Les silences éloquents du candidat Hollande

Publié le par jdor

Par Patrick Mignard

Il ne s’agit pas dans ce texte de « scier la branche » de Hollande par rapport à Sarkozy. On sait ce qu’est le bilan catastrophique  de ce dernier, et le danger qu’il représente pour l’avenir. Il ne faut cependant pas rêver sur les potentialités de son concurrent. Etre conscient et prendre date, c’est tout le sens de ce texte.

Quand le 10 mai 1981, François MITTERAND est élu Président de la République, il a dans sa poche 110 propositions. Certaines seront réalisées, d’autres non.

En plus de ces propositions, le nouveau Président de la République a un programme – pas seulement une liste de propositions – mais un vrai programme, un programme stratégique de développement économique, dont la clef de voûte est une série de nationalisations censées constituer l’ossature de la nouvelle politique économique.

On sait ce qu’il est advenu de ce beau projet, mais à l’origine il existait.

UN VIDE PROGRAMMATIQUE

Derrière les effets de tribunes et dans l’ambiance chaude des réunions publiques incantatoires, on serait bien en peine de trouver une telle logique chez le candidat François HOLLANDE. Rien qui permette de déceler la moindre stratégie de politique économique.

Le projet financier et industriel est faible au regard de la situation actuelle.

La finance : déclarée adversaire principal à Paris et tout à fait acceptable à Londres, c’est tout de même avec des pincettes que le candidat Hollande s’en saisit :

-          la « taxation des transactions financières avec ceux qui la veulent » laisse dubitatif, sur le sérieux, le caractère aléatoire et la faisabilité d’une telle mesure.

-          L’ « agence publique de notation européenne » apparaît comme un gadget à côté des autres agences, privées, autonomes, qui continueront à exister. Et se pose la question : s’agit-il de donner des gages aux marchés financiers ?

-          Le « pacte de responsabilité de gouvernance et de croissance », malgré sont titre ronflant est un coquille vide dont on ne voit pas très bien comment elle pourrait se remplir… Tout dépend des partenaires et de la finance internationale… Autant dire rien de bien sûr et de bien clair. De même que la renégociation de l’ « accord européen de décembre 2011 » et les « euro-obligations » est du domaine de l’hypothétique. Cela dit ça n’engage pas à grand-chose de le dire.

Ne parlons pas de l’interdiction faites aux banques d’installer des filiales dans les paradis fiscaux et de la limitation de certains produits financiers… là aussi la faisabilité de la chose est tout à fait aléatoire et même techniquement impossible sur une grande échelle. Or, en matière de finance tout est interconnecté.

Il est évident que F. Hollande et son équipe n’auront pas les moyens de lutter contre la spéculation financière et que les mesures envisagées ne sont que des piqûres d’épingles sur le dos du monstre.

L’industrie : la réindustrialisation du pays présentée comme priorité laisse un peu/beaucoup perplexe. Pur produit de la mondialisation du capital, on ne voit pas trop bien comment il compte rapatrier toutes les industries disparues ( ?). Et ce n’est pas une « banque publique d’investissement » qui va réimplanter les industries parties ( ?).

Ce sont d’ailleurs les PME qui manifestement, ont la priorité pour le candidat Hollande… C’est certes bien pour elles, encore faut-il qu’elles aient une relative indépendance dans leurs branches – dépendantes de donneurs d’ordre, on change de niveau et ça devient beaucoup plus compliqué. Et, est-ce à travers elles que l’on peut réindustrialiser ? Pari audacieux mais risqué.

Quand aux grandes entreprises qui, traditionnellement dans les « projets de gauche » constituent la colonne vertébrale des politiques économiques,… il n’en est nulle part question. Ceci est d’autant plus inquiétant que la plupart de ces entreprises ont été en partie privatisées, liquidant par la même le service public. D’ailleurs, du service public et de son rétablissement il n’en est nulle part question.

