Nouvelle France : Les Relations des Jésuites

Publié le par jdor

Par Marie-Hélène Morot-Sir

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Les Relations des Jésuites, sont les écrits des pères Jésuites rassemblés au cours des ans. Ces Relations sont une source d’informations très précieuses, sur les débuts de la Nouvelle France, et l’implantation des Français en Amérique du Nord.

Ces notes nous donnent des renseignements considérables sur les différentes sociétés Amérindiennes, sur leur façon de vivre, sur leurs rapports avec les Français ainsi que les rencontres culturelles religieuses et économiques qui s’en sont suivies.

Ces textes sont d’une importance telle qu’à partir de l’année 1896 et jusqu’en 1901 l’écrivain américain Reuben Thwaites en a fait la traduction en langue anglaise.

La première Relation a été écrite par le père Biard en 1616, le père Lalemant en écrit la seconde, mais ces deux premières lettres furent surtout considérées comme des rapports annuels envoyés à leur supérieur.

Les Relations commenceront réellement avec le Père Paul Lejeune, en 1633, et la dernière sera publiée en 1672. C’est en effet en 1673 qu’a eu lieu l’interdiction de publication concernant les missions, par le Pape Clément X.

Pourtant les jésuites sont encore restés en Nouvelle France, de nombreuses années, le dernier Jésuite, le père Well, quittera Montréal seulement en 1791.

Les pères jésuites étaient des hommes profondément cultivés, très instruits, ils arrivent au 17ème siècle dans ce monde Amérindien totalement inconnu pour eux. Tout comme pour tous les autres Français, il leur faut s’adapter à une vie tout à fait différente, très rude à laquelle ils doivent parvenir à s’intégrer malgré tout.

Leur amour et leur zèle pour amener des âmes à Dieu les fait abandonner leur famille et leur Patrie, non pas pour se rendre parmi des personnes évoluées et tant soit peu  éduquées, mais pour aller à la rencontre de ce qui leur apparaît comme de surprenants  béotiens, semblant au premier abord assez primitifs, en un mot, d’après eux, des êtres barbares vivant au fin fond des forêts, dans des lieux perdus à l’autre bout du monde, dans cette Amérique septentrionale, où ils vont eux-mêmes manquer de tout le nécessaire, où même « la nourriture ne permet pas de subsister, mais seulement d’empêcher la mort ! » où tant d’entre eux seront torturés et seront bien souvent tués d’une manière épouvantable…

Seul leur amour de Dieu les soutiendra, grâce aux solides sentiments de leur Foi. Ils vont alors essayer de comprendre les mœurs, d’apprendre les langues des Amérindiens, petit à petit, jours après jours, ils vont pénétrer cette société en vivant au plus près des tribus, dans le but évident de pouvoir leur parler de ce Dieu des chrétiens qu’ils ne connaissent pas.

Les pères décrivent alors dans ces nombreuses lettres adressées à leurs supérieurs, toutes les réalités humaines qu’ils observent, les populations qu’ils rencontrent, les voyages qu’ils font à travers ces lacs, aussi immenses que des mers, ces rivières aux rapides effrayants, ces montagnes et ces plaines sans fin, couvertes de profondes forêts, tout cela au milieu d’un climat inconnu jusqu’ici pour eux, où les neiges, les glaces et  les vents doivent obligatoirement  aguerrir les plus ramollis des Français ! Il transperce à travers leurs écrits toute la fascination qu’exerce sur eux ce Nouveau Monde.

Les récits de ces Relations sont particulièrement intéressants car ils différent selon la personnalité du prêtre qui les écrit. Nous ne nous attarderons pas sur l’état d’esprit de ces pères qui, quelquefois, s’accompagnait de jugements négatifs pour certaines pratiques Amérindiennes, lorsqu’elles allaient trop à l’encontre de leur monde chrétien, et qu’ils ne les comprenaient pas, comme leur spiritualité différente de la leur, ou ce que faisaient leurs chamans... Cependant, c’est assez facile à décrypter à travers leurs réflexions.

