Le sapin de Noël…

Publié le par jdor

par Pascaline

Merveilleux témoignage d’un cœur de femme qui ne sait pas dire non face à la misère d’autrui. Merveilleuse leçon d’humanisme, contre-exemple entraînant face aux lois et discours infâmant du pouvoir actuel. Qui n’a pas été confronté à ces mendiants venus d’ailleurs et de nulle part ? Combien d’entre nous osent affronter le regard du pauvre, ose lui adresser quelques paroles bienveillantes ? Quelques paroles qui réchauffent, au-dedans, ces corps glacés de mendiants subissant le froid et la pluie ? Il faut avoir croisé la route de certains exclus majeurs pour comprendre. Il faut avoir croisé, également, le froid glacial de la pauvreté qui, soudain, s’impose par le chômage ou un autre drame. Il faut surtout cesser de regarder le mendiant comme un étranger à chasser, cesser d’écouter les paroles blessantes, cruelles, sordides des racistes individuels ou politiques. Il suffit, parfois, avec un peu de bonne volonté, de se mettre à la place de l’être à la main tendue… (Jean Dornac)



Je déteste la mendicité. Pas les mendiants.
J’ai honte de nous.
J’essaie de comprendre les mécanismes qui nous mettent dans telle ou telle situation. Comment réduire la misère ? Comment refaire le monde ? Pour cette dernière question, on a beau me dire que je n’y peux rien, je m’entête.
Équilibre complexe entre mon propre bien-être et le malaise du monde : il est difficile et inconfortable de se situer parmi les nantis quand on souhaite un monde égalitaire. Que je sois malheureuse ne rendrait personne plus heureux, aussi à quoi cette liberté paradoxale me donne-t-elle droit ? À une existence telle que je la souhaite, heureuse et paisible, mais tout en restant sensible aux innombrables malheurs des trop innombrables autres ?

Je rumine ce type de réflexions dès que je me retrouve confrontée, parmi d’autres situations pénibles, à la mendicité.
Un jour, j’ai pris en stop un homme qui a dévoré voracement la nourriture que je lui ai donnée. Quand je l’ai posé à nouveau sur le bord de la route, je lui ai laissé encore quelques bricoles, bien consciente que cela ne le mènerait pas bien loin. Mais était-ce une raison pour ne rien lui donner ?
Qu’est-ce que je pourrais donner à cette fille devant qui je suis passée, et qui a murmuré quelques mots ?
Cela m’a exaspérée davantage que ce soit une jeune femme en train de mendier, une personne a priori dont la seule incapacité à gagner sa vie est de ne pas trouver de (droit au) travail.

À Grenoble, ce vingt-deux décembre, j’avais du temps devant moi et des envies de fantaisie et d’insouciance. Les voitures en étaient à peu près partout à la position parechoc contre parechoc. Les magasins étaient pris d’assaut, j’ai vu une queue de cinq ou six mètres de long sur un trottoir, devant une pâtisserie.
Supposons que j’ai retrouvé cette fille, et que tout ce qui suit soit arrivé réellement. Supposons, car tout le monde sait que Grenoble n’existe pas, pas plus que toutes les personnes dont je vais vous parler.
Comme je l’avais vue une première fois, j’ai eu le temps de penser à elle avant de la retrouver : je souhaitais lui offrir autre chose que quelques pièces, je souhaitais essayer de comprendre ce qui lui ferait plaisir – elle semblait parler français, mais peut-être pas couramment.

Et puis quand je l’ai retrouvée, toujours agenouillée, ou assise, sur le trottoir – on ne la voyait qu’au dernier moment – je lui ai donné une pièce, mais je n’ai rien osé d’autre. C’est elle qui m’a appelée, pour me remercier. Et puis pour me dire qu’elle a une fille asthmatique de huit ans : il lui faut de la ventoline. La jeune mendiante a un beau visage aux traits réguliers, de longues tresses noires sous un bonnet, un anorak épais.
Elle parle un mauvais français : je lui réponds alors avec des phrases courtes, lentement, je fais tout mon possible pour être comprise. Je ne saurai jamais jusqu’à quel point elle aura saisi, ou pas. Je lui parle d’aide sociale, d’assistante sociale, elle ne semble pas comprendre, mais plus tard elle me parlera de l’aide que l’assistante sociale lui apporte. Ma formulation seule a dû lui échapper.

