Les limites du modèle Desmarais

Publié le par jdor

L’empire Desmarais n’est pas neutre dans ses effets, en France. Rappelons qu’il a bien aidé Nicolas Sarkozy pour son élection en 2007 et qu’il a fait partie de ses invités au Fouquet’s. Rappelons également pour ceux qui ne le sauraient pas que l’ancien Président va passer quelques jours de vacances dans l’une des propriétés de Paul Desmarais, un chalet. Rien de répréhensible, bien sûr, sauf qu’il serait utile, au vu de ce qu’est Paul Desmarais, d’être un peu plus prudent et sélectif dans ses amitiés. (Jean Dornac)


L’Empire se retrouve plongé dans la Commission Charbonneau

auton2138-fa310Par Richard Le Hir
Tribune libre de Vigile - jeudi 21 juin 2012

L’ennui pour un groupe d’envergure mondiale comme Power Corporation, c’est qu’il se retrouve impliqué dans tout ce qui bouge dès lors qu’il cherche à se déployer dans un petit milieu comme le Québec. Car il faut bien le reconnaître, même s’il dispose de ressources colossales qui font l’envie de tous, le Québec est tout petit pour un groupe comme Power.

Et le fait que le modèle Desmarais repose essentiellement sur le développement de liens d’intérêts et d’influence le place dans une position de grande vulnérabilité lorsque des alliés du groupe se retrouvent dans le collimateur de la justice.

C’est le cas de la Famille Bibeau dont l’un des membres, Marc Bibeau, « est l’une des têtes dirigeantes de l’entreprise Shockbéton qui est connue pour avoir participé à la construction du stade olympique. Le conseiller municipal de Laval et membre du comité exécutif aux côtés de Gilles Vaillancourt, Benoît Fradet, est vice-président de Shockbéton. M. Bibeau est également très actif au Parti libéral du Québec à titre d’organisateur politique et de responsable du financement. Il est un ami personnel de Jean Charest. », comme nous l’apprend l’un des diagrammes http://www.ledevoir.com/documents/p.... déposés devant la Commission Charbonneau par Jacques Duchesneau, l’ancien directeur de l’Unité anticollusion (UAC) du ministère des Transports (MTQ).

Or, comme j’ai déjà eu l’occasion de le préciser dans l’un de mes articles sur l’Empire Desmarais , que je reprends d’ailleurs dans mon livre intitulé « Desmarais : la Dépossession tranquille » :

« Marc Bibeau siège au conseil de la Société financière Power, le cœur financier de Power Corp., aux côtés de Paul Desmarais Jr. et d’une vingtaine d’administrateurs de haut niveau comme l’ex-ministre Don Mazankowski, le Belge Gérald Frère, Henri-Paul Rousseau (ex-Caisse de dépôt), Raymond Royer, anciennement de Bombardier et Domtar, Arnaury de Sèze (ex-Suez), etc. et Michel Plessis-Bélair, Vice-président du conseil, Power Corporation du Canada, ce dernier étant également, comme le « hasard » fait bien les choses, membre du conseil d’administration d’Hydro-Québec.

Et chez Power, le rôle de Marc Bibeau n’est pas celui d’une potiche ! Il est président du comité de vérification, un poste stratégique, en plus de siéger au conseil d’administration d’une filiale importante de la Corporation financière Power, la Société financière IGM Inc., où il est membre des comités de direction, de vérification, et des stratégies de placement.

Il n’est donc pas exagéré de dire que Marc Bibeau occupe une place importante au sein du groupe Power, et qu’il doit sa place dans ce dispositif à des compétences exceptionnelles et/ou à des contacts de très haut niveau, susceptibles de contribuer de façon marquée à l’atteinte des objectifs du groupe. C’est en effet le critère de qualification utilisé pour inviter quelqu’un à siéger au conseil d’administration d’entreprises d’envergure comme le sont la Société Financière Power et la Société financière IGM. 

Et le fait que Marc Bibeau occupe cette place depuis un certain nombre d’années constitue à n’en pas douter une indication que le groupe Power reconnaît l’utilité de sa contribution. »

Le témoignage de Jacques Duchesneau devant la Commission Charbonneau nous permet de comprendre un peu mieux pourquoi. En effet, il nous expliquait en début de cette semaine les stratagèmes employés pour faire grimper les prix de l’asphalte. Il est donc raisonnable de penser que le même genre de stratagèmes est employé pour faire grimper les prix du béton.

À titre de dirigeant d’une entreprise établie de longue date sur le marché du béton et des travaux publics, Marc Bibeau devient donc un allié précieux pour Power qui possède par l’entremise de sa filiale Pargesa et de la société de portefeuille Groupe Bruxelles Lambert 21 % des actions du grand groupe cimentier français Lafarge, fortement implanté au Québec depuis de nombreuses années.

Cela dit, le diagramme établi par les enquêteurs de Jacques Duchesneau ne fait pas le lien entre Marc Bibeau, Schockbéton, et Lafarge via Power et Pargesa. Ignorance des faits, oubli délibéré ou non, la suite des choses le dira. Je suis cependant en mesure de confirmer que c’est une information qui se trouve entre les mains de la Commission Charbonneau.

Celle-ci n’est d’ailleurs pas la seule instance à l’avoir en sa possession. En effet, je l’avais communiquée au Commissaire au lobbyisme dans le cadre de ma demande d’enquête pour établir si Power Corporation, ses filiales et ses affiliées se conformaient aux dispositions de la loi.

***

Le hasard, qui fait parfois si bien les choses, a voulu que la directrice de la vérification et des enquêtes, Me Nathalie Dion, m’informe aujourd’hui de la clôture de la vérification et de la fermeture du dossier, le jour même où la Commission Charbonneau rend publics les diagrammes des groupes visés par le rapport Duchesneau, et notamment celui de la « Famille Bibeau » avec, dans le cas de Marc Bibeau, la mention qu’il est un ami personnel de Jean Charest.

Je commencerai d’abord par noter que l’envoi de ce genre de message à la toute veille des vacances n’est pas un signe de la plus grande bonne foi. Il prive le récipiendaire de la possibilité de saisir en temps utile les médias d’une information qui est très pertinente dans le contexte politique actuel.

C’est en fait un truc « cheap » de politicien mal pris qui est déjà difficilement acceptable dans un contexte partisan, mais qui est carrément acceptable de la part d’un organisme quasi-judiciaire.

De plus, sur la base de l’information rendue publique par la Commission Charbonneau, cette décision apparaît pour le moins prématurée et imprudente, à moins que le Commissaire au lobbyisme ne vienne nous confirmer qu’il a une longueur d’avance sur la Commission Charbonneau, ce qui serait le comble de la prétention.

En fait, le Commissaire au lobbyisme ne se doutait pas un seul instant que la Commission Charbonneau allait rendre publiques les informations concernant la Famille Bibeau, et la lettre que j’ai reçue, même si elle est datée d’aujourd’hui, a fait l’objet, au cours des derniers jours, d’une révision et d’une approbation par la haute direction du commissariat avant de m’être expédiée par courriel.

Bel exemple de cafouillage administratif et de ce qui arrive lorsqu’on cherche à jouer au plus malin.

Source : http://www.vigile.net/Les-limites-du-modele-Desmarais

Publié dans Réflexions

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