu’une individu, enlisée depuis des années dans le confort et l’indifférence, blasée de sa société diluée dans l’immobilisme et le cynisme, se mette soudainement en marche et incite son entourage à la suivre ?

Qu’est-ce qui motive une fille de la génération X, qui a vu la déconfiture de ses parents devant un Québec refusant l’indépendance en 1980 et qui a elle-même pleuré aux premières loges lors du Référendum de 1995, qu’est-ce qui la motive à sortir de son marasme 17 plus tard, en se disant qu’il n’est peut-être pas trop tard ?

L’élément déclencheur, c’est la forte impression, de plus en plus nette, que nos élus nous précipitent dans une impasse, à vitesse grand V. Et de cette impression surgit, un jour, une certitude, et ce sentiment devient si limpide, si évident, que l’on ressent alors l’urgence, l’obligation d’agir. Ce ras-le-bol généralisé nous prend aux tripes lorsqu’on décide que la farce a assez durée, que la soupape va sauter, qu’il faut se lever, mettre son pied à terre, s’affirmer, dénoncer, s’informer, se rallier et se tenir debout envers et contre les oppresseurs, les corrompus, les ennemis de la démocratie, les démagogues et les larbins.


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Montréal, 22 mars 2012


« Il n’y a rien de plus puissant qu’une idée dont l’heure est venue ». - Victor Hugo.

Voilà. L’heure est venue.

Allons chercher ceux qui ont peur
Parlons-leur de nous, mais aussi d’eux
De leurs parents, de leurs enfants
De leur avenir
De leur terre-mère.

Grâce au pouvoir tranquille du nombre
Nous vaincrons la force d’inertie
Le nivellement par le bas
L’aplat-ventrisme
L’asservissement
L’opportunisme crasse
Et l’individualisme.

Détrônons sans vergogne
Ceux qui nous donnent en pâture
Aux requins de la finance
Ces magouilleurs sans coeur
Qui nous dépossèdent de notre culture
Qui limitent la portée de notre langue
Qui démantèlent notre démocratie
Au profit de l’industrie
Des milliardaires, et des lobbys.

Refusons en bloc cette dictature de la croissance infinie
Projetons-nous bien au-delà des spéculations financières
Faisons preuve d’innovation et d’empathie globale
Pour le bien-être des générations futures
Et la pérennité de cette terre qui croule sous le poids de trop d’ambitions.

Tannée de faire semblant que tout va bien
Marre de sourire alors que tout me désole
Écoeurée de maugréer seule dans mon coin
Consternée de ne plus reconnaître ma patrie
Fatiguée de pleurer d’indignation.

Je n’en peux plus d’aller de déception en désillusion
Je ne veux plus devoir mentir à mes enfants qui doutent
Je dénonce ceux qui clament au plus fort la poche
Je refuse d’abdiquer devant ces politiques sans âme.

Je rêve d’émancipation.
D’indépendance.
De compassion.
D’humanité.

« You may say I’m a dreamer… but I’m not the only one ». – John Lennon

Je rêve d’un pays bleu et harmonieux
Où l’on fait de l’éducation une priorité
Où l’on encourage l’entraide et la collaboration
Je rêve d’un monde éco-responsable
Où les richesses sont réparties équitablement
Où l’ont développe dans une perspective de durabilité

Je rêve d’une société ouverte et sensible
Où les aînés sont protégés et respectés
Où la jeunesse est nourrie de fougue et d’espoir
Je rêve d’un peuple créatif et incarné
Porté par une culture inspirante et une langue vivante
Je rêve d’une nation affranchie et cultivée
Dont la vitalité n’a d’égale que sa fierté.

Mais pour qu’un rêve se réalise, encore faut-il se réveiller !

Aux allumeurs de conscience,
Aux visionnaires,
Aux utopistes,
Aux insoumis
À ceux qui m’inspirent, me guident
et m’incitent à leur emboîter le pas,
Je dis ne lâchez pas,
clamez votre indignation,
et continuez de nous insuffler l’espoir d’un Québec meilleur
où règnent le respect du bien commun
et la justice sociale.

« Ne doutez jamais qu’un petit groupe d’individus conscients et engagés puisse changer le monde, puisque c’est effectivement de cette façon que cela s’est toujours produit. » – Margaret Mead

Nous émergeons d’une longue torpeur
Et en ouvrant les yeux
En prenant la parole
En bousculant l’ordre établi
Nous clamons le droit d’être entendus

Et puisque nous sommes éveillés
Il ne nous suffit plus de rêver
Le temps est venu de mettre en oeuvre
Nos aspirations.

Et parce que l’heure est grave
Renversons la vapeur à grand coup de réflexions
Continuons d’envahir la place publique
Continuons de nous rassembler
D’organiser la résistance
Et par nos écrits, nos gestes et nos paroles
Marchons en confiance vers l’indépendance.

