Penser le Québec : « Quand le vent se lève »

Publié le par jdor

Aujourd’hui et demain, en France, nous n’avons, normalement, pas le droit de parler de politique, tout au moins en ce qui concerne les deux candidats à la présidentielle de demain. Soit…
Il ne peut, cependant, pas être interdit de parler de Jean Charest, au Québec, ce « clone » de notre actuel Président, un clone aussi nuisible et qu’il est souhaitable pour le Québec de voir chassé du pouvoir le plus vite possible.
Les deux « clones » appartiennent au même maître et font une même politique contre leurs peuples et en faveur exclusive des riches. C’est à méditer…
Avant le texte principal, voyez ce court texte qui concerne Lucien Bouchard, ancien Premier ministre du Québec passé aux adversaires, Charest et les lobbies du gaz de schistes… Lamentable, écoeurant !
Ensuite, régalez-vous avec « La métamorphose des moutons en abeille », une métaphore très puissante écrite par son auteur à l’intention des Québécois mais qui, je le considère, à valeur universelle. (Jean Dornac)

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Le vrai Lucien Bouchard

Dommage, mon cher Lucien ! Tu sais que la « crédibilité » est un bien précieux qui permet de faire beaucoup avec l’appui d’un peuple. Tu sais aussi que pour durer dans le temps il faut que celui qui en est gratifié fasse preuve de fidélité aux valeurs qui en ont été le fondement. Ton engagement au côté du Peuple québécois, ton peuple, en a fait rêver plusieurs. Ce Peuple est toujours là, mais tu n’y es plus comme celui qui croit en lui, en sa capacité de s’assumer et de tirer tout le profit possible des immenses ressources dont il est le propriétaire et le maître. Tu sais que ces ressources, exploitées et développées au profit de ce dernier, permettraient, entre autres, de financer des soins de santé de qualité, une éducation gratuite, accessible à tous et à toutes, des soins adaptés pour nos personnes âgées et des opportunités de travail à tous les niveaux du développement du Québec.

Mais voilà que tes revenus de pension, comme ancien ministre fédéral et ancien Premier ministre du Québec, n’auront pas été suffisants pour entretenir ta passion pour un Québec indépendant. Des offres, sans doute plus alléchantes, t’ont transformé en négociateur de premier plan pour soutirer le maximum des richesses de ce peuple, ton peuple, aux prix les plus bas, afin d’assurer à tes nouveaux employeurs les profits les plus élevés.

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PENSER LE QUEBEC

« Quand le vent se lève »
La métamorphose des moutons en abeilles

Dominic DESROCHES - Collaboration spéciale
vendredi 14 mars 2008

« Dans chaque cri d’effroi d’un mouton,
j’entends les chaînes forgées par l’esprit »

« La diligente abeille
n’a pas de temps pour la tristesse »

« Ton amitié m’a souvent fait souffrir ;
sois mon ennemi, au nom de l’amitié »

William BLAKE

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Victimes de la duplicité de leur récit historique, les moutons québécois se trouvent enfermés dans une logique qui mène au sacrifice. Ils sont prêts à s’oublier eux-mêmes, à nier la complexité de la réalité, à éviter tout conflit, pour faire vivre les autres. La seule possibilité de mettre fin à l’ajournement qui caractérise la position du peuple est de connaître le sursaut afin de réaliser le saut ultime vers la liberté. Et si le sursaut se réalise, c’est-à-dire si les citoyens se réveillent et acceptent de sortir de la cage, alors nous assisterons au renversement de la logique du sacrifice.

Ce texte, qui couronne un cycle de réflexion sur le Québec, veut expliquer ce qui se passera si le vent se lève, c’est-à-dire si le peuple de moutons résistants choisit, avec effort, méthode et confiance, de sortir de la cage pour se libérer. Notre thèse aboutit à l’idée que le mouton doit changer sa manière de se percevoir lui-même s’il veut se libérer, s’il veut quitter les ornières de la soumission qu’il est trop habitué d’emprunter. Il doit accepter de se transformer, de se métamorphoser lui-même, sinon il s’éteindra dans sa propre cage.

