Nova Gallia... ou à partir de quand la Nouvelle France a-t-elle été fondée ?

Publié le par jdor

par Marie-Hélène Morot-Sir

Les archéologues font un travail passionnant à Cap Rouge, en retrouvant les vestiges des deux forts installés par Jacques Cartier. Depuis trois ans, ils ont découverts des milliers d’artefacts et surtout des morceaux de faïence italienne, orangée à motifs bleus et jaunes. L’archéologue Yves Chrétien a retrouvé ce fort, situé à Cap Rouge, en 2005 au moment de la construction de la promenade Samuel de Champlain, alors qu’il ne le cherchait pas et que d’autres archéologues avant lui, l’avaient cherché en vain, en remarquant par hasard un morceau de faïence, à ses pieds même !

Tout s’est alors décidé immédiatement pour fouiller le site et le passer au peigne fin. 

cartier.jpghttp://www.devoir-de-philosophie.com/dissertation-jacques-cartier-117483.html

Les deux forts construits par Jacques Cartier ont été retrouvés, un en haut et l’autre un peu plus bas, ils avaient été incendiés sans doute et très vraisemblablement par les Français avant leur départ, mais ce feu a pu protéger certains indices, ainsi que de nombreux restes, même s’il n’y a pas eu de découvertes spectaculaires.

Ces deux forts seront occupés, quelque temps après jacques Cartier, par Jean-François de la Roque de Roberval durant quelques mois. Cependant il est difficile de dire à la lecture des vieux documents du Passé que ce sont Jacques Cartier et Roberval qui ont fondé la Nouvelle France… Il est peut-être plus exact de penser que cela a été des « tentatives » de fondation… mais elles ont échoué !

Jacques Cartier a énormément œuvré pour ouvrir la voie et cela depuis 1534 ! C’est pour cela que l’Histoire a retenu son nom, plutôt que celui de Roberval et non pas uniquement, comme cela a été avancé, parce que l’un était catholique et l’autre protestant.

En effet c’est seulement en 1542, que Roberval a traversé les mers, il s’est tout simplement installé dans les forts construits par Jacques Cartier, mais il n’a donc rien établi et il est aussitôt rentré en France dès le printemps arrivé. Il est donc difficile d’affirmer que l’Histoire a voulu passer la tentative de Roberval sous silence, les récits de son unique venue ont bien été racontés mais il n’y est venu qu’une seule et unique fois !

Voyons les faits :

Les Espagnols s’étaient, depuis longtemps, implantés le long du golfe du Mexique et se l’étaient même approprié, en vertu du décret du Pape Alexandre VI.

Fait incroyable, ce Pape avait partagé le monde en deux, en leur faveur et en faveur des Portugais, à partir d’une ligne situé à cent lieues à l’ouest des Açores. Tout ce qui était à l’Ouest appartiendrait désormais au roi d’Espagne, tout ce qui était à l’Est au souverain du Portugal.

C’est ainsi qu’avec le Portugal, ils s’étaient partagés le monde, au Traité de Tordesillas, conclut en 1494, entre les rois du Portugal et d’Espagne.

François Ier, alors Roi de France, aura ce mot, resté célèbre, adressé à Juan II du Portugal, au moment des rivalités entre les Habsbourg de Madrid :

 “ Le soleil brille pour moi comme pour tous les autres. Puisque vous et le roi d’Espagne avaient décidé de vous partager le monde, je vous serais très obligé de me communiquer la copie du testament de notre père Adam, qui vous institue seuls légataires universels et m’exclut ainsi de ce partage ! ” Mais à cette époque où il n’était pas de mise de se faire excommunier par le Pape, François Ier dut agir malgré tout, avec diplomatie avec ce dernier.

La France ne se décida que fort tard dans les explorations maritimes, c’est pourquoi elle arrivera en dernier dans les parages, n’ayant pas, alors, de véritable politique maritime, au contraire de l’Espagne et du Portugal. Ces deux pays avaient déjà pu édifier leur empire, avec le soutien du Pape, comme nous venons de le constater.

