Louis Riel, souvenons-nous à jamais de ton nom qui nous parle de Liberté !

Publié le par jdor

Par Marie-Hélène Morot-Sir

Tribune libre de Vigile - Jeudi 30 septembre 2010

Nous devons remonter à l’époque des explorateurs et des coureurs des bois Français afin de reconstituer la formation de ce nouveau groupe ethnique, celui d’un peuple, le peuple Métis. Au moment des explorations dans leurs nombreuses et très variées pérégrinations, les Français avaient rencontré de jeunes amérindiennes.

Ces enfants issus des deux cultures, plutôt francophones, plutôt catholiques, semi nomades, ne demandaient qu’une chose, pouvoir vivre tranquilles sur leurs terres. Tout se serait bien passé si à partir de 1812 de nombreux colons à majorité anglophones, envoyés et encouragés par le gouvernement canadien d’Ottawa, n’étaient pas arrivés en masse vers leurs habitats, aux alentours de la rivière rouge. Cela représenta une atteinte profonde au mode de vie de ces autochtones, en faisant entre autre reculer les bisons, ce qui impliquait pour eux un manque important de nourriture. Cette situation dura plusieurs années et devint de plus en plus difficile.

En 1869 ce pays Métis appelé territoire de la Rivière rouge, peuplé par les Métis francophones, était de plus en plus fortement convoité par le gouvernement canadien d’Ottawa, qui voulait de surcroît repousser les visées expansionnistes des jeunes Etats-Unis d’Amérique…

http://section15.ca/features/ideas/2008/02/15/riel_day

riel_feature.jpgEn 1870, le Canada acheta la terre de Rupert et procéda à son arpentage en découpant divers lots, sans tenir compte des terres déjà occupées par les Métis. Ne sachant comment se défendre, ceux-ci se regroupèrent autour d’un jeune Métis de 25 ans, Louis Riel. Ce jeune homme revenait de Montréal où il avait fait des études importantes. Avec les Métis, ils s’emparèrent de Fort Gary, c’était un comptoir de la Compagnie de la Baie d’Hudson (C.B.H ) situé au confluent de la rivière Assiniboine et de la Rivière Rouge, sur l’emplacement même, aujourd’hui, de la ville de Winnipeg. Ils y installèrent un gouvernement provisoire et Louis Riel alla présenter au gouvernement d’Ottawa une " liste de droits " revendiqués par son peuple Métis.

Les Métis avaient fondé ce gouvernement parce qu’ils désiraient avoir une Province bien à eux, francophone et catholique, tout en ayant des principes de tolérance, de représentation d’égalité entre la majorité Métis et les autres petits groupes anglophones ou d’autres nations… C’est pourquoi il sera difficile de faire croire, même avec le recul des années, que Louis Riel avait désiré et voulu en faire " le berceau de toutes les races ", une sorte de melting-pot, une province multiculturelle…

Bien entendu, au moment de cette demande des Métis, la milice canadienne avait été envoyée pour imposer le calme, mais la route de Dawson n’existant pas encore à cette époque, ils mirent plus de quatre mois pour parvenir à la rivière rouge. Il fallut acheminer mille deux cents soldats et leurs approvisionnements dans des centaines d’embarcations… Cela donna largement le temps à Louis Riel d’aller se mettre à l’abri aux États-Unis voisins.

Une amnistie générale eut lieu dans le but d’apaiser les esprits, pour tous les participants sauf pour Louis Riel, pour qui il fut exigé injustement un exil de cinq ans .. mais, néanmoins, grâce à son aide et à son action, la nouvelle Province fut reconnue et fut appelée du joli nom choisie par Louis Riel et ses amis : Manitoba " Esprit qui parle ".

Le Manitoba fut doté d’une Assemblée nationale, et toutes les propriétés des Métis furent reconnues par des textes officiels, dûment paraphés dans les deux langues, en Anglais et en Français.

Tout un chacun aurait pu penser et espérer qu’ils allaient enfin pouvoir vivre en paix, et enfin tranquilles sur leurs terres, après tous ces traités signés !

Las, le gouvernement continua à envoyer de nouveaux spéculateurs, pour pousser les Métis de plus en plus loin vers l’Ouest, du côté de la Saskatchewan voisine, espérant s’y installer et enfin vivre paisiblement en reprenant leurs chasses et leurs plantations traditionnelles. Le " progrès " les rattrapa cette fois avec la construction du chemin de fer, qui amena davantage encore de nouveaux colons, de nouveaux arpenteurs, de nouveaux découpages de terrains en lots, les défavorisant une nouvelle fois. Les Métis en conclurent qu’ils n’avaient toujours aucun droit sur leurs terres et que le gouvernement canadien persistait, malgré les traités signés, à ignorer leurs légitimes revendications…

louis_riel_statue1.jpghttp://edhird.wordpress.com/2010/07/24/louis-riel-patriote-canadien

Bouleversés par toutes ces injustices et ces iniquités qu’ils subissaient depuis tant d’années, en 1884, ils appelèrent à nouveau à leur aide Louis Riel, mais celui-ci était toujours exilé aux Etats-Unis. Pensant qu’il pourrait les aider à reproduire ce qu’il était arrivé à faire en 1870, il instaura à Batoche un nouveau gouvernement provisoire, tout en s’alliant avec la tribu des Cris.