Bon, quoi faire pour sa petite ? Après tout, je peux tenter d’acheter de la ventoline, mais elle dit que ce n’est pas en vente libre – ou elle aura voulu dire autre chose. Je lui redonne quelques pièces, je garde quand même du liquide pour moi non mais.
Il y a eu à Grenoble une sorte de mendicité organisée, cela fait déjà plusieurs années. Par son fonctionnement, cela évoquait presque la prostitution pour moi. Quand on regardait les petits cartons avec des textes identiques, exposés par différentes personnes dans différentes rues, on avait l’impression que quelqu’un surveillait ces misérables, leur disant comment se comporter, et peut-être même les châtiant en cas de résultats insuffisants. Tout ceci est-il un simple fantasme de ma part ? Si j’ai émis cette idée, c’est à cause d’un ressenti. Il est possible que cette époque de petits cartons avec les mêmes phrases et jusqu’aux mêmes fautes n’ait été que le fruit du hasard.
Et cette jeune Bosniaque me mène peut-être en bateau. Peut-être voit-elle en moi une pigeonne à plumer. Ainsi, pendant notre brève rencontre, vais-je me faire des réflexions, juste pour moi. Je garderai à l’esprit la conscience très nette de ce que je fais, de mon identité de pigeon ou pas pigeon, et du risque que je prends. Le risque : lui donner ce qu’elle désire. La pigeonne est consentante. Mieux, complaisante.

Le plan pharmacie semble galère, mais la jeune mendiante a de la ressource dans la demande : elle voudrait un sapin de Noël. Ses deux enfants seraient heureux. Non, elle n’a pas dit comme ça, elle a dit “pour mes enfants”, elle m’a parlé de deux d’entre eux qui ont chacun un problème de santé, et à la fin m’a dit en avoir quatre.
J’aurais pu dire que ce n’est pas une chose à faire, des enfants, plein d’enfants, quand on n’a rien à leur donner ! Mais, à moins d’avoir été abusée, si elle les a conçus avec amour et dans le plaisir, au nom de quoi irais-je lui interdire ce plaisir, un des rares éléments de bien-être que l’on peut se procurer gratuitement ?
Et même si le papa est parti. Cela semble être le cas si j’ai bien compris.
Je regarde autour de nous. Je finis par remarquer qu’il y a un sapin devant chaque boutique, décoré petitement, le plus souvent d’une seule boule et d’une guirlande. Peut-être que les décorations sont fauchées par les passants, ce n’est pas la peine d’en mettre des tonnes. Le plan sapin semble quand même un peu compliqué, je ne vois pas où m’en procurer. Nous partons en quête.

Après tout, pourquoi ne pas demander ? Il y a là deux hommes occupés à rien : vous sauriez où je peux trouver un sapin ? C’est pour cette dame, elle a quatre enfants, pas de mari, pas de travail, pas de papiers.
Ils se creusent la tête, mais oui, sans doute, au carrefour de Jean Jaurès et du cours Berriat. Une petit trotte, mais je ne peux plus reculer.
Mais arrivées place Vaucanson, un marché se tient, de commerce équitable. Ma jeune amie ne connaît pas ce concept, j’essaie de le lui faire comprendre avec des mots simples. Entrons pour voir s’il y aurait des sapins (éthiques ?).
Je n’en vois pas, mais je me renseigne quand même : cette dame… pas de travail… pas d’argent… voudrait un sapin pour ses enfants…
La personne à qui je m’adresse pousse un soupir compatissant, me demande de quelle association je fais partie. Aucune, je ne suis qu’une passante. Très vite nous parlons d’autre chose, de ce scandale grenoblois, de ce message que j’ai reçu il y a trois jours de R.E.S.F.
« Bonjour,
La famille Ajredinovski / Todorova et leurs enfants Élisée et Ronaldo et Adam, a failli être dispersée ce matin.
Les policiers sont venus chercher le père et les trois enfants, Élisée, Ronaldo et Adam pour les expulser vers le Danemark, bien qu’ils soient macédoniens. Dublin II vous dit-on.
La compagne du père Madame Todorova, a reçu une réponse négative à sa demande d’asile faite en rétention. Elle peut donc être expulsée mais vers la Bulgarie.
Ce matin l’avion n’est pas parti, problèmes techniques ou grève à l’aéroport, le père et les trois enfants sont de nouveau au CRA. »
Cette dame n’a pas de nouvelle information sur ce sujet dramatique.
Je fais une amère réflexion sur Noël qui devrait être une fête, et qui n’est qu’une nouvelle occasion de consommer.