Il y avait bien eu, en 1504, un capitaine de Honfleur qui était parti pour les Indes (les vraies !) par le cap de Bonne Espérance. Cependant, surpris par une terrible et importante tempête, au sud de l’Afrique, il fut obligé d’y rester quelques mois, et en définitive, son expédition tombera à l’eau, si l’on peut dire !

Cependant les contemporains de Louis XII continuent à observer ces expéditions, sans toutefois les prendre au sérieux, et il faudra attendre l’arrivée du roi François Ier, l’ouverture d’esprit et surtout l’envie de conquête de ce nouveau et jeune Roi, pour qu’enfin Jean de Verrazano fasse le voyage.

http://www.rouen-histoire.com/Verrazano/Expose.htmverrazzano.jpg

Jouant de malchance, à son retour, le Roi est absent, parti guerroyer en Italie, où il vient d’être fait prisonnier à Pavie (en 1525), il faudra donc attendre encore un peu, pour que les Français arrivent réellement de l’autre côté de l’Atlantique.

En 1509, Thomas Aubert, capitaine de Dieppe, compagnon de Verrazano, connaît déjà les pêcheries bordant la route du Nord-Ouest, à son retour il ramène, de ce que tout un chacun appelle alors les Indes, les premiers autochtones qui sont vraisemblablement des Béotuks de Terre-Neuve. Une rue de Montréal s’appelle Thomas Aubert en souvenir, en 1508, de son voyage.

C’est donc, un peu après Magellan et ce premier tour du monde réussi en 1522, que quelques banquiers de Lyon finiront par avoir envie de financer une expédition, dans le but d’atteindre l’Asie et surtout, d’après eux, d’y trouver tous les trésors que ce continent devait receler bien certainement ! Le roi François Ier en approuva l’idée.

On confia ce voyage d’exploration au navigateur florentin Giovani de Verrazano. Il ne devait pas s’aligner sur le trajet de Magellan, qui était passé par la route méridionale, mais prendre plutôt celle du Nord-Ouest.

La Dauphine prit la mer le 17 janvier 1524 depuis Madère, et toucha la Caroline du Nord, après plus de cinquante jours de mer. Remontant le bord des Etats-Unis actuels, cherchant à tout prix un endroit pour traverser ce continent, il baptisa même au passage le site de l’actuelle ville de New York “ Angoulême ” (en hommage à François Ier, duc d’Angoulême), il remonta jusqu’au niveau du cap Breton, puis n’ayant rien trouvé lui permettant de rejoindre l’Asie, il repartit vers l’Est où il arriva à Dieppe le 8 juillet 1524.

Cependant, Verrazano analysa et justifia ses déboires, dans un rapport qu’il fit au roi, ainsi qu’à ceux qui avaient financé tous les frais de l’expédition. Il expliqua que c’était un continent entier qui s’était dressé devant lui, un continent non encore exploré par les Européens : “ même si je pensais trouver une terre, j’espérais trouver un passage permettant d’atteindre l’Océan Oriental ! ” 

Malgré tout, il avait pu reconnaître plus de deux mille quatre cents kilomètres de littoral, et établir des relevés topographiques de cette côte, qu’il baptisa aussitôt Nova Gallia “ Nouvelle France ”.

Le nom était donc donné et il sera inscrit dès lors sur les cartes.

Sans se décourager, il tentera, un peu plus tard, un deuxième voyage, voulant seulement tracer une route vers l’Asie, et non pas coloniser ces nouvelles terres rencontrées. Malheureusement, il sera dévoré par une tribu autochtone, sans avoir trouvé ce passage tant espéré. Le Pont de Brooklyn porte aujourd’hui son nom, en hommage à ce premier Européen arrivé jusque-là, pour hélas, y finir d’une si périlleuse et tragique manière !

Ce désir de trouver un passage vers l’Asie ne cessa pas un instant d’envahir les esprits, c’est ainsi que François Ier, effectuant un pèlerinage au Mont Saint Michel, se vit proposer par le Grand Aumônier de France, Jean Le Veneur, le pilote malouin Jacques Cartier, un de ses propres parents fort expérimenté, et très certainement à même de mener efficacement ce projet.

