Majorité vitale aux législatives pour François Hollande

Publié le par jdor

Par Jean Dornac

Je ne vais, sans doute, exprimer que des évidences dans cet article. Cependant, parfois, il n’est pas mauvais de les rappeler.

En fonction de notre Constitution, l’Assemblée Nationale est l’élément clef du pouvoir. Les lois sont votées par les députés, confirmées ou non par le Sénat, mais c’est l’Assemblée qui a le dernier mot. Il est évident que si le nouveau Président n’obtient pas une majorité claire, il ne pourra pratiquement rien appliquer de ses idées, de son programme.

Nul doute que c’est l’espérance de l’UMP, revancharde à souhait, qui n’espère que de rendre l’élection du concurrent de Sarkozy, totalement stérile. Ce faisant, elle va totalement à l’encontre des paroles si consensuelles du Président sortant, montrant une fois de plus, l’hypocrisie de ce dernier et de tout son clan. Dans son discours, ce dernier ne souhaitait-il pas la victoire de son camp dans ce qu’on nomme le « troisième tour » ? Souhaiter le succès au nouvel élu et, en même temps, tout faire pour que son pouvoir ne soit qu’une illusion, montre à quel point il n’est pas possible de faire confiance à l’équipe sortante.

Le prétexte avancé pour enlever ce pouvoir à François Hollande consiste à dire qu’il détiendrait tous les leviers du pouvoir en France. Mauvais excuse, s’il en est, puisque l’essence du pouvoir se trouve justement à l’Assemblée Nationale. Les discours à venir, des membres de l’UMP vont sans doute user et abuser de cet argument fallacieux, et réussiront à tromper un certain nombre de citoyens. D’où l’absolue nécessité de dire et redire, d’ici cette élection, que cet argument n’a aucune valeur et n’est qu’une tromperie supplémentaire avec, nous le savons bien, pour seule raison majeure, mais jamais dite, de garder les sièges de députés pour faire carrière !

Pourquoi ne pas s’abstenir, en juin

Avant de parler de ces raisons, je veux redire que je ne crois plus en la valeur des élections. En y participant, nous donnons le pouvoir à des gens qui, trop souvent, ne servent pas la France, mais avant tout leur carrière pour ne pas dire pire.

Cependant, ayant été un opposant à Sarkozy, depuis qu’il fut nommé ministre de l’Intérieur, voulant qu’il soit chassé du pouvoir, tant j’ai toujours perçu la nocivité de ses idées et de ses choix, autrement dit la préférence pour les riches et l’exclusion des étrangers, il m’a bien fallu participer aux deux tours de la présidentielle. C’est une question de cohérence entre ma pensée, mes convictions, et leur mise en pratique.

Il en ira de même pour les deux tours des législatives. En effet, si je m’abstenais ou si je votais nul ou encore blanc, ce qui est respectable pour ces trois cas, ma cohérence s’arrêterait nette et mes actions, par articles interposés, seraient nulles et absurdes.

Il faut tout de même se rendre compte, bien réaliser qu’en dépit de sa volonté affichée, Sarkozy ne détenait pas la totalité du pouvoir. Il appartenait à l’UMP, en était de fait le chef, mais de nombreux membres de ce parti étaient encore, à mes yeux, pires que lui. Il me suffit de penser au mépris flagrant d’un Wauquiez qui ne voyait dans les pauvres et les chômeurs que des « assistés ». Il est difficile d’insulter plus violemment toutes ces victimes du système néolibéral à la sauce Sarkozy. C’est encore la branche extrémiste du parti qui se voulait « populaire » mais qui n’était que haineuse, toujours envers les prétendus « assistés » et contre tout ce qui est étranger. Ce sont en particulier, ceux là qui ont transformé, partout où ils l’ont pu, notre pays en une sorte de prison mentale où tous les citoyens devaient être surveillés par les caméras et autres moyens d’espionnage de notre époque technologique.

Ajouté à l’obsession sécuritaire sur un modèle essentiellement importé des USA du temps de GW Bush, tout cela a défiguré la France que j’aimais, celle dont j’étais fier.

Dès lors, comment pourrais-je m’abstenir d’aller voter deux fois encore, au mois de juin ? Après son chef, c’est à l’évidence son parti qu’il faut écarter de la réalité du pouvoir. C’est incontournable si je veux être cohérent avec ma pensée.

Des raisons d’espérer

J’ai commencé par être très pessimiste, suite à un sondage communiqué lundi 7 mai, si mes souvenirs sont bons. Il était dit qu’une majorité d’électeurs souhaitait, pour les législatives, une victoire de la droite, chose totalement incompréhensible pour moi après le résultat de la veille.