Ces prêtres étaient animés de profondes convictions religieuses, imprégnés d’un monde où Dieu, les anges, les saints ou le diable étaient des acteurs véridiques et absolument présents pour eux, les aidant, ou au contraire, selon les cas, les entravant parfois considérablement dans leur travail de missionnaires. Leur ténacité, leur foi et leur impressionnant courage dans des conditions si différentes pour eux, furent particulièrement édifiants.

Les Jésuites sont parmi ceux, avec les coureurs des bois et les traiteurs, qui ont vécu le plus longtemps avec les Premières Nations. Ils ont cherché réellement à les comprendre, ils ont appris à maîtriser leurs langues amérindiennes à un point tel qu’ils arrivaient à dépasser le stade de la description première, jusqu’à pouvoir pénétrer, même s’ils ne les comprenaient pas toujours, les différents aspects, y compris les plus difficiles, comme leurs croyances religieuses, politiques ou l’organisation de leur société.

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De nombreux autres Français ont vécu et fait de longs séjours dans les tribus, ils s’y sont souvent mieux intégrés que les prêtres, car ils ne cherchaient pas, comme ces derniers, à transformer leur société, mais ces coureurs des bois, et c’est un peu dommage, ont rarement écrit ou raconté leurs expériences au fond des bois, hormis bien sûr quelques-uns comme Nicolas Perrot pour ne citer que lui… Un grand nombre de personnes pensent encore de nos jours que si ces coureurs des bois n’ont pas laissé d’écrits, c’est parce qu’ils étaient illettrés. Certainement une bonne partie ne savait pas écrire en effet, mais nous nous sommes aperçus en suivant la trace de ces premiers pionniers que c’était loin d’être le cas pour la grande majorité d’entre eux, un bon nombre avait été instruit chez les Jésuites en France, avant d’arriver en Nouvelle France, et plus particulièrement bien sûr, tous ceux qui étaient, par la suite devenus « donnés » des jésuites, comme Médard Chouart des Groseilliers, ce beau-frère resté très pieux, de Pierre Esprit Radisson, que nous avions évoqué précédemment…

Ces relations ont été publiées tous les ans pendant quarante ans à Paris, par le journal Le Provincial, chez l’éditeur Sébastien Cramoizy, elles intéressaient vivement la cour et principalement Louis XIV qui les lisait, à chacune de leur parution.

Les Relations des Jésuites publiées chaque année à Paris, étaient donc lues par un grand nombre de gens qu’elles passionnaient, émouvaient et touchaient énormément, y compris des personnes haut placées. Elles permettaient d’atteindre plusieurs buts à la fois, tout d’abord de démontrer à leurs supérieurs l’avancement de leur apostolat, mais en même temps de donner l’envie à de jeunes Jésuites de venir à leur tour en Nouvelle France, enfin leurs descriptions de la vie précaire en Nouvelle France, soulignaient parfaitement au Roi, combien les Français de la Nouvelle France avaient besoin d’être soutenus par la France, leur mère patrie, combien les plus petits secours y seraient non seulement nécessaires, mais absolument vitaux pour la survie de la petite colonie des bords du Saint Laurent... Leurs récits émouvants arrivaient à donner l’envie à certains hauts et riches personnages de subventionner leur œuvre apostolique, ou même décidèrent certains à émigrer jusque dans ces terres lointaines, pour participer eux aussi à cette belle œuvre. 

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Il est à remarquer, que Ville Marie, sur l’île de Montréal, a pu voir le jour, grâce aux Relations diffusées en France. En effet, c’est grâce à la lecture de ces récits venus de la Nouvelle France que les gens de la Société de Saint Sulpice ont été particulièrement émus, cela leur a donné l’idée de financer l’établissement de cette petite bourgade, en diligentant là-bas Paul de Chomedey de Maisonneuve et une infirmière jeanne Mance, avec des bateaux et des colons, pour fonder un petit fort, qui est ensuite devenu plus tard la grande ville de Montréal ...