Jacques Cartier avait longuement navigué le long des terres brésiliennes, il s’était même déjà rendu jusqu’à Terre Neuve. Il fallut néanmoins arriver à convaincre le Pape, en employant pour cela une grande diplomatie.

Ce dernier, sans pouvoir revenir sur le traité de Tordesillas, fort contesté, admit néanmoins que le partage entre les rois d’Espagne et du Portugal ne s’appliquait qu’aux terres déjà découvertes, et non pas aux nouveaux territoires inconnus.

Soulagé de ce revirement papal, qu’il avait obtenu, François Ier put, ainsi, sans le vexer, sans se faire non plus excommunier, financer le départ de Jacques Cartier.

C’est donc avec Jacques Cartier, grand navigateur chevronné et compétent, que tout commencera pour de bon, puisque c’est de Jacques Cartier que l’Histoire a retenu le nom. 

En mars 1534, Jacques Cartier arrive à Saint Malo, et après de nombreuses discussions, mille soucis d’intendance et autres tracasseries, dues aux bourgeois malouins eux-mêmes, dont nous laisserons les détails de côté, il parviendra enfin à quitter les terres bretonnes.

Cette première expédition, avec seulement deux navires et soixante et un hommes, quitta Saint Malo le 20 avril 1534.

La traversée se passa au mieux, puisque, à peine vingt jours plus tard, Terre Neuve sera en vue. Les historiens se posent néanmoins la question, avait-il ou non fait le premier voyage avec Giovani de Verrazano en 1524, ce qui ne serait pas impossible, le sachant déjà grand navigateur à cette date, car la route maritime qu’il emprunte semble  lui paraître familière.

Il entra aussitôt dans le détroit de Belle île et explora même le golfe du Saint Laurent, puis la baie des chaleurs. 

A ce moment, Jacques Cartier crut vraiment avoir trouvé, lui aussi, ce fameux passage pour l’Asie, mais il comprit rapidement son erreur. Il aperçut avec une certaine  méfiance quelques autochtones, (Micmacs) venus le trouver, pour lui proposer des échanges de pelleterie, ce qui n’intéressa pas Jacques Cartier, espérant tellement  trouver des richesses plus intéressantes en Asie.

Remontant  dans la baie de Gaspé, il fit d’autres rencontres, des Iroquois Onnaontagués du Saint Laurent cette fois,  habitants alors Stadaconé, ce petit village situé à l’emplacement même de ce qui sera plus tard la ville Québec, qui s’étaient avancés pour pêcher le long du fleuve. Jacques Cartier les baptisa immédiatement “ sauvages ”, fort impressionné par leur état de pauvreté, les trouvant “ les plus pauvres qui soit au monde ”.

cartier-donnacona.jpghttp://echo.franco.ca/explorateurs/index.cfm?Langue=fr&Voir=carrousel

Le 24 juillet 1534, continuant son exploration, il fit planter une croix, écussonnée de fleur de lys, aux armes du Roi de France. Cela déplut fortement au chef Iroquois Donnacona.

Accompagné de son frère et de trois de ses fils, il s’approcha en canot du navire, faisant de grands gestes pour expliquer que cette terre était à lui, et qu’il ne voulait pas qu’on y plante quoique ce soit, encore moins cette croix.

Lui offrant une hache en cadeau pour le faire monter à bord, Jacques Cartier retint alors deux de ses fils Donagaya et Taignoagny, en une sorte d’enlèvement - copiant en cela le grand Christophe Colomb qui avait usé de ce même subterfuge - et les emmena en France.

Il les ramena au Roi comme preuve tangible de son voyage, mais cela lui permit surtout de former des interprètes, qui pourraient le guider dans le pays au prochain voyage.

C’est ainsi qu’après avoir  dépassé l’île d’Anticosti et trouvé l’ouverture vers l’Ouest - enfin ce qu’il prenait pour telle, en fait c’était le fleuve Saint Laurent - la saison étant largement avancée, il fut contraint de reprendre la route de Saint Malo.

