Le sens de la nuance ou son absence & « Le Crime »

Publié le par jdor

Par Jean Dornac

Carla Bruni et Gérard Depardieu ont plusieurs points communs : Ils soutiennent Sarkozy et, ni l’un ni l’autre, n’aiment les Français. On se demande, alors, pourquoi ils restent dans un pays dont le peuple est aussi détestable ? Nous serions arrogants. Nous tous, car ces personnes ne font pas dans la nuance : Pour eux, « les Français sont arrogants » ! Fichtre !... Plus d’une et d’un vont faire de grands yeux en apprenant qu’elles ou ils sont arrogants ! Si cela ne montrait pas une mentalité déplorable et une incapacité réelle de jugement, ce ne serait que risible, puisque nous sommes en plein ridicule…

Ce genre de phrase atteint le sommet de la bouffonnerie et du non-sens. Je veux bien que trop manger, trop boire, ou encore être trop amoureux laisse l’esprit quelque peu dans la confusion, mais tout de même… Faire une telle généralité montre qui la paresse de l’esprit qui l’amoindrissement de l’intelligence qui la franche idiotie.

A cet égard, de nombreux politiciens, femmes et hommes confondus, ont pris une très bonne place dans l’échelle du caricatural. Ne nous sortent-ils pas, sans arrêt, pompeusement, de gauche à droite en passant par les extrêmes, que : « Les Français veulent » ceci ou cela ! Ils n’en savent évidemment rien, mais c’est tellement bon de se gargariser l’ego en laissant croire que le peuple, comme un seul homme, ou une seule femme, pense comme eux ! Et que, conséquence logique, il ou elle représente parfaitement ce peuple ! Comble de l’hypocrisie ! Bien que de nature très calme et non-violente, lorsque j’entends un Sarkozy, un Bertrand, (entre autres) côté UMP, sortir ce type d’imbécillité, j’ai toujours envie de leur sauter au cou, non pas pour les embrasser, mais pour le leur tordre, ce cou !

Ils ont perdu, Depardieu et Bruni, toute notion de ce qu’est un peuple. Ils ont oublié, ou jamais su, qu’un peuple est composé de millions d’individus, de deux sexes différents, de formations, d’expériences différentes, de vies très disparates et donc, de pensées, y compris politiques, très variées…

Nous sommes, nous Français, soixante quatre millions et quelques, et les comiques qui nous dirigent ou voudraient le faire, avec leur ribambelle d’acteurs, de chanteurs, d’artistes, voire de journalistes qui leur font la cour, s’imaginent que nous sommes tous abonnés à la pensée unique ! Tragique !

On peut penser qui si tous ceux-là se laissent aller à de telles dérives, c’est parce que cela correspond à leur puissant désir de voir s’établir cette pensée unique ! Ils prennent leurs rêves de pouvoir et de puissance pour la réalité ! Mais ils se mettent le doigt dans l’œil et jusqu’au coude au moins ! A moins de tous nous lobotomiser, jamais, un peuple comme le nôtre ne pensera comme un seul individu ! La vie connaît son boulot et a horreur de l’uniformité ! Par essence, elle est diversité. Point ! Et c’est heureux, parce qu’autrement, la vie serait aussi ennuyeuse que ces hôtels construits tous à l’identique, sans une once d’imagination. Rien de plus triste, non ?

La polémique sur la viande Halal

Voilà encore une de ces généralisations stupides et sans nuances, mais bien sûr, ayant comme dessein la manipulation des foules. L’auteur, comment en être surpris, est Marine le Pen qui, héritière de son père, ne supporte pas tout ce qui, de près ou de loin, ressemble à l’essence musulmane. A l’écouter, en Ile de France, on ne trouve plus d’autre viande. Je rigole, et franchement… Même si le but politique me dégoûte tout aussi franchement.

En s’attaquant a la viande Halal, elle et les siens s’attaquent également à la viande Casher. Et c’est là que Sarkozy a mis les pieds dans le piège tendu par Le Pen, puisqu’en la suivant comme un petit mouton, il a réussi à vexer la communauté juive ! Fallait le faire ! Quel aveuglement ! Et tout ça pour quelle espérance, côté FN et UMP ? Juste pour la pêche aux voix des Français les plus extrémistes de droite ! A vous dégoûter à vie des politiciens !

Ces deux dirigeants, en outre, semblent ne guère connaître les pratiques de nos campagnes. Ayant vécu neuf ans dans la Loire, en région montagneuse, j’ai assisté, parfois avec la nausée, à l’acte qu’on nomme, là-bas : « Tuer le cochon ». Nombreuses sont les familles, dans ces endroits, qui tuent le cochon, début décembre, pour constituer des réserves de viandes valables plusieurs mois durant. C’est bon et c’est économique. Et voilà que nos paysans, dans cette pratique, certes sans les litanies religieuses, rejoignent les Juifs et les Musulmans, puisque, eux aussi, saignent la bête sans l’assommer auparavant ! Si vous protestez parce que vous aimez les bêtes, on vous dira, innocemment et avec le ton de l’évidence : « Mais mon bon M’sieur, ma bonne Dame, faut ben l’saigner, l’cochon, pour faire du bon boudin ! »

Ceux-là font donc du Halal et du Casher sans le savoir ! Ironique, non ? Sachant cela, j’imagine que Marine le Pen ne touchera plus à ce port suspect de trop ressembler à la viande Halal, ni Sarkozy goûter, ici ou là, du porc offert lors de ses déplacements en province profonde !

