« La ceinture fléchée » : Une véritable oeuvre d’art, un symbole affectif !

Publié le par jdor

Par Marie-Hélène Morot-Sir

Tribune libre de Vigile - Lundi 7 mars 2011

http://www.ameriquefrancaise.org

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Cette longue écharpe à franges faisait partie des vêtements des premiers Français, à leur arrivée sur ce sol d’Amérique du Nord. Elle était fabriquée à base de laine cardée, très rustique, elle servait à fermer confortablement leur épais manteau, dans ce pays de froidure dans lequel ils venaient d’arriver... C’était une sorte de large et chaude ceinture de laine, tissée de dessins joliment colorés selon le goût de chacun, agrémentant agréablement ce manteau gris, appelé alors « capot » selon le terme de la marine française… Cette longue écharpe n’était pas alors fléchée, mais présentait des motifs de chevrons ressemblant à ceux tricotés par les aïeules de France. Ainsi Jacques Cartier en offrit une en 1534 à un chef Micmac lorsqu’il visita la baie des chaleurs. Cet objet vestimentaire, avant tout utilitaire, servira aussi pour soutenir le dos, permettant de résister lors des lourdes charges des pelleteries.

Au moment de l’arrivée des Ecossais autour de la Rivière rouge, ces derniers amenèrent une laine de leur pays, beaucoup plus facile à travailler, ce qui permettra ce fléchage si particulier, le « tressage au doigt » La ceinture fléchée s’inspirera des ceintures, portées au début de la Nouvelle France venant de France, mais la technique se fera en tressant la laine « au doigt » copiée sur celle des Amérindiens.

C’est au poste de traite de l’Assomption, que des personnes fabriquèrent pour la première fois ces ceintures dites fléchées, comme l’a rapporté l’abbé Poulin, en partant du modèle Français à chevrons.. elle y sera fabriquée en quantité et à un petit prix. C’est ainsi qu’on parlera désormais de la ceinture Assomption, même si elle était également fabriquée dans de nombreux autres lieux, et si chacun, comme Chicoutimi, avait développé un motif local.

A cause du commerce des fourrures, ces ceintures se répandirent rapidement, les brins de laine étaient teints de différentes couleurs, elles étaient si jolies que les voyageurs de la CNO qui les portaient par commodité, en donnèrent envie aux chefs amérindiens, à qui ils en faisaient alors cadeau. Les Amérindiens fabriquaient des colliers et des ceintures, particulièrement bien décorées avec des perles, servant bien souvent pour entériner des traités de Paix tels les Wampums, mais ils n’avaient jamais rien confectionné avec de la laine, puisqu’il n’y avait pas encore de moutons sur leur sol… Les ceintures fléchées des Français étaient donc particulièrement attirantes pour eux... La Compagnie du Nord Ouest en faisait don très souvent aux nations autochtones, et la ceinture s’étendra rapidement vers l’Ouest, plus tard elle deviendra le symbole identitaire de la nation Métis, mais ces derniers la noueront d’une manière différente des Français et des Amérindiens. En se propageant ainsi, on pourra retrouver des traces de ces ceintures jusqu’aux confins géographiques explorées par les Français. Cette ceinture est mentionnée dans de nombreux ouvrages, ainsi Philippe Aubert de Gaspé dans « Les Anciens Canadiens », ou encore Louis Fréchette... Ou Alphonse Poitras… comme seuls exemples.

Plus tard la ceinture sera fabriquée mécaniquement, par des métiers à tisser, et même certaines seront fabriquées en Angleterre, qui s’était prise de passion pour ce modèle de ceinture Canadien français, puisque même Guy Carleton, alors gouverneur du Bas Canada, l’avait adoptée de même que le costume pratique et chaud, des Canadiens français. Ce symbole vestimentaire de la culture francophone d’Amérique, devenant un usage presque généralisé, dura pratiquement un bon siècle… Même la CBH compagnie anglaise des fourrures, concurrente de la CNO française avant que les deux compagnies ne fusionnent, participera à faire connaître la ceinture.

http://www.lespatriotes1837-1838.info/Site

fleche_michelin_2.jpgAujourd’hui il reste un certain nombre d’artisans perpétuant encore la technique ancestrale, la technique d’origine de la ceinture fléchée, tissée aux doigts. Un des plus beaux types de tissage existants, même si aujourd’hui elle est fabriquée dans des dimensions nettement plus petites que celles de l’époque. En effet elles pouvaient atteindre jusqu’à vingt centimètres de large sur deux mètres de longueur, possédant des franges impressionnantes de plus de quatre vingt dix centimètres, ce qui permettait de faire plusieurs fois le tour de la taille.