Parmi ceux qui ont écrit les Relations :

Le Père Paul Lejeune est arrivé en Nouvelle France en même temps que le retour des Français en juillet 1632, après l’épisode des frères Kirk qui avaient pris Québec, en 1629, où ils avaient fait prisonniers et emmenés à Londres la petite quarantaine d’habitants qui peuplaient la colonie d’alors, y compris Samuel de Champlain.

A l’automne 1633, le Père Lejeune entreprend d’accompagner les Montagnais avec toute leur tribu, au cours de leur saison hivernale sur leurs terrains de chasse, exactement de la même façon que l’avaient fait Guillaume et le père Brébeuf au cours de l’hiver 1626, et bien d’autres Français avant et ensuite après eux, puisqu’il n’y avait pas de meilleure manière de s’initier en effet, aux langues et aux mœurs des nations autochtones. Il est à remarquer que les Français n’ont jamais cherché à assimiler les Premières Nations, ce sont au contraire les Français qui apprenaient leurs langues, allaient vivre au milieu de leurs tribus pour mieux communiquer avec amitié avec eux. Cela entraînera à leur suite, le père Paul Lejeune vers le côté sud du Fleuve Saint Laurent.

Il partira avec seulement deux rechanges et sa chapelle sur le dos, relevant tout simplement sa soutane et montant hardiment pieds nus dans le canot d’écorce… les Français enlevaient toujours leurs souliers - puisqu’ils employaient cet ancien mot beaucoup moins utilisé aujourd’hui en France - avant de monter dans les canots, car faits seulement en écorce de bouleau, ils étaient très fragiles, il fallait sans cesse les rafistoler… Il s’initiera pendant ce rude hiver, à parcourir de longues distances, chaussé de raquettes à la mode amérindienne, comme tous ceux qui après lui entreprendront ce difficile apprentissage, non seulement tous partageront totalement la vie rude des Amérindiens, mais entreront en amitié avec eux et étudieront leur langue.

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Paul Lejeune écrira huit des volumes des Relations. S’il pensa l’espace d’un moment, qu’il fallait peut-être sédentariser les Amérindiens afin de pouvoir instruire leurs enfants et bien sûr si possible les convertir en les amenant à la « vraie » foi, il se rendit rapidement compte que les Indiens n’étaient pas prêts, et loin de là, à changer de vie.

Dans ses relations le Père Lejeune nous décrit le Père Antoine Daniel, lorsqu’il essaya d’amener quelques enfants à Québec pour les faire instruire au collège, mais les parents n’étant pas d’accord, le père Daniel n’insista évidemment pas et repartit dans son canot d’écorce, « accompagné de trois Sauvages, l’aviron à la main, pieds nus,  épuisé de force, son bréviaire pendu au cou, son corps décharné, mais aussi un visage content, charmé de la vie qu’il menait, espérant par son air et son discours donner l’envie d’aller partager avec lui, toutes les croix auxquelles le Seigneur attachait tant d’onction. » 

En 1636, la Nouvelle France ne comptait que dix prêtres, dispersés dans différentes bourgades Wendat (Hurons), où plusieurs Français les avaient suivis. Les missionnaires, plantaient, semaient, arrosaient, avec l’ardeur de leur foi, mais la récolte ne dépendait plus que de Dieu.

Champlain avait envisagé qu’il faudrait construire un établissement pour l’intérêt des Sauvages et des Français, Monsieur de Montmagny était du même avis que son prédécesseur, mais il manquait non seulement d’hommes mais aussi de finances. En 1639, les jésuites décident de construire un poste central, principalement pour se protéger des attaques de plus en plus incessantes des Odinossonis, mais en même temps pour avoir une mission bien implantée en plein pays Wendat (Huron).

Ce sera aussi un endroit où les Pères se trouveront en réelle sécurité, un lieu où ils pourront se réconforter et récupérer un peu de forces et de santé, entre deux périodes au milieu des tribus d’évangélisation difficiles et plus que périlleuses, d’où bien souvent ils ne revenaient jamais, torturés, jetés dans le feu ou carrément mangés. …  Les Amérindiens ne mangeaient que ceux qu’ils admiraient le plus pour leur courage, pensant par-là que les qualités de ceux qu’ils mangeaient allaient automatiquement passer en eux… C’est dans le même esprit que les Amérindiens, les Sachems principalement, mais tous les autres également, en accueillants ces Français dont ils admiraient le courage et les subtilités de leur civilisation, leur offraient leurs propres femmes, non en signe d’hospitalité comme nous pourrions le penser au premier abord, mais parce qu’ils espéraient que l’enfant conçu ainsi hériterait de leurs qualités.

