Petite revue du 1er tour des législatives 2012

Publié le par jdor

Par Jean Dornac

Ce n’est que le premier tour des législatives qui vient de s’achever. Gardons-nous de pronostics trop optimistes, côté nouvelle majorité ou trop pessimistes, du côté de la nouvelle minorité, états potentiels, pour les deux parties. Certes, les choses semblent bien engagées pour que le nouveau Président dispose d’une bonne majorité à l’Assemblée, condition essentielle pour qu’un programme politique puisse être appliqué.

Je me félicite, tout de même, de la cohérence d’une grande partie de ceux qui ont voté. Il eut été franchement stupide de choisir François Hollande, il y a un mois, puis de lui enlever tout pouvoir, ou presque, au premier tour des législatives. Ce qui signifie qu’au-delà des attitudes absurdes et partisanes de certains, une bonne proportion d’électeurs reste lucide dans ses choix.

Je dois avouer, par contre, que j’aie eu de la peine à écouter les discours, notamment des chefs de l’UMP, lors de l’émission sur les résultats de France 2. J’ai d’ailleurs arrêté de regarder au bout d’une demi-heure. Il n’y a pas de doutes qu’une défaite est toujours difficile à digérer et que les propos des perdants frisent, le plus souvent, la très grosse dose de mauvaise foi. Ce qui était vrai pour l’UMP, dimanche soir, l’a été pour le PS en d’autres temps…

Paroles, paroles, paroles…

Ces chefs de l’UMP se félicitaient qu’il n’y avait pas eu de « vague rose ». Piètre consolation. Qu’avons-nous à faire d’une « vague rose » ? Rien ! L’important n’est pas là, la seule chose essentielle étant que le Président dispose d’une majorité, quelle que soit son importance, même s’il ne s’agit que d’une poignée de sièges. Jean-François Copé, égal à lui-même, s’est consolé, et a tenté de consoler ses troupes, en affirmant que l’UMP était plus forte, en pourcentage, que le PS. Oubliant, au passage, mais ce n’était que très volontaire, que le PS n’a pas cherché, comme l’UMP, à absorber ses alliés avant de les diluer dans une sorte de « parti unique ». Si le PS avait fait de même, ce dernier serait nettement en tête. Mais tout cela, il faut bien le reconnaître, n’est qu’enfantillage. C’est juste intéressant à savoir et retenir dans la perspective d’une candidature Copé à la présidentielle 2017, parce que nous voyons, presque à chacune de ses interventions, ses capacités et sa volonté de manipuler l’opinion. Dans l’immédiat, certes, cette « consolation à bas prix », permet de faire oublier cette cohabitation tant désirée qui semble bel et bien s’éloigner…

Le cas Nadine Morano

Ecoeurement garanti, par contre, pour tout démocrate et humaniste qui a entendu, en direct, Nadine Morano implorant les électeurs du FN de voter pour elle au second tour, affirmant, sans détours, qu’ils avaient les mêmes valeurs qu’elle ! Pathétique et pitoyable ! Nul doute qu’elle a parlé en pleine panique au vu du résultat qui était le sien et des maigres chances qui sont les siennes d’être réélue. Il faut pourtant bien le dire, la volonté de garder un siège à l’Assemblée n’autorise pas tout et n’importe quoi.  De deux choses l’une : ou c’est bien la peur de perdre son dernier pouvoir qui lui a fait tenir ces propos indécents, ou, et il serait temps de le reconnaître, qu’une part de l’UMP a adopté nombre de thèses frontistes, ce qui l’éloignerait de la possibilité de s’affirmer comme parti républicain.

UMP gaulliste et UMP « populaire »

On est en droit de se poser la question, car d’autres membres du parti de Copé sont prêts à favoriser l’élection de candidats FN, soit par appel pour ce parti, soit en se désistant en sa faveur. La position du « ni-ni » adoptée lundi par le bureau politique de l’UMP oblige à se poser la même question. En refusant de se désister en faveur d’un candidat PS s’il y a un risque sérieux de victoire d’un candidat FN, il est évident que l’UMP offre ses faveurs au parti non-républicain de Marine Le Pen. Le prétexte, totalement farfelu, est d’affirmer que le PS favorise le Front de Gauche qui, aux yeux des chefs de l’UMP serait composé de parfaits extrémistes, forcément pires que ceux du FN. Or, il est évident que le FDG ne pèsera pas dans la future Assemblée. Donc, l’argument ne vaut rien. Au-delà, il faut tout de même remarquer l’amalgame honteux qui est fait en comparant FN et FDG. Ce dernier n’est en rien raciste ni xénophobe, ce qui justement est parfaitement inacceptable du côté du FN. Cette position du « ni-ni » est également une blessure, pour moi, pour d’autres aussi, nous qui n’avons pas hésité en 2002 à voter pour Jacques Chirac dans le seul but d’écarter Jean-Marie Le Pen. Nous avons eu une attitude franchement républicaine et nous aurions été en droit de bénéficier du même état d’esprit. Acte manqué, donc, des instances de l’UMP…

Je garde mon respect pour certains membres de l’UMP que je ne considère pas comme des « ennemis », mais comme des adversaires, ce qui n’est pas du tout la même chose. Cependant, je ne peux que rejeter, si je veux rester fidèle à mon humanisme, ceux qui se disent « populaires » tant leurs idées sont justement proches du FN, tant un certain fanatisme s’y fait jour. Qu’ils sont loin des idées et de la conduite du Général de Gaulle. Je ne doute pas que ce dernier ne les aurait jamais acceptés dans son parti politique, tant le général était loin de l’extrémisme de droite. Cet extrémisme, celui qui noyaute cette partie de l’UMP, a tout fait pour nuire au général, et dans sa partie la plus extrême, l’OAS, a même tenté de le tuer ! Alors, se réclamer de lui, est à la fois un mensonge et une honte.