Mais beaucoup plus qu’une technique d’art, la ceinture est devenue aujourd’hui un héritage et un symbole politique fort, principalement en 1837 pour les Patriotes. Ce symbole propre aux « pure laine » ne fait pas l’unanimité et cela d’autant plus, que tant d’accommodements raisonnables aimeraient le laisser de côté. Pourtant nombreux sont ceux qui aimeraient qu’elle redevienne un vrai symbole, tandis que d’autres craignent de passer pour des passéistes, des nostalgiques du Passé comme l’explique Jacques Lacoursière.

Doit-on alors accepter que le simple fait de l’évoquer soit devenu définitivement péjoratif ? Doit-on baisser les bras, en voyant que certains se moquent de ce qu’ils nomment « le réflexe de la ceinture fléchée » ? La ceinture fléchée doit-elle être remisée aux accessoires, juste bon pour le bonhomme Carnaval ? Alors, serait-elle tristement devenue, comme pour les plumes des autochtones, juste bonne à être ressortie le jour des fêtes, par les groupes folkloriques ?

Nous assistons actuellement à l’émergence d’un grand mouvement, les peuples commencent à s’insurger contre la mondialisation à outrance, qu’on veut nous imposer, et qui amène dans tous les pays du globe le multiculturalisme, et l’effacement progressif de nos nations… Ce grand mouvement est en train d’opposer un frein réel, tentant d’enrayer ces dénationalisations, les nations ne veulent pas se laisser ainsi effacer, bien au contraire ! Ne doivent-elles pas alors, pour cela, revenir aux vrais fondements des peuples, c’est-à-dire à leur Histoire ? La réapprendre à la jeunesse, réapprendre à nouveau à fond leur langue, leur littérature, ne serait-il pas plus que temps de redonner ce goût-là du Passé ?

Promouvoir les personnalités identitaires de chaque pays, n’est-ce pas une vraie richesse qu’il ne faut pas laisser perdre ? Alors pourquoi pas la ceinture fléchée porteuse de toute la mémoire du 17ème siècle avec tous ceux qui sont arrivés pour bâtir ce pays, mais aussi tout au long des siècles suivants, pour enfin devenir le symbole de la résistance à l’hégémonie britannique, porté si haut par les Patriotes.

Aujourd’hui ne pourrait-il pas y avoir d’autres articles ainsi fléchés, beaucoup plus faciles à porter ? D’autres idées nouvelles au goût du jour, pourraient fleurir remettant fièrement en avant, non seulement cette technique si particulière de la contribution de l’Amérique française à l’histoire mondiale du tissage, mais surtout de biens précieux souvenirs.

Sources : http://www.vigile.net/Une-veritable-oeuvre-d-art-un

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Paul J. Saint-Pierre 27/10/2012 08:35

Quel commentaire acide de cette personne artisan !
C’est d’autant plus décevant que cet article est très bien fait, simple, clair, tout en étant érudit à la fois, expliquant en une seule page, ce que sont les ceintures fléchées chez nous, aux
personnes qui n’en ont jamais entendu parler jusqu’ici ! Libre à elles si le sujet les passionne d’aller consulter d’autres sources..mais pour une fois ce sujet est traité, et très bien traité,
dans un journal français pour des Français, c'est au contraire vraiment merveilleux ! alors merci à l’auteur Marie-Hélène Morot-Sir, nous regrettons tous qu’elle n’ait plus beaucoup de temps pour
écrire encore dans ce journal..
Vraiment je suis une fois encore déçu de mes compatriotes québécois toujours si prompt à dénigrer..

Jean Yvon Couillard 26/10/2012 16:03

Comme toujours la critique est aisée...Seul l'art est difficile !
Très décevant ce commentaire précédent au sujet de cet article pourtant si intéressant et si pointu sur la ceinture fléchée..

France Hervieux 05/10/2012 20:06

Je trouve toujours intéressant que l'on parle de la ceinture fléchée étant artisane en fabrication de ceintures fléchées. Mais e trouve déplorable le manque de rigueur de cet article sur l'histoire
de la ceinture fléchée. Je recommande: Histoire et Origines de la ceinture fléchée traditionnelle dite de L'Assomption, Septentrio, 1994.