L’emplacement choisi pour ce projet des Jésuites, est situé dans une échancrure Sud-Est de la Baie Géorgienne, sur les rives mêmes du lac Huron, à l’embouchure de la petite rivière Isiaragui, juste à la sortie des marécages, la baie y offre un site majestueux, tout à fait magnifique, propice à la détente morale ou physique.  

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Ils le nommeront Fort Sainte Marie des Hurons. Il sera construit sur une large bande de terre qui se trouve entre le lac Huron et la baie Georgienne, à plus de 1200 kilomètres de Québec ! 

Les jésuites commencent avec une grande diligence, les premières fondations de leur petit Fort. De nombreuses personnes travaillent à la construction de ce fort comme Médard Chouard des Groseilliers. Tous les « donnés » des jésuites, lorsqu’ils ne sont  pas occupés à guider les Jésuites, travaillent également à cette construction importante, pendant pratiquement tout l’hiver, peu importe le froid glacial, le givre et la neige de ce pays au climat si rude, la construction avance.

Cette même année 1639, voit l’arrivée des Ursulines à Québec, ainsi que la Fondation d’un couvent par Mme de la Peltrie avec les sœurs hospitalières. En France les récits des missionnaires ont intéressé et ému une grande partie des gens, et même la Reine. Certains encouragent de ce fait très fortement la proposition d’établir des Ursulines en Nouvelle France, afin de secourir non seulement les Français mais aussi les « Sauvages. » Sans doute, par les soins et l’attention charitable qu’on dispenserait ainsi aux malades on s’attacherait certainement l’affection des Indiens. 

Le commandeur de Sillery se réjouit par avance en imaginant un tel projet, projet qui pourrait favoriser la montée d’une peuplade sauvage, composée au cours des années, presque essentiellement de chrétiens. Ces personnes se verraient tout à fait à l’abri des provocations et autres attaques Iroquoises déjà, hélas, bien connues sous ces latitudes, grâce à l’aide rapide et importante des Français. Il faudrait, en effet, également une école, pour dispenser l’instruction, en plus d’un hôpital pour le soulagement des malades. Dans ce projet de faire venir des Ursulines de France, on songeait autant à l’éducation des filles des Français que de celles des Amérindiens.

D’autres candidats en France, désireux de se rendre en Nouvelle France, se décideraient sans doute plus facilement, s’ils savaient qu’il y avait sur place une école pour l’éducation de leurs enfants. Les colons étaient très pauvres, sans aucun secours ni aide médicale particulière, pour les assister dans leurs maladies, il fallait au plus vite leur apporter tous les soins nécessaires. 

Madame la Duchesse d’Aiguillon voulut être la fondatrice de l’Hôtel-Dieu, elle va alors s’adresser aux religieuses Hospitalières de Dieppe. Toutes, devant l’ampleur de la tâche qui attendait de l’autre côté de l’Océan, voulaient partir, mais il n’en fallait que trois, pour le moment, en tous les cas. Elles embarquèrent sur le premier vaisseau en partance, accompagnées de Madame de la Peltrie, le 4 mai 1639. Cette jeune veuve consacra non seulement tous ses biens, mais aussi sa personne à cette bonne œuvre. On la vit, sans épargner sa fatigue, remuer ciel et terre pour régler tout ce qui concernait ce départ.