Malheureusement, l’affrontement qui eut lieu avec la police montée canadienne à Duke Lake, provoqua une réplique cinglante d’Ottawa, des troupes furent rapidement envoyées avec un général à poigne Frédéric Middleton. Malgré l’importance de ses troupes, et d’un matériel performant, il lui fallut quatre jours du 9 au 12 mai pour faire plier les Métis et c’est seulement lorsque ces derniers eurent épuisés leurs dernières munitions qu’il parvint à les écraser !

Les villages furent pillés et incendiés, la population fut dispersée et beaucoup s’enfuirent vers l’Ouest mais aussi vers les Etats-Unis.. Cela nous oblige à faire un triste rapprochement avec ce qui était arrivé aux Acadiens…

A la fin de la rébellion. il fallut bien trouver un coupable. Louis Riel fut fait prisonnier, on l’enferma pendant deux mois dans une cellule de trois mètres carrés, sans avocat. Puis, il fut jugé et condamné à mort à Régina par un tribunal d’anglophones protestants, dont un seul comprenait un peu le Français ! Autant dire qu’avec des personnes juges et partis il n’a eu aucune chance ! Cela pourrait sans doute, être qualifié d’assassinat juridique !

Les Métis n’avaient rien fait, pas plus que les Acadiens, leur seul tort était qu’ils occupaient des terres que d’autres ambitionnaient. Ils avaient pourtant demandé qu’on respecte leurs droits à vivre sur leurs terres en conservant leur mode de vie ancestral, et cela avait été accepté.. puis très vite on avait fait fi de ces ententes.

C’est alors que des mouvements de révolte et un énorme tumulte soulevèrent les Canadiens français devant ce procès injuste. Cela fit écrire dans l’édition du journal " En premier Montréal " ce que tant de gens pensaient alors : " Louis Riel n’expie pas seulement le crime d’avoir réclamé les droits pour ses compatriotes, il expie surtout le crime d’appartenir à notre race française !

Le journal anglophone de Toronto " The Mail " écrira de son côté avec beaucoup de virulence des propos terribles dans son édition du 4 novembre 1885, contre les Canadiens Français qui prenaient faits et causes pour Louis Riel et les Métis : " Nous refusons de plier sous le joug de ces canadiens français car cette fois il n’y aura plus de traité de Paris pour faire capituler leurs vainqueurs en leur faveur ! "

http://edusofad.com/www/demo/whis-4017

JAMacdonald.jpgQuant aux orangistes, leurs ennemis terribles, ils enverront des félicitations, particulièrement chaleureuses pour sa fermeté, à MacDonald…

Et ainsi, le 16 novembre 1885, à seulement 41 ans Louis Riel fut pendu puisque MacDonald, poussé par les pressions venant de l’Ontario avait dit " Tous les chiens auront beau aboyer au Québec, Riel sera pendu ! ".. Et ce fut fait !

Riel était coupable d’avoir voulu aider à construire une deuxième province française et catholique, il fallait empêcher absolument le regroupement de ce peuple en y installant des colons anglais qui feraient de ces terres des terres anglaises. Pour cela, ils modifieront sans vergogne les lois et les traités signés, ils interdiront les écoles françaises, pour en faire enfin une province à leur image.

Alors la vie devint plus difficile au Manitoba, plus personne ne venait soutenir le peuple Métis, ils continuèrent à être submergés d’anglophones, et le Manitoba devint enfin selon les vœux d’Ottawa une province anglophone. Les écoles françaises furent effectivement interdites, et même si les sœurs franciscaines continuèrent à enseigner encore un peu la langue française aux enfants, elles devaient cacher les livres de français à la moindre visite d’un inspecteur ! A peine 20% des Métis parlent encore français... Pour combien de temps ?

Les Métis sont devenus un peuple sans territoire. A cause de cette éprouvante tranche de l’Histoire, il semble impensable aujourd’hui que le Canada anglophone récupère à son compte Louis Riel... S’il était réhabilité de cette façon ne serait-ce pas une réelle insulte à la nation Métis et à la mort de cet homme généreux, qui n’avait fait que soutenir son peuple ?

Wilfrid Laurier s’était opposé à la pendaison de Louis Riel, il avait écrit : " Si le gouvernement avait été loyal envers les Métis, rien ne serait survenu ! "

Plus tard, en souvenir de Louis une marseillaise reilleiliste fut créée :

Enfants de la nouvelle France, Douter de nous est plus permis ! Au gibet Riel se balance, Victime de nos ennemis. (bis) Amis, pour nous, ah, quel outrage ! Quels transports il doit exciter ! Celui qu’on vient d’exécuter Nous anime par son courage.