Il y arrivera le 5 septembre 1534. Cependant il n’avait pas trouvé l’Asie et ne ramenait pas d’or, mais Donagaya et Taignoagny présentés au Roi lui parlèrent du royaume du Saguenay aux nombreuses et abondantes richesses, et promirent au navigateur de l’emmener bien après Stadaconé jusqu’à Hochelaga.

Le Roi, satisfait de ce premier voyage, finança cette deuxième expédition avec des moyens nettement plus conséquents. Cette fois, trois navires furent armés avec une centaine de personnes et des vivres pour plus d’un an.

L’amiral Chabot encouragera également Jacques Cartier, après ce premier voyage, à continuer ses explorations, en rajoutant plus de trois mille lires royales  supplémentaires, ce qui lui permit de revendre ses bateaux d’à peine soixante tonneaux pour se doter de biens meilleurs navires.

C’est ainsi qu’il arma une caravelle fort perfectionnée “ la Grande Hermine “ de quarante mètres de long et huit de large, jaugeant plus d’une centaine de tonneaux cette fois, ressemblant aux caravelles de Christophe Colomb. Puis, il arma également deux navires plus petits, “ la petite Hermine de soixante tonneaux et l’Emerillon de quarante ”.

Presque prêt à partir, notre navigateur est à nouveau confronté aux problèmes que lui créent les bourgeois malouins, mécontents de cette nouvelle expédition. Cependant, le 19 mai 1535, après que tous les hommes se soient confessés, les navires quittent enfin Saint Malo.

La traversée durera, cette fois, beaucoup plus longtemps, il leur faudra cinquante jours pour gagner l’île aux oiseaux, à cause d’un temps plus que détestable, alors qu’il n’en avait mis que vingt l’année précédente.

A cette époque, les navires se dirigeaient grâce à ce que l’on appelait la “ navigation hauturière. ” Les navigateurs mesuraient la hauteur des astres sur l’horizon avec l’astrolabe, en se fiant également aux étoiles. C’est Christophe Colomb qui avait découvert la déclinaison magnétique et les lois de ses variations, les Portugais, avaient découvert la “ méridienne ” permettant d’observer la hauteur du soleil à son passage au méridien, grâce à des tables astronomiques cette mesure donnait la latitude permettant la navigation pendant la journée, lorsque l’étoile polaire n’est pas visible. Le pilote connaît donc la latitude à tout moment ainsi que sa vitesse grâce à la corde à nœuds qu’il laisse “ filer ” à volonté, ensuite le compas lui permet de connaître sa dérive et grâce au sablier il connaît l’écoulement du temps. N’oublions pas la cloche du bord qui sonne les quarts et l’heure…

Ce sont de tels moyens, extrêmement avancés pour cette époque, même s’ils nous paraissent bien rudimentaires aujourd’hui, qui ont permis de traverser cet Océan impressionnant, immense et inconnu, en direction des terres du Nord-Ouest !

La traversée s’étant cette fois révélée difficile, ce n’est que le 13 septembre que les fils de Donacona, retrouveront avec soulagement leur village et leur famille. Pendant leur séjour français, ayant appris des rudiments de la langue française, ils indiquèrent alors au navigateur le chemin de leur “ Ganata-ha ” qui signifiait simplement dans leur langu Onnaontagué le chemin de leur “ village ” et plus littéralement “ le regroupement de cabanes ”. Les Français et Jacques Cartier prononceront alors avec leur accent français : Kanada et plus tard ils étendront ce nom de Kanada à toute la Nouvelle France.