Bon, la jeune Bosniaque m’attend, patiente, souriante. Elle a un caractère paisible. Je crains parfois de marcher trop vite. Sous sa jupe qui touche presque par terre, de grosses chaussures ne sont peut-être pas très adaptées. Elle m’explique que tel vêtement lui a été donné parce qu’elle avait froid. Elle le trouve pratique.
« Eh bien aujourd’hui, il fait très froid ! »
Elle dit que non, il y a eu pire récemment.
Elle me demande si je ne pourrais pas lui donner des vêtements : je pense irrésistiblement à une scène du film “les Ripoux”, quand François Lesbuch, soit Thierry Lhermitte, qui vient de flamber tout son salaire au restaurant pour une paire de jolis yeux, Lesbuch, donc, après avoir sauté au plafond, prend son parti de l’aventure et, en sortant, se dessape dans un geste large pour offrir ses vêtements au personnel. Je m’identifie à lui et je défais mon sac à dos où je garde un polaire au cas où – justement c’est un peu limite, je pourrais l’enfiler. Avec beaucoup moins de classe que Lhermitte, je le fourre dans la main de ma compagne.

La place Victor Hugo n’est pas loin, le marché de Noël, ici, n’a rien d’équitable, et je trouve des sapins devant une boutique sous tente. Je demande à ma compagne de choisir, je paye, je demande à l’employée si elle pourrait offrir quelques guirlandes pour décorer ce sapin, pour cette dame sans travail, sans homme, sans papier, pour ses enfants… Mais l’employée n’a pas le droit, n’a pas le choix, n’a pas le pouvoir de décision.
Je confie le ticket de caisse à ma Bosniaque comme un objet précieux à ne pas perdre. Elle semble comprendre. Si elle se fait accuser de fauche, mon aide lui aura été drôlement utile ! La commerçante emballe le sapin dans un filet, ce qui lui donne plus l’aspect “vendu” que “volé.”
À un marchand de marionnettes – si belles, si douces, j’aurais craqué en toutes autres circonstances – à la démarche commerciale un peu agressive, j’explique : j’achète un sapin de Noël pour cette dame qui, cette dame que, travail, enfants, pas de papa, maman qui pleure tout le temps, pas de papier… Un peu interloqué, “c’est comme vous voulez” me répond-il.

Où va vouloir se rendre ma mendiante ? Elle retourne au même emplacement. Elle voudrait des guirlandes, je lui en montre une dans une vitrine, c’est bien cela, ses enfants voudront un sapin avec des guirlandes.
Nous nous séparons en rejoignant le marché éthique.
J’y trouve des guirlandes toutes simples, trop simples certainement, ce ne sont pas de “vraies” guirlandes de chez nous : des cercles de papier dans les huit centimètres de diamètre, collées sur une ficelle, la guirlande mesure trois mètres. Facile à (re)faire. Elles viennent du Népal. Le vendeur, lui, est sensible à la misère de ma jeune amie, il rajoute une pochette avec un autre type de guirlande, fines et délicates. Elle les sortira plusieurs fois de sa poche pour les regarder.
Elle s’est installée exactement au même endroit, mais assise sur mon pull, elle a moins froid me dit-elle ! Le sapin a disparu : confié à une copine. Soit.

Insatiable, elle a une nouvelle demande : elle voudrait à manger. Un peu plus un peu moins… Rue de Strasbourg, elle me guide jusqu’à un supermarché où elle se lâche, raisonnable cependant !
Des œufs, d’abord, j’en prends six, bio, je ne peux pas faire autrement. De l’huile (petit cours de prononciation du U), du shampooing, du sucre, oh, de l’eau ! “Je peux prendre de l’eau, j’ai tellement soif !” Elle boit à la bouteille et me demandera au moment de payer s’il faut la mettre sur le tapis avec les autres articles.
Enfin, elle dévoile son plus gros désir, son rêve : elle voudrait manger un gâteau. Là, pour ce qui est de bouffe écolo, ce n’est plus possible. Je la laisse choisir une bûche sans doute bourrée d’additifs.
Il faudra acheter un cabas pour fourrer tous ces articles, et le cabas sera plein. Je me demande comment elle rentrera dans son hypothétique chez elle, le sapin, le cabas, son propre sac avec quelques bricoles…
Le vendeur, lui, se demande autre chose – en la voyant fagotée dans ses vêtements sans allure : il me réclame une pièce d’identité…
Dans nos échanges difficiles, j’ai compris qu’elle dispose d’un frigo. Au moins, le frais y sera protégé.

