La France est-elle finie ?... Ou finira-t-elle en gros Québec ?

Publié le par jdor

Par Marc Chevrier

agora.qc.ca - Jeudi 7 juillet 2011

Professeur au département de science politique de l’UQAM - Docteur en science politique, Marc Chevrier collabore régulièrement à L’Agora depuis plusieurs années. Il a publié divers articles sur la justice, la culture politique au Québec et au Canada et sur la réforme de l’État. 

Marc Chevrier a écrit un intéressant article à propos du dernier livre de Jean-Pierre Chevènement. J’ai fait le choix de ne publier que la partie qui m’a le plus frappé. Ce passage, à mon sens, montre très bien le tort que nous avons, en France, de vouloir ignorer le sort du Québec, pourtant si proche de nous… (Jean Dornac)


 

Le livre de Chevènement fait un plaidoyer argumenté en faveur de la France, en tant qu’elle redécouvre les raisons et la volonté d’être maîtresse de son avenir, par les ressources que l’État et la démocratie nationaux lui ont données, sans pour autant dissocier son destin de celui de ses partenaires européens. Entre l’infini creux de l’Europe communautarisée et le fini substantiel de la France, il préfère parier sur le deuxième. Il n’y a pas d’au-delà de la nation, écrit-il. Aucune fatalité, même celle que certains déduiraient des traités européens et d’une mondialisation jouant la musique d’un capitalisme financier à l’anglo-saxonne, ne condamne la France à demeurer une nation désindustrialisée encore trop peu instruite et inventive.

En traitant de l’avenir de la France dans un nouvel ordre mondial où se profilent de nouvelles puissances, Chevènement accorde peu d’importance à la Francophonie. Il reconnaît, il est vrai, que son avenir réside en Afrique, sans trop développer sa pensée. Du Québec, il dit quelques mots au passage, des gentillesses. Or, les Français gagneraient à connaître son histoire, sa trajectoire singulière. La France a eu généralement un certain dédain pour les petites nations, Irlande, Écosse, Catalogne, Pologne, pays baltes et d’Europe centrale, sauf quand elles lui semblaient être le théâtre d’un enjeu universel, comme la Tchécoslovaquie du printemps de Prague de 1968. Si l’Allemagne balance aujourd’hui entre devenir une petite Chine ou une grande Suisse, quelles sont les options pour la France ? Devenir une grande Suède ? Beaucoup s’en flatteraient en France, mais il lui manque la discipline sociale et le sens du compromis politique, et la Suède a conservé sa monnaie nationale, la couronne. Redevenir la fière République dans un concert européen de nations ? Il faudrait que la parenthèse libérale-libertaire dessinée par Chevènement se ferme rapidement, chose improbable sous Sarkozy bis ou une présidence Aubry ou Hollande.

Reste ce que l’auteur semble craindre le plus, sans le nommer ainsi, que la France, par nonchalance ou résignation, continue dans la voie du double suivisme européen et américain, en laissant au complexe bruxellois la charge des décisions névralgiques, l’État français n’étant plus qu’un comptoir de services dispensés en partenariat privé-public. Le France deviendrait alors, tranquillement mais sûrement, blottie dans l’empire sui generis européen, un gros Québec bilingue, d’une natalité un peu plus dynamique - quoique ne croyant plus dans les possibilités de l’action collective à travers ses institutions nationales et recroquevillée dans son pré carré poreux. Ce que les Français ne savent pas, c’est que la France exerce dans les institutions européennes un poids inférieur à celui que le Québec, la Wallonie et les cantons suisses francophones exercent dans leur ensemble fédéral respectif.

Et qui plus est, ce poids institutionnel de la France est largement inférieur à son poids démographique dans l’ensemble européen. (La France qui représente quelque 13,8% de la population de l’Europe à 27, dispose cependant de 10,7% des sièges au parlement de Strasbourg et de 9% des voix au Conseil européen, soit l’instance intergouvernementale qui partage le pouvoir législatif avec le Parlement). Bien sûr, la France a une armée qui bombarde Kadhafi, est membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, et son président fait cocorico… Mais sont-ce là les restes d’une manière révolue d’exister ou les instruments d’un avenir qu’une nation encore corsetée par un curieux jansénisme n’ose bâtir sans complexe ? Les paris sont ouverts…

 

Pour tous ceux que cela intéresse, voici le lien de l’article intégral : http://www.vigile.net/La-France-est-elle-finie-Ou-finira

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