En remontant le Saint Laurent, Jacques Cartier avait alors bien compris, que ce fleuve n’était pas un passage vers un autre continent, mais loin de le décourager, il pensa que cela pourrait l’aider à se rapprocher de cette Asie tant convoitée…

A cause de quelques pénibles tensions avec les Amérindiens de Stadaconé qui voulaient l’empêcher de se rendre à Hochelaga, un autre village indien situé plus haut en amont sur le fleuve, parce qu’ils préféraient garder toutes les attentions et le commerce des Français exclusivement pour eux, Jacques Cartier partit seul, sans interprète, le 19 septembre 1535, explorer le fleuve en amont, et parvint à Hochelaga le 3 octobre.

C’était alors une assez grosse bourgade amérindienne fortifiée, située sur l’île même de Montréal. Il y fut très bien accueilli et du haut du Mont Royal il aperçut “ un Sault d’eau le plus impétueux qu’il soit possible de voir ” bloquant toute avancée de navires, c’était les rapides de Lachine !

Il faudra attendre l’arrivée de Champlain, soixante et dix ans plus tard, pour pouvoir enfin aller au-delà de ces rapides.

Cependant loin d’être abattu devant cet obstacle considérable, Jacques Cartier repartit à Stadaconé où il dut passer l’hiver, la saison étant trop avancée pour pouvoir reprendre la mer. L’entente avec les Iroquois s’avérait de plus en plus houleuse tandis que le terrible froid de l’hiver s’abattait sur l’expédition : Les navires furent pris dans les glaces, la neige était haute de plus de quatre pieds, mais plus que le froid, plus que les Iroquois, ce fut l’épouvantable scorbut qui les terrassa, et qui malheureusement faillit presque avoir raison d’eux...

Jacques Cartier et ses hommes se trouvaient donc dans une situation extrêmement difficile, ne voulant surtout pas faire connaître aux Amérindiens, devenus au fil des jours de plus en plus hostiles à leur égard, leur malheureuse condition, craignant un assaut de leur part.

Sur cent dix hommes, dix seulement étaient réellement en pleine forme courant février. Ayant observé que les peuplades autochtones ne succombaient pas au scorbut, il parvint fort heureusement, et sans que ce dernier ne s’en doute, à se faire expliquer par Donagaya, la manière dont les Iroquois se soignaient.

La connaissance de leur tisane d’Annedda, fabriquée essentiellement avec des feuilles et de l‘écorce hachées du cèdre blanc - on sait aujourd’hui que cette composition était excessivement riche en vitamine C - les sauva in extremis, hormis malheureusement les vingt-cinq Français déjà morts, bien sûr !

Les Français venaient pour la première fois d’apprendre des Indiens le traitement des maladies par les plantes, ce ne sera pas la première et dernière chose qu’ils apprendront de ces tribus, appelées un peu trop rapidement « sauvages ».

Jacques Cartier passa ces longs mois d’hiver à apprendre aussi, au contact des Indiens, le réseau fluvial qu’il commença à bien connaître :

Le fleuve qui va se resserrant à mesure que l’on avance, de salé son eau devient douce et provient de si loin qu'on n’a pas la souvenance qu’un homme ait vu sa source 

Il note toutes les richesses qu’il peut entrevoir dans la région du Saguenay. Enfin le 6 mai 1536, le printemps lui permet de rentrer en France, cependant faute de membres d’équipage assez nombreux, il se voit obligé de laisser la petite Hermine sur place.

http://www.ameriquefrancaise.org/fr/article-46/Jacques%20CartierStadacone-petit-.jpg

C’est seulement en 1845 qu’on a retrouvé les restes de ce Galion, dont une partie a été déposée au “ Québec litterary and Historial society ” et l’autre partie a été envoyée  très légitimement dans son port d’attache, à Saint Malo.

Dans ce voyage de retour, il emmène avec lui cette fois Donacona, ainsi que plusieurs interprètes et même quatre enfants. Ce deuxième voyage a été beaucoup fructueux puisqu’il pense avoir trouvé de l’or (seulement du pyrite de fer !) des diamants (de simples pierres de quartz, trouvées à Charlebourg Royal !) mais, le plus important, c’est la découverte du fleuve jusqu’aux grands rapides, ces rapides seront baptisés plus tard “ Lachine ”.

Depuis lors, nous devons à Jacques Cartier, le proverbe : “ Faux comme un diamant du Canada ” !