Quand ai-je commencé à la tutoyer ? Alors que j’y prends toujours garde, ayant remarqué comment j’ai vite fait de bousculer les gens, de les gêner, voilà que je ne sais même plus à quel moment j’ai arrêté le vouvoiement.
En chemin, elle me couvre de compliments, me dit que je suis belle, exprime le désir de me revoir… De manger ensemble le gâteau. J’évite de lui avouer le menu de mon repas de midi, encore bien présent dans mon estomac rassasié.
Je consulte ma montre. Je dois y aller. Elle insiste, me dit qu’elle sera là.
Je ne peux rien faire d’autre. Apparemment, elle bénéficie d’aide, rencontre une assistante sociale. Elle travaille même parfois. Connaît une autre femme qui, un peu comme moi, l’aide aussi.
Cette aventure m’aura coûté de l’argent, mon argent, celui que j’ai gagné et sur lequel je paye des impôts, non pas pour les banques, mais pour venir en aide aux plus démunis.
Et je pense au père Hugo, fronçant les sourcils à l’égard de mon irresponsabilité :
« Si tu donnes du poisson à un homme, tu le nourris pour la journée. Si tu lui apprends à pêcher, tu le nourris pour la vie. »
Je ne sais rien de cette amie de passage, même pas son nom ! Elle ne peut pas m’avoir menti. Qu’elle ait été intéressée est une évidence, elle n’a pas cherché à le cacher, mais cette base très matérialiste de la relation n’a pas bloqué le fort courant de sympathie. Elle me plaît. J’aime son caractère égal, sa joie de vivre, sa simplicité.
C’est une amie que je regrette, et que, peut-être, je ne reverrai jamais.

J’ai écrit ce bref récit avec la rage. Il n’est pas une tranche de vie, il est un appel, une lumière posée brièvement sur quelque chose qui ne tourne pas rond.

Il y en a, des choses qui ne tournent pas rond !
Un petit coup d’éclair-Rage par-ci, un petit coup d’éclair-Rage par là, et il ne faudrait jamais s’arrêter.
Mais que faire ?

P.S. La famille Ajredinovski / Todorova a quitté le centre de rétention… pour se retrouver aussi fragile qu’avant, sans papier, sans avenir, sans beaucoup d’espoir…

Source : http://www.charbinat.com

Publié dans Témoignage

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Pascaline 07/04/2012 13:49

Bonjour Jean
Des délais de plus en plus longs séparent nos échanges !
J’ai tenté de vous écrire par courriel à votre adresse personnelle le 6 mars. Je n’ai pas eu de réponse : adresse abandonnée ?
Je voulais vous répondre en ce qui concerne votre encouragement à écrire, je pensais que développer ceci ici sortait trop du thème en cours ! Si vous me postez un petit courriel perso, je vous
y répondrai.
Il y aurait encore matière à continuer nos échanges, et comment ! Les sujets que nous avons abordés sont loin d'être épuisés !
Dans l'immédiat, comme je n'ai pas été capable de développer à nouveau l'un d'entre eux depuis deux mois, alors que j'avais l'intention de le faire, je me dis que je devrais changer de
priorité.
Ce qui n'empêche pas les idées de circuler, bien entendu !

Amicalement

Pascaline 05/02/2012 14:44

Deuxième partie de mon (trop long !) commentaire :

