Marine, ou le danger de la perte d’identité

Publié le par jdor

jean-marie-le-pen-et-sa-fille-marine-le-pen-2420338 1902Les le Pen – photo LCI – TF1

Évidemment, pas un partisan de Marine le Pen ne pourrait accepter ce titre, un titre à la signification peut-être étrange même pour ceux qui ne soutiennent pas la fille de Jean-Marie.

En écoutant les « experts » qui se prononcent quant au Front National, ce parti n’est pas fasciste. C’est possible et je ne me prononcerai pas là-dessus. En revanche, nul doute qu’il soit conservateur autant qu’il est possible, qu’il rassemble nombre de citoyens qui ont peur un peu de tout, qu’il est xénophobe, voire raciste. Il semblerait aussi, mais c’est à vérifier avec le temps, que Marine le Pen s’éloigne de l’antisémitisme et du négationnisme de son père.

Mon sentiment personnel est que la France possède en son sein, désormais, deux partis de la peur : le Front National et l’UMP. Tous deux nous jouent leurs sérénades sur la sécurité, sur l’immigration, sur le drapeau, l’hymne national et j’en passe. L’UMP est en perte de vitesse essentiellement en raison de la personnalité de son chef installé à l’Élysée, quant au FN, il gagne du terrain, lui aussi en raison de la personnalité de son chef, femme encore jeune, dynamique et qui semble savoir jouer les meilleures berceuses pour endormir une part du peuple.

Le danger de la perte d’identité

Pourquoi une telle affirmation ? Depuis que je me suis éveillé à la politique, que je me suis mis à la suivre assidûment, parfois avec bonheur, aux temps de De Gaulle et Mitterrand, parfois avec un profond ennui avec Giscard et Chirac, j’ai aimé appartenir à un peuple qui avait quelques particularités intéressantes. Si j’ai aimé être Français jusqu’en 2007, c’est avant tout parce que malgré quelques dérapages sur le sécuritaire, depuis 2002, nous étions un pays réputé « terre d’asile », un pays ouvert aux autres nations, aux autres peuples. Si nous ne pouvions pas « accueillir tout le monde », nos bras étaient tout de même assez largement accueillants. J’ai aimé aussi le caractère facilement frondeur d’un grand nombre de mes concitoyens. Nous n’acceptions pas facilement les diktats venant du pouvoir, il suffit de se souvenir des grèves de 1995 ou du vaste mouvement contre « le contrat première embauche ». Et, bien sûr, ce que j’ai particulièrement aimé c’est l’esprit de liberté qui aboutissait à une belle culture reconnue bien au-delà de nos frontières. En somme, je n’étais pas fier d’être Français, mais j’étais fier et heureux d’une large part des citoyens français qu’ils soient de nationalité récente ou ancienne. Il ne me venait pas, et ne me vient toujours pas l’idée de faire une différence selon l’époque d’acquisition de cette nationalité française.

En conséquence de tous ces points si positifs à mes yeux, je ne peux accepter sans douleur l’hypothèse de la montée du FN, pas plus que je n’ai jamais accepté dans mon cœur l’arrivée de Sarkozy au pouvoir. Aujourd’hui encore, j’ai les plus grandes peines à considérer que ce personnage me représente. Il y a quelque chose qui me révolte et trop souvent, me révulse. Cette représentation reste semblable à un manque de sérieux absolu, largement confirmé depuis 2007. C’est une chose de respecter le choix de la majorité des électeurs lorsqu’on est républicain, mais c’est autre chose que d’aimer un Président et sa majorité, et de se sentir représenté par eux. Pour moi, ils restent étrangers à la France que j’aime. Je patiente et patienterai le temps nécessaire pour les voir enfin quitter notre scène politique.


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Comme je ne fais pas une immense différence entre le Parti et les partis pris de Sarkozy avec ceux du FN, qu’il soit celui de Jean-Marie le Pen ou celui de sa fille, on comprendra aisément qu’il n’est pas plus acceptable pour moi de voir Sarkozy remplacé par Marine le Pen. Je ne me sentirais pas mieux représenté, les idées de ce parti étant aux antipodes de ce que je suis et pense. Certes, les risques sont minimes de voir accéder à l’Élysée cette femme, mais on ne peut pas non plus affirmer dans l’absolu que c’est impossible. La politique si souvent inacceptable, voire odieuse, de Sarkozy, alliée à la faiblesse d’un PS qui semble s’amuser à se faire peur avec l’attente de la candidature, ou non, de Dominique Strauss-Kahn, semble donner un élan inattendu à Marine le Pen.

Si je parle de danger de perte d’identité au cas où Marine le Pen devrait, un jour, parvenir au pouvoir, c’est qu’à mes yeux, elle et son parti représentent les valeurs de la France du passé, l’effacement progressif des valeurs de la France moderne. Le FN, selon ce que j’en ressens, est la parfaite illustration des valeurs promulguées par les Ligues des années 1930 à 1940. Autrement dit : autoritarisme ; nationalisme exacerbé ; il y a peu de temps encore, antisémitisme et il reste à prouver que ce racisme particulier appartient bien au passé ; absence de tolérance ; préférence nationale, autrement dit égoïsme national ; racisme et xénophobie à fleur de peau malgré des tentatives de les dissimuler.

Si, je refuse la mondialisation financière et marchande, telle qu’elle nous est imposée depuis trente ans, je refuse, tout autant, l’enfermement sur nous-mêmes. Cet enfermement est la « soupe originelle » de toutes les peurs, de toutes les ignorances qui mènent inévitablement au racisme le plus nauséabond. Il favorise également le surdimensionnement de l’ego nationaliste, par nature, il méprise ce qui n’est pas soi-même. Cet enfermement, comme on le voit dans toutes les dictatures actuelles, sera une menace permanente sur nos libertés qui, à n’en pas douter, seront encore plus menacées qu’avec Sarkozy, alors que la multiplication des lois sécuritaires, depuis neuf ans, a déjà beaucoup réduit le champ trop étroit de nos libertés de citoyens. On en arrive, aujourd’hui, à entendre que certains écrivains s’autocensurent en raison du « politiquement correcte » que les dires et les façons d’agir de Sarkozy imposent en sourdine mais violemment.

Il y a quatre ou cinq ans, j’écrivais sur altermonde, faisant confiance à la sagesse du peuple français, que jamais Sarkozy ne serait notre Président, et j’en étais convaincu. Je me suis trompé, la sagesse fout le camp. Partant de ce constat affligeant, je voudrais pouvoir affirmer, sans l’ombre d’un doute que Marine le Pen ne parviendra jamais à la présidence de notre pays. Mais qu’en est-il, aujourd’hui, de la sagesse, de la capacité d’esprit critique ainsi que de la lucidité de nos concitoyens ?... De ces réponses, dépend notre avenir…

Jean Dornac
Paris, le 11 mars 2011

Publié dans Idéologies néfastes

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clovis simard 30/04/2012 21:03

Blog(fermaton.over-blog.com),No-15, THÉORÈME ANONYMAT. -Perte de la PERSONNALITÉ.