Le cas Marine Le Pen

Il est encore des citoyens pour croire que la fille de Jean-Marie Le Pen est une parfaite démocrate. L’UMP porte, depuis quelques années, une lourde responsabilité dans ce fait, ayant usé de propos forts semblables à ceux du FN. Par ailleurs, le « ni-ni » favorise la banalisation du parti extrémiste puisqu’il le range au même niveau que le PS.

Ce qui permet à Marine Le Pen d’affirmer que « le mur anti-FN a implosé » et que le « Front Républicain est enterré ». Franchement, il n’y a ni de quoi être fier ni de quoi être rassuré pour l’avenir démocratique de la France. Et ceci d’autant plus que l’extrême droite gagne du terrain dans toute l’Europe. Malheureusement, avec l’attitude, principalement, de certains membres de l’UMP, elle peut effectivement se réjouir de l’enterrement du front républicain, chose qui, forcément la gênait, diminuant les chances de son parti et parce qu’elle n’a rien à faire d’un esprit républicain. Lorsqu’on porte la haine et le mépris de l’autre, étranger ou opposant, cet esprit affirmé n’est qu’un leurre dans sa bouche.

Sa prétention n’a pas de limites. Dimanche soir, elle affirmait : « Le peuple fera son entrée à l’Assemblée » ! Le peuple ? Quel peuple ? Celui de la haine ? Non merci, pas de ça, la France mérite autre chose, j’espère ! Je suis du peuple, pour ma part, si on entend par là, n’être qu’un simple citoyen, mais je ne me reconnais nullement dans le peuple de Marine Le Pen ! J’ai un peu plus d’estime de moi-même…

« L’affaire » Valérie Trierweiler

Voilà du pain béni pour des journalistes en manque de sensationnel qui se lamentaient depuis des semaines de ce Président trop « normal ». A défaut de pouvoir faire des gorges chaudes sur le Président, voilà qu’ils ont, enfin, l’occasion d’attaquer sa compagne. Si, pour certains, il s’agit juste de rire un bon coup, pour d’autres ce n’est pas gratuit, tant il est évident que cette affaire fait bien les affaires de l’UMP qui peut enfin parler d’un « gros problème » de la Présidence, espérant que l’on oublie, de ce fait, son attitude envers le FN.

Sur le fond, on peut penser, en effet, que le tweet de Madame Trierweiler est, pour le moins, une maladresse. Appuyer l’adversaire de l’ex-femme de François Hollande qui, lui, la soutient, ressemble quelque peu à la réaction d’une femme jalouse.

Il se peut qu’il y ait de cela. Cependant, ne pas réfléchir plus loin est une faute dans laquelle de nombreux journalistes plongent et s’en délectent.

Car enfin, parce qu’elle est la compagne de François Hollande, cette femme n’aurait pas le droit d’avoir un avis personnel et de l’exprimer ? Tout comme, nombreux sont ceux, qui voudraient lui interdire d’exercer son métier de journaliste. Mais dans quel pays vivons-nous ? Parce qu’elle est la compagne du Président, il faudrait, obligatoirement qu’elle partage toutes ses opinions ou qu’elle reste muette ? C’est parfaitement absurde.

Par ailleurs, si l’on veut bien sortir du cadre « couple présidentiel », de la « jalousie », « du trop fort caractère » chose qu’on ne reproche évidemment jamais aux hommes, il vaut la peine de réfléchir sur la pratique du « parachutage » de certaines personnalités dans certaines circonscriptions. Ces décisions sont prises par les états-majors des partis politiques, et tous ou presque le font. Mais, et je pense que c’est là que réside le fond du tweet de Valérie Trierweiler, est-il normal et acceptable qu’un député qui a fait ses preuves dans sa circonscription, par son travail sérieux, soit écarté sans autre raison que de favoriser une personnalité, quelle qu’elle soit ? Il n’y a, à mon sens, rien de démocratique dans cette pratique et il serait grand temps que cela cesse si les politiciens veulent que les citoyens ne se détournent pas totalement de la vie politique de notre pays.

Enfin, je trouve particulièrement triste, dans cette affaire, que de nombreuses femmes, souvent militantes pro-Royal ou simples sympathisantes, se mettent du côté des loups qui hurlent contre la compagne de François Hollande. Leurs passions les aveugles au point de ne plus se rendre compte qu’attaquer Madame Trierweiler, revient à revendiquer une place inférieure pour la femme par rapport aux hommes. Et je trouve cela tragique…

Paris, le 13 juin 2012

 

Publié dans Réflexions

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denise bernhardt 13/06/2012 17:03

en toute amitié , je dirai que ce qu'elle a fait est complétement déloyal ; Je ne mettrai pas là les notions d'indépendance de la femme.
Un mari normal ne supporterai pas longtemps, alors un président normal????? je lance les paris .
Bonne journée Jeando

denise bernhardt 13/06/2012 16:27

pour l'affaire RothWiller, je ne suis pas d'accord avec toi Jean. Quand on partage la vie d'un homme politique, il existe un minimum d'obligation, entre autre ne pas le rendre ridicule, et ne pas
se meler publiquement de POLITIQUE en affichant un comportement nuisible pour le dit compagnon.
A la place de Hollande je me séparerai illico de cette femme dangereuse et trop jalouse pour la situation.
Amitié .

jdor 13/06/2012 16:34



Je comprends très bien que tu ne sois pas d'accord avec moi sur ce point. Mais la richesse des relations humaines veut que l'on ne soit pas d'accord sur tout, ni qu'on ait forcément la même
perception sur un problème donné.


Amitié à toi aussi