Et je rêve de voir se développer ce que j’appellerais “humanisme”, une société sereine dans laquelle la connaissance serait une valeur prioritaire. Pas n’importe quelle connaissance, et c’est bien
pour cela que je parle d’humanisme : des connaissances “larges” et non “pointues” comme on les préconise aujourd’hui. Je sais, l’humanité engrange sans arrêt et de plus en plus vite des
quantités industrielles de nouvelles connaissances, mais un être humain équilibré doit commencer par ouvrir son esprit. L’école devrait rendre curieux, et répondre à cet insatiable questionnement
permanent des tout-petits. Autour de dix ans le plus souvent, les enfants ont déjà perdu cette soif, cette curiosité originelle, et je pense que c’est le défaut de l’école, trop mal adaptée pour
entretenir cet appétit.
Voilà sans doute de nouvelles portes déjà ouvertes que je pousse. Pourtant il ne faut pas craindre de ressasser. Même si l’on se sent petit et impuissant, ou plutôt pour cette raison, il faut
“l’ouvrir” sans relâche.
C’est ce qui me plaît dans votre blog, que j’ai eu le temps de survoler simplement, alors que j’aimerais bien m’y plonger : vous tentez de témoigner, comme vous le dites, et je sens bien que
vous ne pouvez pas vous en passer. Même si votre vie matérielle semble difficile, votre existence a un sens, et cela est précieux. Pour vous, pour vos lecteurs, pour tous les ignorants qu’il faut
bien secouer !
Alors je ne prendrai pas mon bâton de pèlerin avec des gens comme mon beau-frère, car je ne vois aucune piste pour modifier son état d’esprit, et c’est dommage. Mais je ne vais pas en faire une
maladie. Sans qu’il le sache, il fait partie des gens qui me poussent encore plus loin dans ma soif d’apprendre : j’essaie de comprendre comment les idées nauséabondes qu’il émet ont pu se
ficher dans son crâne, et cela me sera toujours utile pour les démolir, ces idées.

jdor 05/02/2012 16:22



Bonjour Pascaline,


 


Merci pour ce commentaire important. En effet, vous n’êtes pas seule, je le vois sur twitter tous les jours, à vouloir
refaire ce monde, tout comme moi. Nous sommes bien plus nombreux que je ne pensais… Et c’est vrai que ça fait du bien !


 


Je suis surpris, comme sans doute vous l’étiez à l’époque de votre terminale, que l’on puisse rapprocher racisme et
économie. Cela se tient pourtant ! Je reste cependant convaincu, qu’avant tout, c’est l’ignorance et la peur qu’elle provoque qui produisent ce prurit purulent. Et, si je prends mon cas qui,
bien sûr, n’a rien d’universel, le côté économie n’a pas fonctionné. Au contraire même, puisque c’est à l’époque des Restos du Cœur, le plus noir de ma pauvreté, que mon ex-épouse et moi avons
accueillis un couple de Roumain, des gens à la rue, à Bordeaux, et la maman attendant un bébé qui est effectivement né très peu de temps après.


 


Jamais, je n’ai pensé que je devais mon chômage et la pauvreté aux immigrés, jamais ! C’eut été absurde ! De ce
fait, je rejoins bien plus Lilian Thuram lorsqu’il parle de construction intellectuelle, tout au moins chez des gens comme les le Pen. Concernant ceux qui les suivent, eux mais également certains
membres de l’UMP, je crois qu’ils sont avant tout manipulés comme des crêpes ! Et cela, surtout par ignorance, par peur, ce qui facilite, depuis toujours, les extrémismes les plus barbares.
Je suis persuadé, même si cela semble naïf, que si tous ces gens réalisaient vraiment ce qu’ils font et disent, qu’ils en éprouveraient une honte infinie…


 


Vous avez été enseignante, un si beau métier… Vous avez dû en voir, des choses, surtout ces dernières années… Ô combien je
suis en accord avec vous sur ces « connaissances larges » plutôt que les « pointues ». Dans mon école, dans les années cinquante et soixante, j’avais des instituteurs qui
pratiquaient l’enseignement « large ». Et je ne les remercierai jamais assez ! Sans eux, sans leur travail, sans cette conscience et volonté de nous faire grandir en humanisme, mon
blog, sans doute, n’existerait pas.


 


Oui, je tente de témoigner, par mes propres articles comme par le choix des articles d’autres auteurs. Je ne sais si j’y
parviens, mais en tout cas, c’est bien mon dessein. Relativement pauvre, très isolé dans la capitale que, pourtant, j’adore, avec une santé exécrable, c’est tout ce qui me reste en attendant la
fin, mais je sais qu’ainsi, par ce travail qui m’aide à rester debout dans ma tête, je peux apporter un peu, à celles et ceux qui veulent bien visiter les textes publiés.


 


Je ne sais si vous en avez le temps ou l’envie, mais je pense que vous devriez écrire encore des articles. Vous avez une
belle plume, en tout cas, une plume qui m’a beaucoup touché. Vous avez la force du témoignage, c’est essentiel !