La révolution s’avère nécessaire
Elle s’impose d’elle-même
Inévitable
Incontournable
Elle commence ici
Elle commence avec nous
Nous, porteurs d’idéaux
Nous, bâtisseurs d’avenir.

Nombreux et éveillés
Alertes, indignés
En colère
Debout
Nombreux et fiers
Saisis d’urgence
Déterminés
Confiants
Inébranlables
Nombreux nous amorçons
L’ascension vers la liberté.

Unis contre la barbarie
Tournons le dos à la bêtise
Dénonçons la brutalité
Brassons la cage aux indécis
Fulminons en choeur
Hurlons notre ras-le-bol
Indignons-nous jusqu’à l’âme

Réclamons la vérité
Vibrons de fougue et de passion
Accueillons le vent du changement
Ouvrons les vannes de l’espoir
Exigeons la justice
L’équité
Le savoir
Et la beauté.

MariePBouchard

http://mariepierrebouchard.wordpress.com/2012/04/09/leveil

 



Speak red

Un texte de Catherine Côté-Ostiguy


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Speak red
il est si beau de vous entendre
parler d’équité sociale
et de la jeunesse instruite et engagée qui sortira
un jour ne nos universités

On voudrait nous garder incultes et dociles
mais nous ne sommes pas muets et notre voix porte
Nous ne sommes ni idiots ni criminels ni inconscients ni lâches
speak red
et n’acceptons pas de n'avoir pour réponse
que des statistiques économiques réductrices
et le silence obstiné de nos ministres.

speak red
Parlons d’éducation et de justice sociale
parlons du rapport Parent
ou de la Révolution tranquille
des luttes de nos prédécesseurs
pour des acquis aujourd’hui balayés
Parlons de la déroute de notre gouvernement
nous sommes une génération sacrifiée
mais avide de savoir
et d’une société plus juste
où l’éducation n’est pas un luxe
et quand vous really speak red
quand vous get down in the streets

pour parler de vos idéaux
et parler d’égalité des chances
et du Québec que vous voulez vôtre
un peu plus fort alors speak red
haussez vos voix de citoyens de second-ordre
Ils sont un peu durs d'oreille
ils vivent trop près des patronats
et n'entendent que notre souffle depuis leur tour d’ivoire

speak red and loud
qu'on vous entende
de Montréal à la Côte-Nord
usez de votre admirable langue
pour revendiquer
demander des comptes
refuser qu’on vous ignore
pour des histoires de chiffres
et de lunettes cassées

speak red
Dites-leur que la « juste part » nous la ferons
lorsque, diplômés, nous contribuerons à créer un Québec meilleur
speak red
devant ceux qui croient que les bancs d’école ne sont pas faits
pour apprendre
mais pour se vendre
mais pour se vendre à perte d'âme
mais pour se vendre

ah! speak red
tous autant que vous êtes
pour leur dire
l'éternité d'un jour de grève
pour raconter
ce que nous souhaitons pour demain
et pour qu’ils rentrent chez eux le soir
à l'heure où le soleil s'en vient crever au dessus de leurs tours
et pour qu’ils se disent oui que le soleil se couche oui
chaque jour de leur vie à l'est de leurs empires
mais que peut-être, peut-être
quelque chose ne tourne pas rond
dans leurs logiques marchandes

speak red
soyez à l'aise dans vos mots
nous sommes peut-être idéalistes
mais n’accepterons que personne
vienne menacer
les fondements de notre société

dans la langue douce de Molière
mais avec l'accent de Miron
nous parlons la langue de notre génération
comme en Angleterre en Colombie
nous disons notre colère clairement
un carré rouge entre les dents
vous vous parlez hausse parlez rappel à l'ordre parlez répression
speak red
c'est une langue universelle
nous sommes nés pour la comprendre
malgré vos gaz lacrymogènes
et malgré vos matraques

speak red
rappelez-leur ce que sont la Liberté et la Démocratie
nous savons que liberté est un mot rouge
comme la dette des étudiants
et comme tous ces gens qui, au Québec et ailleurs, se battent pour leurs
droits

speak red
de Montréal à Québec relayez-vous
speak red comme à Trois-Rivières
red comme à Rimouski
soyons forts
et continuons de vaillamment défendre nos valeurs
devant ceux qui nous demandent encore
pourquoi
et répondons-leur fermement
nous croyons en demain
nous n’abandonnons pas
Nous
sommes le Québec

et nous savons
que nous ne sommes pas seuls.

http://agnesmaltais.org/nouvelle/speak-red-un-texte-de-catherine-cote-ostiguy

Publié dans Faits de société

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