Les choses semblent avoir changé. On a appris, ce matin, qu’une majorité d’un peu plus de 40 % souhaitait, désormais, que François Hollande bénéficie effectivement d’une majorité valable et qu’il ne seraient plus qu’environ 35/36% à souhaiter la victoire de la droite.

Cela me rassure parce que je pense que les Français, cette fois encore, après toutes les présidentielles de la 5ème république, seront cohérents et donneront la majorité au nouveau Président. Il est cependant évident qu’il faudra rester vigilant et nous battre pour que ce résultat nécessaire soit obtenu.

Au plan international

Si nous voulons voir les capacités de François Hollande, si donc nous ne voulons pas, je pense aux électeurs de droite, être des opposants de pur principe, le seul moyen est de donner la réalité du pouvoir au nouvel élu. S’il échoue, ce qui est toujours possible, il sera toujours temps de le critiquer, voire de le combattre. La cohérence républicaine se trouve aussi dans cette posture.

Mais il n’est pas difficile de comprendre que si cette majorité n’est pas acquise, cela signifiera que notre Président n’aura pas la moindre influence au niveau international puisqu’il dépendra d’une Assemblée hostile. Quel serait alors son poids face à Angela Merkel, face à David Cameron ou face à Mariano Rajoy, tous d’ardents défenseurs de l’idéologie néolibérale ? Son poids serait nul ! Il n’aurait pas plus d’importance qu’un porte-manteau dans un vestibule…

Est-ce cela que nous voulons ? Avons-nous envie d’être humiliés durant cinq ans parce que notre Assemblée Nationale déconstruirait toutes les décisions du Président de la République ? Je veux espérer que non, y compris de la part des militants ou sympathisants UMP qui ne se gênent jamais d’affirmer qu’ils aiment notre pays !

Le vrai danger actuel et récent

Il serait bon et urgent, que les Français taisent un peu leurs éternelles disputes. Je dis cela parce que je suis très pessimiste quant à notre avenir, notamment européen. Je suis très énervé lorsque j’écoute la télé, ce fut encore le cas ce matin, de constater que la seule obsession des journalistes, face à la situation grecque, c’est la dette qui risque de ne pas être remboursée, entraînant des problèmes financiers pour l’Europe entière. Selon ma sensibilité personnelle, qui n’a que faire de l’économique, ce qui importe c’est l’état moral de la société de ce pays. Et là, avec les nazis, c’est tragique. S’il y a un danger réel, c’est là, bien plus qu’au plan économique.

Le problème de la dette me semble plus idéologique que réel. Car il y a pourtant des solutions qui, certes vont contre les dogmes, mais ce point n’a pas d’importance ! Il suffit, pour en être convaincu, de regarder les cas de l’Islande qui a dit non aux banquiers, au monde de la finance, au FMI et qui va avoir une fort belle croissance pour cette année ! Mais nos eurocrates bornés, nourris au biberon néolibéral, n’entendent et ne comprennent qu’une chose : Remboursement de la dette avec à la clef, l’écrasement du peuple ! Ce qui offre un boulevard immense aux nazis et à tous les fous que peut contenir la Grèce, avant de contaminer, très vite, tous les autres pays d’Europe, la folie n’étant pas l’apanage de la Grèce…

Un grand nombre de citoyens, de même que beaucoup de journalistes, semblent oublier que la finance s’accommode sans problème avec toutes les sortes d’extrême droite, y compris les pires, les plus horribles… Par moments, j’ai l’impression que le plus grand nombre fait la même erreur que durant les années 30 lorsqu’une majorité ne se souciait absolument pas de la montée de Hitler en Allemagne. A l’époque, en France, seuls quelques rares esprits éclairés tiraient la sonnette d’alarme et, bien sûr, n’étaient ni écoutés ni entendus… Une fois de plus, l’histoire semble bégayer…

Seul le retour à une politique sociale respectueuse du peuple, notamment de la classe moyenne à la plus pauvre, pourra enrayer ce cancer virulent qu’est le nazisme. Si nous n’allons pas dans cette direction vitale, sans que cela ne sera à l’identique, nous connaîtrons les mêmes horreurs qu’avec le nazisme allemand de 1933 à 1945. Est-ce vraiment ce que nous voulons ?

Si vous comprenez bien ce que je veux dire, en espérant que j’aurai été suffisamment clair, il est nécessaire de donner une majorité à François Hollande parce qu’il est perçu, n’en déplaise aux plus fanatiques membres de l’UMP, comme une espérance dans cette Europe qui abandonne ses peuples pour privilégier la finance.

Il est impossible, à l’heure actuelle, d’affirmer qu’il réussira, mais nous avons tout à gagner qu’il puisse au moins essayer, et il ne le pourra que si nous lui donnons la majorité nécessaire.

Paris, le 10 mai 2012

 

 

Publié dans Réflexions

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