Le sursaut comme métamorphose

Si le mouton, divisé en son identité, continue de se voir en mouton, habillé de laine et serviteur des autres, il périra ultimement en mouton. Cela signifie qu’il doit apprendre à changer, psychologiquement d’abord, l’image qu’il a de lui-même. Tant et aussi longtemps qu’il se concevra comme un mammifère qui donne de la laine, comme un doux serviteur qui n’a pas le droit à l’erreur, comme un porteur d’eau, alors il s’enfermera toujours plus profondément dans sa cage. La réponse à cette situation limite se trouve ici, dans "l’acceptation d’un refus". Qu’est-ce à dire ?



Il doit alors accepter de refuser l’image que les autres pensent qu’il projette, il doit accepter de réagir contre ce qu’il pense qu’il est lui-même, autrement dit il doit accepter de dire non. Ici, c’est l’acceptation devant mener à un refus d’être ce qu’il n’est pas qui est le premier signe d’un véritable sursaut. Le réveil correspond à l’acceptation de la réalité et des conditions qu’elle entraîne sur l’avenir.

Le Québécois doit accepter de se concevoir comme un être collectif, comme un membre parmi d’autres appartenant à une société plus large que lui. Il doit se voir capable de travail et de rigueur, de force et de créativité. Par sa détermination, il doit s’imaginer gagnant et accepter que les gagnants doivent parfois dire non aux autres. Si le mouton québécois parvient à oublier son passé, celui de la défaite de ses pères et de la domestication qui s’ensuivit, alors il pourra sortir de sa condition de second, d’auxiliaire, d’assistant ou de spectateur. À ce point décisif pour sa survie, le mouton pacifique, qui est le symbole de l’animal domestique prisonnier dans son enclos, doit accepter de se reconnaître dans un autre animal capable de lui enseigner une autre forme de sagesse. Cet autre animal est un insecte. Le mouton doit réussir à trouver l’image de son propre destin dans celui de l’abeille, un petit insecte rapide, travaillant, coopératif, producteur, autonome, voyageur et capable de se défendre, la nuit comme le jour, contre les agresseurs.

De la métamorphose des moutons en abeilles

En effet les moutons, qui demeurent psychologiquement des enfants, ne pourront quitter la cage que s’ils parviennent à se concevoir autrement. Ils devront se concevoir comme des êtres volants, se reconnaître dans les abeilles, tant et si parfaitement qu’ils deviendront progressivement des abeilles eux-mêmes. C’est par la transformation des moutons en abeilles qu’ils se donneront de nouvelles formes d’action. Sans conversion, sans métamorphose en abeilles, les moutons ne pourront trouver les qualités leur permettant de se donner un avenir et de quitter la cage, l’enclos qu’ils habitent chez eux et qui rapporte souvent aux autres.

Abeilles, les Québécois se verront désormais comme des travailleurs unis. Ils vivront pour leur collectivité en obéissant aux ordres d’un supérieur. Capables d’économies, ils feront face à toutes les éventualités de la nature. Ils sauront voler pour aller chercher à l’extérieur le meilleur afin de le rapporter à la maison. Ils rapporteront le pollen, tout en favorisant la pollinisation des fruits, afin de fabriquer du miel, c’est-à-dire de l’or. Parmi les Québécois aillés, certains seront ouvriers, d’autres sans doute seront gardiens et une (ou un) dirigera la cité. Celle-ci s’appliquera à instaurer une politique de redistribution de la richesse pour tous.

Les Québécois se reconnaîtront entre eux à leur sens de la responsabilité, à leur solidarité et leur capacité de penser à la collectivité. Et s’ils se sentent un jour menacés, telles des abeilles en mission, ils se résigneront une fois pour toutes à piquer l’ennemi, et cela au risque de perdre leur propre dard et de mourir ensuite, c’est-à-dire après s’être infligé, au nom de la collectivité, une déchirure fatale à l’abdomen. Devenues abeilles, la mort ne sera rien pour nous.