Ces grandes entreprises, qui sont mondialisées, largement privatisées, soumises à des règles européennes, échappent au pouvoir politique.

L’administration

Le candidat Hollande se satisfait complètement des mesures sarkozystes de rentabilisation de l’administration : « le nombre de fonctionnaires n’augmentera pas ». Il fait la part belle à la « Révision Générale des Politiques Publiques » (RGPP) qui est un pur produit de la pensée libérale. Merci à Mr Sarkozy ! Il en conclut, de fait, que ces mesures étaient indispensables.

Le reste du programme est d’un grand classique et ne coûte rien d’être annoncé surtout quand la surenchère démagogique des candidats y pousse.

Mesures fiscales tendant à réduire les inégalités : faudra voir !

Le système des retraites est bidouillé "tous ceux qui auront 60 ans et 41 années retrouveront le droit de partir à la retraite à taux plein".  Mais le vrai problème n’est toujours pas posé : celui de l’affectation des surplus de productivité à l’abaissement de l’âge de la retraite.

Sur la « République et les institutions » on a droit à un lot massif de promesses plus ou moins alléchantes et qui ne coûtent rien d’être annoncées… et, éventuellement pas réalisées,… Faudra voir le moment venu.

CHANGEMENT ? VOUS AVEZ DIT CHANGEMENT ?

Qu’est ce donc que le changement ? S’il consiste à changer le personnel politique, à virer l’actuel Président de la République, et on peut parfaitement le comprendre… alors oui il faut voter Hollande. C’est d’ailleurs ce qui va se passer. Pour y mettre on sait qui,… mais pour faire quoi ?

A l’examen du programme du candidat « socialiste » on peut être certain qu’il n’y aura aucun véritable changement.

Pourquoi ? Parce que le nouveau Président, et donc son gouvernement, géreront le système marchand tel qu’il est, sans toucher à son mécanisme de fond, sans remettre en question la manière de fonctionner, en respectant les règles du salariat, de la rentabilité, de la circulation et de l’accumulation du capital, de l’essentiel des règles imposées par les traités européens,… et en subissant les contraintes internationales. Les gouvernements de MITTERAND, avec un arsenal de nationalisations, et autrement plus conséquent, avait capitulé devant la « réalité économique du monde »,… le fameux « principe de réalité »… Imaginez donc HOLLANDE dépourvu d’outil stratégique en vue du changement !

Nous allons assister à la continuation de la marchandisation de toutes les activités économiques et sociales,… avec quelques bémols, mais qui ne perturberont pas le processus en cours.

Nous allons assister, et subir, une gestion « social démocrate », en fait libérale, du capitalisme, à l’image des autres pays européens. Ce ne sera pas pire qu’une gestion « de droite », mais ce ne sera pas mieux. La pensée libérale a complètement contaminée la « pensée socialiste »…

Ce qui va changer c’est le style de la gouvernance, les apparences… c’est d’ailleurs sur elles que s’est faite la différence finale entre les deux candidats. On a ras le bol de Sarkozy on va essayer l’autre !

Les problèmes, les vrais, ceux qui se posent aux citoyens dans leur quotidien (pouvoir d’achat, emploi, retraites, santé) vont demeurer et ne seront évidemment pas résolus… jusqu’à ce que le peuple déçu… revote pour la droite,… et ainsi de suite !

Pour celles et ceux qui seraient dubitatifs, voici une citation (une fois n’est pas coutume) à laquelle je vous demande de réfléchir – parole d’expert en la matière, qui sait de quoi il parle  et qui s’applique exactement à ce qu’il est devenu une fois arrivé au pouvoir :

« Les socialistes qui se sont posés en réformistes, ont fini par collaborer au système de valeurs capitalistes et donc à la politique de droite. La collaboration échappe difficilement à son destin qui est de trahir »

François MITTERAND – in « Un socialisme du possible » 1970

Avril 2012                         

Publié dans Réflexions

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