 



Pascaline 05/02/2012 14:42

(je tronconne mon comm', ainsi sans doute passera-t-il !)


Bonjour Jean
Voilà bien des jours que je ne vous réponds plus, mais c’est juste pour une question de temps à trouver...
Parce que nos échanges sont bien plaisants. Refaire le monde à deux, enfoncer peut-être des portes ouvertes, mais sentir que d’autres ne gobent pas l’infecte soupe médiatique quotidienne, ça fait
du bien.
Mais cette fois il me faut me prendre par la main et terminer ce message !
Quand j'étais en terminale (1970... c'est loin !) j'ai préparé un exposé sur "les noirs américains", et le prof de géo m'avait confié pour ce travail un ouvrage remarquable.
Ma plus grande surprise à l'époque avait été d'apprendre que plus on était pauvre, plus on était raciste. C’était pourtant logique puisque les pauvres blancs se trouvaient ainsi en position de
relative "force". En situation d’opprimé, le plus souvent on cherche à opprimer quelqu’un encore plus bas que soi dans l’échelle sociale.
Le racisme trouve donc ses racines dans l’économie, voilà sa vraie raison d’être, et voilà la révélation que cet exposé avait représentée pour moi.
Marx aurait aussi bien pu dire "prolétaires de toutes les couleurs, unissez-vous" !
Le musée du quai Branly présente jusqu’au 3 juin une exposition : “l’invention du sauvage”. “Le racisme est avant tout une construction intellectuelle”, déclare Lilian Thuram, président de la
Fondation “Education contre le racisme” dans la bande annonce de cette exposition. Je souhaite voir tous les esprits bornés ou ignorants visiter ce musée.
L’ignorance, voilà bien une racine qu’il faut extirper... Après tout, je suis enseignante (retraitée), j’ai donc exercé ma profession dans cette direction-là. J’en ai beaucoup appris, sur ce
manque, ce vide, ce “compte à découvert”.

Pascaline 05/02/2012 14:40

Je ne réussis pas à poster un commentaire que je voudrais laisser ici...

Ce bref message passera-t-il, lui ?

jdor 05/02/2012 16:22



Oui, il est bien passé !



Pascaline 21/01/2012 20:34

Vous soulevez là une grave question que je me pose depuis très longtemps : comment faire ressentir aux épargnés la souffrance de ceux qui ne sont pas épargnés !
Nos prises de conscience se font malheureusement le plus souvent quand notre tour arrive et pas avant, donc quand il est bien tard, parfois trop.
Allez, je vais tenter l'optimisme : les récits des autres, (auto-)biographies, fictions, livres, films, documentaires, sont là pour la permettre, cette prise de conscience.
Parfois on refuse de la faire, parce que voir, savoir, c'est insupportable. C'est dommage, mais j’avoue que malgré toute l'empathie que je suis capable d'éprouver, il m'arrive à moi aussi de
tourner le dos. Ou plutôt à cause d’elle.
Il peut y avoir bien sûr dans celui dont le regard fuit, une crainte enfouie de ne jamais en arriver là.
Et puis au moment où je rédige cela, je reçois un message puant redirigé par mon beau-frère, d’extrême-droite, d’un racisme nauséabond. Sa prise de conscience à lui, ce n’est pas moi qui la lui
ferai faire... et je le regrette bien !

jdor 21/01/2012 22:56



La prise de conscience, chose ô combien difficile, en effet. Il a fallu que je connaisse le chômage et la dégringolade qui s'en est suivie pour que je comprenne et change, un peu, au moins. En ce
sens, ce qui a été un drame dans ma vie, a aussi été une chance. Même maintenant, comme vous, il m'arrive de détourner la tête. Lâcheté ? Impuissance ? Il faut dire aussi que je fais partie du
monde des isolés, ma famille ayant éclaté et ma retraite n'étant que de misère. Je ne me plains pas, je vis et, surtout, je tente de témoigner par mes articles. Je suis donc encore gâté... Je
vous comprends, par ailleurs, pour votre beau-frère. Je ne sais si des gens comme lui auront une chance ou non de prendre conscience. S'il pouvait simplement comprendre que les humains sont un
seul peuple, le peuple des humains et que le reste, les pays, les frontières ne sont que choses imaginaires, même si nous sommes attachés, et c'est mon cas, à notre culture.