Du patriotisme

Si les moutons s’endettent pour faire profiter les autres de leur propre laine, ils s’avèrent incapables de vivre réellement dans leur patrie. Attirés par le profit rapide, les moutons vendent tout, y compris ce qu’ils sont eux-mêmes en tant que force de travail. Ceux qui vendent tout n’ont pas de maison ni de patrie, ils restent les jouets des acheteurs. Voilà en gros pourquoi les moutons n’ont pas d’avenir. S’ils veulent survivre, ils devront poursuivre leur métamorphose et s’accomplir comme abeilles afin de se donner une nouvelle forme d’existence.

C’est que les abeilles acceptent de se subordonner à une tâche plus grande que leur individualité. Depuis toujours, elles savent que la vie est un cycle qu’il faut savoir interpréter suivant les saisons. Les abeilles, qui n’ont pas le temps d’être tristes, sont les figures même du patriotisme parce que si elles se sentent menacées, elles se sacrifieront, dans un combat extrême, au nom de la patrie. Une abeille ne périt jamais la tête basse, dans la position du repli –- si elle doit mourir, elle foncera dans la mort en accord avec sa société. Quand le vent se lève, toutes les abeilles, unies, prennent les armes pour défendre leur travail, leur culture et leur patrie.

Sur la trahison

Si les moutons, en pleine concurrence les uns avec les autres pour savoir qui donne le plus de laine et au prix de quelle sorte de soumission, se dénoncent mutuellement, les abeilles ne connaissent pas le problème de la trahison. N’ayant pas peur des loups, jamais les abeilles ne vendent les secrets de la ruche. Qui veut prendre la ruche doit accepter de se mesurer aux abeilles guerrières. Il se peut que l’amitié se transforme un jour en conflit pour libérer la véritable amitié qui unit les peuples. Devenus abeilles, les Québécois se battront pour leur patrie sans courir le risque de la trahison, trahison qui reste l’œuvre basse de la duplicité qu’ils auront réussi à surmonter en passant des moutons serviles aux abeilles autonomes.

Et, à la fin, la plus belle abeille cachait en elle-même une oie blanche

Quand les moutons auront mis fin à la période de moutonnement et quitté définitivement la cage, c’est-à-dire quand ils auront traversé le mur invisible de leur passé, ils voleront en liberté. Mais cette liberté ne sera définitivement acquise que lorsque qu’une abeille, l’un des meilleures de la ruche, s’élevant toujours plus haut dans le ciel, se sera transformée en oie blanche pour marquer la fin du cycle. C’est en migrant ou en voyageant suivant les cycles que l’on comprendra la vanité des conflits qui nous opposent les uns aux autres ici-bas. Quand l’ami devient ennemi et nous libère nous-mêmes, la vie prend une tout autre signification. L’oie blanche s’imposera comme le symbole ultime de la sortie hors de l’état de conflit qui oppose les vieux frères ennemis.

Ce n’est qu’en aspirant à devenir nous-mêmes des oies blanches que l’on comprendra finalement, vu d’en haut et loin de la cage que nous avons quittée en abeilles, la folie de nos choix politiques. Si l’abeille œuvre, travaille et pique, l’oie blanche vole, migre et exprime la vie au-delà des confrontations politiques. Sagesse qui patiente en nous tous, Québécois, l’oie blanche est l’idée qui sommeille en nous lorsque nous voulons nous affranchir des duplicités qui nous divisent les uns et les autres. Et ce n’est qu’au prix d’une métamorphose, de la difficile transformation du mouton en oie blanche qui habite en nous et qui attend patiemment son jour de vol, que le peuple québécois pourra enfin espérer devenir lui-même.

Dominic DESROCHES Département de philosophie / Collège Ahuntsic

Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/)

Source : http://www.vigile.net/Quand-le-vent-se-leve

Publié dans Réflexions

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