En France et en Europe, la guerre entre François Ier et Charles Quint fait rage ce qui enlève pour un bon moment une énorme importance aux expéditions vers le Nord-Ouest.

Cependant en octobre 1540, le navigateur malouin est nommé capitaine général, d’une nouvelle expédition. Cette fois, il doit emmener des sujets de “ tous arts et toutes industries ”, dont quelques prisonniers libérés tout exprès, n’ayant pas trouvé énormément de volontaires pour partir de l’autre côté des mers, dans ces contrées  lointaines, froides  et totalement inexplorées !

Roberval.jpghttp://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Fran%C3%A7ois_de_La_Rocque_de_Roberval   

Jacques Cartier, par ordre du Roi, est cette fois contraint d’accepter un supérieur, c’est un militaire protestant, Jean-François de la Roque, sieur de Roberval. François Ier s’était lié d’amitié avec lui au cours de la campagne d’Italie.

Le Roi vient en effet de décider de créer cette fois une grande entreprise de colonisation et pour cela il a mis ce militaire à la tête de l’expédition avec “ autorité sur tous ceux qui seront de ladite expédition, afin d’y faire foi et de lui obéir ” 

Jacques Cartier en est très agacé, mais il prépare, malgré sa contrariété devant cette décision du roi, le recrutement de l’équipage pour être fin prêt le 15 janvier 1541.

Puis sans attendre Roberval, il appareille avec l’aval du Roi et quitte Saint Malo en mai 1541 avec cinq navires, dont la grande Hermione et l’Emerillon, et mille cinq cents hommes d’équipage, tandis que Roberval est obligé de s’attarder car il doit encore préparer l’artillerie. 

Cartier arrive à Stadaconé, le 23 août 1541, et les tous premiers colons français arrivés alors, s'installent le long des berges du Saint Laurent.

Puis, cela fait, Jacques Cartier ne s’attarde pas, il regagne la France avant même l’arrivée de Roberval, qu’il ne fait que croiser aux alentours de Terre-Neuve.

 Il le laissera se débrouiller seul, sans même essayer d’aller l’aider par ses connaissances du pays et des Amérindiens, l’abandonnant ainsi sans aucun interprète, face à ce pays qu’il ne connait pas !

Les documents anciens racontent qu’il reprit la mer de nuit, ce qui, vu avec le recul, n’était pas très élégant, quels que soient les ressentiments qu’il éprouvait contre cet homme. Cette attitude désobligeante ne permit pas à Roberval, on le comprend tout à fait, une excellente implantation, car sans interprète c’était fort difficile de s’intégrer dans ce pays, d’autant qu’il dut à son tour affronter la rudesse du climat, les querelles avec les Indiens et les maladies…

Il remonta le fleuve et s’installa du mieux possible dans les forts déjà implantés par Cartier… L’hiver de ce pays de glaces les découragea, et malheureusement plus de cinquante personnes moururent du scorbut sur les deux cents arrivées avec lui, il n’avait pas su comme Jacques Cartier apprendre la manière amérindienne de se soigner avec la tisane d’Anedda… la promiscuité entre les différents colons, nobles de cour, grandes dames et petit peuple s’avéra aussi une difficulté supplémentaire.  

C’est ainsi qu’après cette première expérience désastreuse, Roberval prit la sage décision de rapatrier toute la petite colonie ou ce qu’il en restait et de rentrer en France au printemps 1543.

Roberval jeta l’ancre devant la Rochelle le 11 septembre 1543, et ainsi s’acheva la première tentative de colonisation française en Amérique du Nord.

Evidemment, la monarchie n’avait pas fait tellement d’efforts pour supporter ce projet afin qu’il puisse aboutir. Cependant, on peut comprendre que le Roi, et tous ceux qui avaient financé les expéditions furent déçus du peu de résultat. D’autre part, la guerre contre Charles Quint signait, pour l’instant, en tous les cas, la fin des ambitions canadiennes de la royauté.

