Les Droits de la Terre

Publié le par jdor

Par Jean Dornac - Réflexions. Puis 22 avril 2012 au Québec

Curieux titre, non ? Nous parlons plus facilement, et c’est justifié, des Droits de l’Homme tant ils ne sont guère respectés par les pouvoirs en place, un peu partout. Je ne sais si, ici ou là, des écologistes ont eu l’idée de parler de Droits de la Terre sachant que, du côté de nos pouvoirs, il ne faut rien attendre de sérieux pour protéger la nature, tant ils sont inféodés au monde du profit et des ravageurs de la Terre.

Pourtant, ces Droits-là, me semblent essentiels. Ils le sont au regard de ce qu’est la planète, une petite boule perdue dans un univers dont nous n’avons pas encore aperçu les limites. Cette terre est même microscopique, c’est dire sa fragilité.  Parce que nous sommes, nous, encore considérablement plus petits, nous imaginons trop facilement que notre terre est, pour ainsi dire, sans limites et qu’on peut tout se permettre sans risquer de bouleverser les équilibres millénaires.

Or, tout montre qu’il n’en est rien. Certes, quelques scientifiques, par exemple un ancien ministre de l’Education Nationale, nous expliquent que les alertes lancées par beaucoup d’autres scientifiques au moins aussi importants qu’eux, sinon plus, ne sont que balivernes pour ne pas dire vastes plaisanteries ou fumisteries. Malgré ces doctes emphases, nous pouvons constater que le climat, pas seulement en France, change et change beaucoup plus vite que prévu. L’eau, si précieuse à notre vie et survie, vient à manquer dans de nombreuses contrées du monde et les nappes phréatiques, chez nous, trahissent un lourd déficit depuis l’an dernier.

Hasard que tout cela ? Ne serait-ce dû qu’à une évolution naturelle qui revient tous les « x » millénaires ? N’ayant pas les qualités requises, je ne peux rien affirmer. Sauf que… Les changements climatiques du passé, selon ce qu’on en sait, se déroulaient sur de très vastes périodes, contrairement à ce qui se passe en ce moment. Ce fait devrait nous faire poser beaucoup de questions et surtout les bonnes… Par exemple :

- Peut-on impunément exploiter les ressources naturelles qu’offre la Terre ?

- Peut-on impunément polluer l’atmosphère avec les quantités inimaginables de rejets polluants ?

- Peut-on impunément souiller mers, océans et rivières en y rejetant tous nos déchets, sans le moindre remord ?

Pendant des siècles, l’obscurantisme de plusieurs religions nous ordonnait de soumettre la Terre. Ce qui était une fleur offerte aux plus voraces des humains. Pour l’avoir soumise, ils l’ont soumise ! En fait, ils l’ont violée et continuent à le faire au nom de leur dieu, l’argent, celui-ci remplaçant sans problème le dieu des écritures dites saintes…

Evidemment, nous autres, ces dernières décennies, nous en avons largement profité, surtout nous, peuples des pays riches et développés, d’autant plus que nous n’étions pas, pour la majorité d’entre nous, conscients des dangers. Ce faisant, nous avons affaibli notre terre, ce petit vaisseau perdu dans le noir de l’univers et avons suscité l’envie chez les peuples démunis, la télévision diffusant partout nos modes de vie à l’occidentale.

Il me semble évident, si peu qualifié que je sois, que si nous ne changeons pas, et très vite, désormais, cette façon de vivre, que c’est l’ensemble de l’humanité qui va en subir de très lourdes conséquences. Déjà, par notre inconséquence, nous avons participé à la disparition active de nombreuses espèces animales. Soit par la chasse, soit par la pêche, ou encore par nos terribles pollutions. La nature, à laquelle nous appartenons, que nous le voulions ou non, tout comme la faune et la flore, crie sa douleur en changeant violemment nos climats, mais trop nombreux sont ceux qui n’en ont rien à faire. Ce n’est pas leur intérêt, tant intellectuel que financier…

Pourquoi tenter d’écrire et d’établir des « Droits de la Terre » ? Cela me semble aussi évident qu’urgent. Si ces Droits ne sont pas respectés, c’est l’ensemble de toute la vie portée par notre planète qui disparaîtra. Les Droits de l’Homme si importants qu’ils soient, seront alors inutiles. Si l’égoïsme des plus puissants et l’inconscience d’une grande masse humaine se poursuivent, l’issue est évidente, la nature nous le montre et le hurle sans cesse…

Jour exceptionnel au Québec !