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 Elle alla chercher elle-même les religieuses Ursulines, et on ne sait si le ciel la guida dans ses choix, mais elle trouva parmi ces religieuses, Marie Guyart, plus connue depuis sous son nom de religieuse,  Marie de l’Incarnation, que depuis lors, la Nouvelle France entière regarda comme « un de ses anges protecteurs. »

Quelques prêtres Jésuites, comme le Père Vimont qui devait succéder au Père Lejeune comme Supérieur général des missions, firent la traversée avec toutes ces nouvelles religieuses, ce qui rendit le voyage sans doute un peu moins pénible, lorsque l’on sait combien ces deux mois, parfois bien davantage, de voyage à travers les mers, dépendaient non seulement des tempêtes et  de l’humeur de l’Océan certes, mais aussi des rencontres plus ou moins risquées avec des navires anglais ou pire encore avec ceux de pirates, et si le vaisseau était passé à travers toutes ces vicissitudes, les passagers pouvaient encore souffrir de malnutrition, du manque d’hygiène et de toutes ces choses élémentaires, qui en épuisant l’organisme, amenaient un nombre important de décès, dus au redoutable scorbut. 

Le petit groupe, plus ou moins malmené, plus ou moins en bon état, arriva enfin à Québec, le 1er août 1639. Ce fut un jour de liesse extraordinaire pour fêter leur arrivée, sur ces terres de la Nouvelle France. Tous les commerces fermèrent, tous les travaux même cessèrent. Le Gouverneur, en personne, reçut les héroïnes sur le rivage, à la tête de ses troupes en armes, et le bruit du canon retentit comme pour le plus important des Te Deum. Les Français mêlés aux Amérindiens, les incroyants eux-mêmes, tous confondus aux croyants chrétiens, continuèrent pendant plusieurs jours à faire retentir des exclamations remplies de gaieté et d’allégresse.

A la vue des simples cabanes où on installa les religieuses, la pauvreté ambiante ne les rebuta pas, elles témoignèrent une grande impatience de commencer les exercices de leur fonction. Mme de la Peltrie, qui avait désiré se défaire de tous ses biens, pour créer cette bonne œuvre, défricha la terre de ses propres mains, ne s’épargna rien, donnant l’exemple de la charité la plus généreuse. Les Ursulines restèrent à Québec, les Hospitalières s’installèrent à Sillery où le nombre de Sauvages malades et désireux d’obtenir des soins, croissait de jour en jour, il y avait  beaucoup plus de malades que de lits, et la tâche était loin d’être facile pour les religieuses. A tous leurs nombreux travaux, les religieuses ajoutèrent l’étude des langues Amérindiennes afin de mieux communiquer avec leurs patients Amérindiens, ces saintes personnes se dévouèrent corps et âme, dans leurs tâches bienfaitrices.

Le Gouverneur, et tout le monde autour de lui, en profitèrent pour bien souligner aux Sauvages qui les entouraient, combien on prenait à cœur leurs intérêts puisque des femmes, des jeunes filles même, élevées « dans l’abondance et dans la délicatesse », sans craindre les périls de la mer, avaient laissé une vie douce et agréable pour venir éduquer leurs enfants et prendre soins des malades.

La Compagnie des Cent Associés demeurait dans l’inaction la plus totale, c’était réellement incompréhensible, les Français et les missionnaires étaient loin d’être soutenus, et de ce fait, ils n’avaient presque plus de moyens pour aider de la même façon qu’auparavant, les gens qui le leur demandaient, et qui attendaient d’eux tous les secours nécessaires.

 

Le Père Lejeune prononça l’éloge funèbre au décès de Samuel de Champlain, il dirigea les missions de la Nouvelle France jusqu’en 1638 où il passa cette charge au père Vimont. Cependant, après un séjour en France, il reviendra encore durant sept ans s’occuper des affaires spirituelles de la colonie, il décèdera à Paris en août 1664.

Nous énumérons rapidement ci-dessous quelques-uns des prêtres que nous avons suivis tout le long de nos recherches, sans néanmoins oublier tous les autres :

Le Père Jérôme Lalemant

Le Père Vimont

Le Père Antoine Daniel

Le Père Isaac Jogues, 

Les Père Jean de Brébeuf, et Gabriel Lalemant (neveu du père jérôme Lalemant),

Les Pères Gabriel Dreuillettes, et Simon Le Moyne,

Les Pères Claude Dablon et Joseph Chaumonot

Le Père Charles Albanel

Ce père Joseph Chaumonot que nous avons retrouvé à Ganentaha, en plein territoire Onnaontagué, en 1655, est le père qui a fondé Notre Dame de Lorette, sur un terrain concédé par les Jésuites aux Amérindiens Wendat, à trois lieues de Québec au mois de septembre 1673 où plusieurs de ces pauvres rescapés de la nation Wendat Huronne commencèrent à s’installer à cette date, puis en 1674 la première chapelle y sera édifiée.