En 1550 Henri II qui avait succédé à son père François Ier, accompagné de sa femme Catherine de Médicis, entrent à Rouen où ils sont conviés à une fête tout à fait hors du commun. 

Au milieu de décors extraordinaires constitués de huttes indiennes, et d’un nombre impressionnant de matelots, déguisés en Indiens, nus et peints comme eux, la vie de ces tribus dans ces contrées lointaines était expliquée en de plaisantes scènes.

Cela tentait de représenter les anciennes relations franco amérindiennes remontant à une dizaine d’années déjà, et voulait peut-être amener d’autres rapprochements et d’autres tentatives de colonisation. 

Suite à ces premiers voyages il faudra attendre plus d’un demi-siècle encore, pendant lequel aucune autre expédition française ne se dirigera plus vers le Saint Laurent et avant que ne s’organisent d’autres tentatives, jusqu’à ce que Pierre Dugua des Monts soit commissionné à son tour et qu’on voit enfin partir Samuel de Champlain en 1603.

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Alain Brougnet 09/01/2012 14:24

Bonjour Monsieur Dornac, je découvre votre site par l’intermédiaire d’amis qui mont appris que Marie-Hélène Morot-Sir écrivait sur votre blog, je me permets de vous écrire ces quelques mots, car je
connais cet auteur pour avoir assisté à une de ses conférences.. j’ai été très intéressé par les connaissances historiques qu’elle nous apporte à nous Français.. je lis depuis ses livres avec un
énorme plaisir et je ne peux vous dire ici tout ce que j’ai appris sur la Nouvelle France, mais aussi sur le Québec d’aujourd’hui, grâce à elle..
j’admire aussi le soutien qu’elle apporte aux Québécois et j’étais présent dans la foule, sur la place de la mairie, lors de la manifestation qu’elle avait organisée pour les soutenir, un matin de
septembre dernier. Transmettez-lui mes plus chaleureuses félicitations et ma grande admiration .
Alain Brougnet
..

jdor 09/01/2012 15:34



Je n'y manquerai pas, soyez-en assuré ! Merci pour elle !


Jean Dornac



Pierre H. Tremblay 09/01/2012 14:08

Effectivement ces articles du Devoir, concernant les fouilles entreprises au sujet des forts de J. Cartier effaçant presque ses importantes expéditions devant la seule et unique de Roberval, ont
attiré l’attention de beaucoup de gens ici au Québec.. Ce texte de Marie-Hélène Morot-Sir remet en perspective comment les choses se sont réellement passées, cela nous démontre bien que Jacques
Cartier a fait un énorme travail de prospection grâce à ses trois grands voyages.. alors que Roberval n’est venu qu’une seule fois, a passé un hiver difficile pour ne pas dire plus.. et a rembarqué
tout le monde dès le printemps venu, dès la fonte des glaces sur le Saint Laurent qui permettait à nouveau la circulation sur le fleuve et le retour vers la France..

Thomas Mathieu 08/01/2012 16:59

Je suis stupéfait de tout ce que j’apprends grâce à votre blog, Monsieur Dornac depuis que Marie-Hélène Morot-Sir nous raconte l’Histoire de la Nouvelle France.. ce récit d’aujourd’hui est
tellement riche que je vais devoir le relire lentement pour être certain de tout me rappeler... j’apprécie la manière claire de ces récits qui nous permettent de mieux comprendre ce passé-là !
C’est ahurissant la façon dont tout cela s’est produit merci Madame, de mettre votre érudition à la portée des lecteurs que nous sommes.

jdor 08/01/2012 17:07



Et j'en apprends autant que vous ! C'est vous dire la chance qui est la mienne de pouvoir publier les textes de Madame Morot-Sir !



Paule Brajet 08/01/2012 16:44

Quel récit ! je vais le relire tant c’est prenant.. Marie-Hélène Morot-Sir est réellement inimitable dans la description du passé.. Ah, merci beaucoup.. j’imprime et je fais lire.. belle année 2012
à tous

jdor 08/01/2012 17:05



Belle année à vous, également !