Ce dimanche 22 avril 2012 ne sera pas que le jour du premier tour de la présidentielle française. Ce sera également « La journée mondiale de la Terre ». Eu égard à l’importance de cette Journée de la Terre, notre présidentielle, pardonnez-moi, et même si je souhaite ardemment l’éviction de Nicolas Sarkozy, cette présidentielle m’apparaît comme un fait anecdotique. Je doute fort, hélas, que nos médias, surtout télévisés, en parleront ou alors en catimini entre deux faits divers, la présidentielle sera leur unique priorité, comme un gigantesque aveuglement.

Il en ira tout autrement au Québec ! Là-bas, depuis que les étudiants sont en grève avec d’imposantes manifestations, c’est un véritable et profond changement qui prend figure. C’est proche d’une révolution, au minimum des mentalités. Il y a une prise de conscience très profonde qui ranime le désir, voire la volonté, d’un Québec libre, d’une nation nouvelle et indépendante qui n’aurait jamais dû disparaître. Au travers de l’imposante lutte de la jeunesse québécoise contre la volonté gouvernementale de se coucher devant les dogmes néolibéraux et de faire payer cher leurs études aux jeunes, c’est une énorme prise de conscience de l’absurdité du système tout entier, ce système que les politicards de trop nombreux pays veulent nous imposer.

Voyez, par exemple, cette phrase qui montre quelle est la profondeur de la prise de conscience, là-bas, dans ce pays si proche de nous : « Que reste-t-il de nous, dit un prof de philo, quand nous sommes plus pressés de nous vendre que de nous connaître ? »

Voyez également ce qui se prépare pour le 22, ce qui m’est confirmé par divers contacts amis québécois : « Le mouvement des indignés doit bientôt reprendre du service, je viens d’apprendre, et la manifestation du 22 avril, traditionnellement le Jour de la Terre, risque de péter des scores cette année. Sous la houlette du metteur en scène Dominic Champagne, celui qui a signé un des spectacles les plus importants de l’année, « Tout ça m’assassine », en plus de revigorer la bataille contre les gaz de schiste, le rassemblement veut démontrer, non seulement que les questions environnementales nous importent, mais qu’on veut désormais être consulté pour ce qui est du développement du territoire. Mieux : qu’on a envie de secouer la déprime latente, le désoeuvrement politique et culturel qui nous tenaillent depuis trop longtemps. "Quand des hommes, des femmes et des enfants portent les mots dans la rue, écrit Dominic Champagne, les colonnes du temple peuvent trembler. Le printemps québécois est bel et bien commencé. Puisse-t-il éclater maintenant. »

Source : http://www.vigile.net/Arriver-a-ce-qui-commence

On pourrait penser que nous sommes loin des Droits de la Terre que j’appelle de mes vœux. Eh bien non, nous sommes en plein cœur ! Lutter contre la débilité profonde du néolibéralisme, c’est aussi lutter pour le respect de la Terre, pour le respect et la modération face aux ressources naturelles.

Vous pouvez vous douter que je n’aie pas les capacités d’établir une liste concrète de ces Droits de la Terre. Ce n’est pas, d’ailleurs, mon rôle. Je crois cependant, qu’il faut lancer l’idée, la conforter si elle existe déjà et pousser, autant que nos forces nous le permettent, nos élus de tous niveaux à se battre pour ces droits nouveaux, en fait, à se battre pour notre survie et plus encore pour celle de nos enfants et descendants.

Solidarité importante de Riccardo Petrella pour le mouvement des étudiants du Québec.

 

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