Bande de Tartuffes !

« Le Crime »

L’absence de nuance, l’absence de lucidité aussi quant à la portée tragique de certains discours, comme cette cabale contre la viande Halal ou la politique méprisable contre les Roms ou encore les immigrés qu’on dit clandestins, provoque, tôt ou tard, les crimes, tel qu’on la vu à Toulouse et Montauban. Ceux qui tiennent de tels discours ou politiques, semblent ne pas réaliser leur responsabilité, au minimum indirecte. Et c’est tragique !

Le Crime commis à Toulouse on ne peut l’imputer à personne d’autre, en particulier, que le tueur. Cependant, lorsqu’une campagne électorale dérape dans les insultes, dans l’affirmation de mesures plus drastiques contre les immigrés, dans l’idiotie de la polémique de la viande Halal ou Casher, cela revient à remuer le purin qui règne dans certains esprits faibles ou malades, à les pousser au crime, même si cette intension ne figurait pas au programme des candidats en question.

On ne joue pas impunément avec les bases des théories monstrueuses qui ont à jamais enlaidi le XXème siècle. Ceux qui se sont laissés endoctriner à cette sauce nauséabonde, par de tels discours, se sentent forcément confortés dans leurs opinions monstrueuses, même si, après les avoir entendues, ils les amplifient à l’aune de leur folie. C’est là qu’on constate, mille fois hélas, que Hitler tue encore aujourd’hui ! S’il faut encore évoquer cet être, c’est uniquement sur le plan historique, en montrant bien que l’idéologie nazie était criminelle et le restera à jamais. Mais, organiser la chasse aux immigrés clandestins jusque dans les écoles, enfermer même des bébés en centre de rétention, comme on l’a vu, chez nous, c’est montrer ces minorités du doigt, c’est laisser croire qu’elle ne valent pas « l’homme blanc ». C’est désastreux sur le plan humain, c’est dramatique comme effet sur les esprits faibles et ignorants si promptes à faire des amalgames. Tout comme il est tragique d’aller danser dans une soirée de néo nazis en Autriche… Suivez mon regard…

L’innommable

Ce qui est particulièrement abominable dans le Crime de Toulouse, c’est d’avoir tué des enfants. Comment pardonner un acte aussi abject ? Cela souligne l’incroyable lâcheté de l’assassin, de cette brute sans nom. S’en prendre à de petits êtres qui, par définition, sont sans défense et innocents des crimes de certains adultes, y a-t-il pire forfait ? S’en prendre à de tels purs sous prétexte, sans doute, qu’ils sont de religion juive, quelle imbécillité sans limite ! On touche à l’infini de l’absurdité de certains esprits. Cet homme, sans doute, est-il fier de son acte, sans doute a-t-il envie qu’on l’admire ! Pauvre fou, en réalité : Nous ne pouvons que le rejeter tant, par cet assassinat, il s’est exclu, de lui-même, de la communauté humaine, sachant qu’il n’est même pas digne d’appartenir à celle des animaux… Il faut être Dieu pour pardonner cela, pour autant qu’Il existe…

On sait, depuis ce matin, puisqu’il est probable que le monstre soit cet homme assiégé chez lui, qu’il appartiendrait à la mouvance d’Al Quaïda. Ce n’est pas une excuse et en rien, cela ne l’honore. Tuer de sang froid des enfants ne ramènera ni les enfants palestiniens ni les gamins d’Afghanistan.

Ses actes de ces derniers jours sont tellement horribles que ma crainte, aujourd’hui, est que les esprits ignorants et racistes d’un certain nombre de Français ne rendent tous les musulmans vivant dans notre pays coupables du même crime ou potentiellement capables de le commettre. C’est le pire de ce qui peut nous attendre à présent, un déchaînement de violence à visée raciste absolument inacceptable et dramatique. La deuxième conséquence possible est que ce drame atroce ne favorise les candidatures de Sarkozy et Le Pen, comme si ces deux-là étaient la solution, alors qu’ils sont le problème ! La seule solution que me semble valable et viable, c’est que Français de souche et immigrés, Français ou non, nous acceptions enfin de faire connaissance les uns les autres, je dirais jusqu’au fond de nos âmes. L’ignorance est mère de la haine et des violences ! Alors, cassons-la enfin !

Voilà à quoi mènent ces discours honteux d’où toute mesure et nuance est écartée ! Il reste peu de semaines avant l’élection présidentielle 2012. Je voudrais espérer, mais comment y croire, que les discours extrémistes proférés par ces individus de droite extrême et d’extrême droite vont, enfin, cesser ! Obtenir un poste de Président de la République demande de la dignité, le sens de la cohésion nationale et sociale, toutes choses absentes du débat, dans ces mouvances de droite.

Nicolas Sarkozy, notamment dans son discours de Lyon a fait preuve de violence envers son adversaire principal. Ce n’était pas loin de la haine, cette haine qui finit par tuer. Ce fut l’attitude d’un homme ayant perdu tout sang-froid. Sans doute, ses partisans les plus acharnés aiment-ils cette agressivité qui n’a nulle excuse, mais vous, Françaises et Français qui avez encore la tête sur les épaules, aimez-vous et approuvez-vous ce langage qui crache à la figure de l’autre ? Je veux espérer que non !...

Paris, le 21 mars 2012

 

Publié dans Réflexions

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