Le père Chaumonot avait voulu donner ce nom de Notre Dame de Lorette en souvenir de celle qui existe en Italie. Ce prêtre pratiquera son apostolat durant cinquante-trois ans en Nouvelle France, il a rédigé une grammaire pour faciliter l’apprentissage de la langue Huronne. Il décèdera au cours de l’année 1693 à Québec même, à l’âge vénérable de quatre-vingt-deux ans.

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Thomas Mathieu 19/12/2011 11:51

Quelles extraordinaires pages d’Histoire vous nous offrez chaque fin de semaine !.. merci Monsieur Dornac .. Marie-Hélène Morot-sir a le grand talent de décrire les évènements du passé d’une
manière fort érudite, mais claire tous.. c’est un régal de la lire .. vraiment on en redemande..

jdor 19/12/2011 11:56



C'est vraiment Madame Morot-Sir qu'il faut remercier ! Je ne fais que la publier, mais il est que c'est un grand plaisir !



Aude Dufour 18/12/2011 21:27

J’ai beaucoup apprécié le texte de Marie-Hélène Morot-Sir publié hier sur l”indépendance des colonies britanniques, tant de choses encore que nous ne savions pas .. et celui d’aujourd’hui est tout
aussi passionnant.. C’est tellement intéressant de remonter grâce à elle dans notre passé !. Nous savons ce que nous devons à nos ancêtres Français et à nos pères missionnaires qui ont tellement
participé à la fondation de notre pays, tout autant que les coureurs des bois ou les explorateurs.. Ils ont en effet été faits prisonniers, torturés et brûlés tout autant que les autres Français ..
Quel courage et quelle foi ils devaient posséder !..

Paul Jocelyn Saint Pierre 18/12/2011 21:15

Nombreux ont été ceux qui chez nous au Québec ont eu à souffrir de la main mise de l’église, c’est pourquoi aujourd’hui où nous nous en sommes libérés, où enfin la laïcité règne, de reparler de la
place qui a été celle des missionnaires peut quelquefois être mal accepté. Pourtant notre pays a été construit avec l’aide de ces missionnaires, puis des religieuses lorsque les trois premières
sont arrivées avec Madame de la Peltrie... il y a eu vraiment un extraordinaire dévouement, les écoles, les hôpitaux qu’ils ont construits et un peu plus tard les paroisses ont réellement aidés et
soutenus la petite population, tout d’abord en étant si loin de sa mère patrie puis enfin dans l’adversité terrible qui était alors la sienne lorsqu’elle s’est retrouvée face à l’envahisseur..
C’est grâce à leur langue, leurs coutumes mais aussi à leur religion sur lesquels ils se sont arcboutés, que nos pères ont pu résister...Marie-Hélène Morot-Sir nous rappelle que nous ne devons pas
les oublier Merci pour cet excellent article!

Serge Denis Rivard 18/12/2011 19:36

Notre pays a pu se construire grâce à tous nos ancêtres Français, particulièrement intrépides, et courageux, mais c’est très important pour nous que Marie-Hélène Morot-Sir nous rappelle par ce
texte si clair, le rôle joué aussi par tous ces prêtres jésuites. Nous devons bien reconnaître que ces pères missionnaires, même si aujourd’hui la laïcité prime tout, même si nous avons mis tout à
fait de côté la religion, ont été eux aussi des découvreurs, des explorateurs, ils ont réussi à convertir énormément d’Amérindiens à leur foi catholique, à laquelle nos ancêtres croyaient tous avec
ferveur, la foi qu’ils inculquaient, adoucissait les mœurs des “Sauvages” et les amenaient davantage vers les Français .. Nous leur devons notre admiration et notre respect.