Refrain : Courage ! Canadiens ! Tenons bien haut nos cœurs ; Un jour viendra (bis) Nous serons les vainqueurs.

II

Que veulent ces esclavagistes ? Que veut ce ministre étrangleur ? Pour qui ces menées orangistes, Pour qui ces cris, cette fureur ? (bis) Pour nous, amis, pour nous, mes frères, Ils voudraient nous voir au cercueil, Ces tyrans que leur fol orgueil Aveugle et rend sourds aux prières.

(refrain)

III

Honte à vous, ministres infâmes, Qui trahissez, oh ! lâcheté ! — Vous avez donc vendu vos âmes ! Judas ! Que vous ont-ils payé ? (bis) Dans la campagne et dans la ville Un jour le peuple vous dira : " Au bagne, envoyez-moi tout ça ! La corde n’est pas assez vile ! "

(refrain)

IV

Enfants, gardez bien la mémoire De ces trois ministres maudits. Ils souillèrent ta noble histoire. Canada ! Sont-ce là tes fils ? (bis) Non ! Non ! Jamais ! Ce sont des traîtres ! Ceux-là ne sont plus tes enfants ! Chassons bien loin ces mécréants ! Souvenons-nous de nos ancêtres.

(refrain)

V

Amour sacré de la Patrie, Conduis, soutiens nos bras vengeurs. Liberté, liberté chérie, Combats avec tes défenseurs ! (bis) Riel, gardons ta souvenance Que ton nom souvent répété Nous parle de la liberté, Et nous prêche l’indépendance !

(refrain)

Sources : http://www.vigile.net/Louis-Riel-souvenons-nous-a-jamais

Publié dans Culture

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Waldganger 23/10/2011 21:41


Bonjour, j'ai eu l'occasion de lire tous les articles récents consacrés à l'histoire du Canada sur ce site, je dois dire que je tire mon chapeau, parce que c'est une idée remarquable et que je suis
toujours ravi de découvrir un nouvel épisode.


jdor 23/10/2011 23:04



Grand merci ! J'en suis ravi, surtout pour Marie-Hélène Morot-Sir, si bien reconnue et appréciée sur mon blog.



Paule Brajet 23/10/2011 17:56


Bonjour, j'ai trouvé récemment ces articles de Marie-Hélène Morot-Sir sur l'Histoire du Québec, je les ai tous lu à la suite, tellement ils m'ont passionnée, tant j'ignore de choses sur leur passé.
Ayant trouvé le nom de cet auteur sur internet j'ai pu obtenir des renseignements et je vais donc aller rapidement à la FNAC ou chez Cultura près de chez moi pour trouver ses livres.. merci à vous
de me l'avoir fait connaître. Paule Brajet


jdor 23/10/2011 18:01



Je ne peux que vous féliciter de vouloir acheter les livres de Marie-Hélène Morot-Sir. Elle est passionnante à lire, on apprend tant de choses ! C'est à mes yeux un grand auteur.



Vincent bourgeois 23/10/2011 17:37


Je ne connaissais pas Louis Riel! C'est très impressionnant je comprends donc mieux de quelle façon les descendants Français ont en effet tant souffert à cause de la colonisation anglaise.. quant
aux Acadiens n'est-ce pas aussi la même chose? Madame Morot-Sir pourrait-elle nous en parler dans un prochain article ? .


jdor 23/10/2011 17:42



Je le lui demanderai. Mais je sais qu'elle est très prise par la présentation et la promotion de ses livres sur l'histoire du Québec. J'en parlerai, prochainement, ici.



Anne Joliet 23/10/2011 16:39


je suis particulièrement émue de voir que vous écriviez en France un texte sur notre Louis Riel, lui qui a tant défendu la cause des métis et qui a été pendu pour cela par les Anglais ! Voyez les
ressentiment que nous pouvons avoir !..
merci aussi du texte précédent sur notre façon de sacrer.. j'ai appris beaucoup de choses grâce à vous ..c'est un bonheur de vous lire.. je fais suivre autour de moi Anne Joliet


jdor 23/10/2011 16:48



Vous savez, nous avons tant de choses à apprendre, nous aussi, sur votre histoire qui ne peut, qui ne doit nous laisser indifférents. Avec Marie-Hélène Morot-Sir, nous aimerions tant que nos
compatriotes sortent des clichés habituels qui ont court jusque chez nos ministres, hélas...


Merci pour votre fidélité qui m'encourage, tant que j'aurai des textes à publier, venant de Marie-Hélène, voire de Québécois eux-mêmes, s'ils peuvent m'en envoyer, je poursuivrai.