Pourquoi pas Jean-Luc Mélenchon ?

Publié le par jdor

Par Jean Dornac

Certains d’entre vous seront sans doute surpris par le titre et le contenu de mon article. Je le comprends et suis désolé pour eux. Il arrive un moment où un choix doit être fait, après mûre et longue réflexion. Le choix n’est pas forcément facile, il ne nous satisfait pas forcément en toute chose, mais il faut avoir le courage d’assumer. Certains, ravis, me placeront désormais dans le camp des extrémistes de gauche. Je souris… Je n’ai jamais adhéré à aucun parti politique qu’il soit de gauche, de droite, du centre ou qu’il soit « d’ailleurs ». Je me méfie grandement de toutes les idéologies. De plus, certains parmi vous s’en souviendront peut-être, il y a déjà quelques semaines, j’avais dit « pourquoi pas Eva Joly ? » puis « pourquoi pas Dominique de Villepin ? »

Ces prises de positions diverses, pour des candidats n’appartenant pas au même parti politique, peuvent laisser penser que mon cerveau tourne comme une girouette soumise à vent totalement fou. Et pourtant, pour qui arrive à suivre ma pensée, cette « ligne brisée » répond à une logique et à des besoins.

Premièrement, je fais partie de ces citoyens qui ne veulent en aucun cas revoir Nicolas Sarkozy pour cinq années supplémentaires. Je ne doute pas une seconde que ce serait une catastrophe nationale en annonçant d’autres, bien pires avant la fin du second mandat : Pays vendu à l’Allemagne ou aux USA ; citoyens, moyens, modestes et pauvres toujours plus pillés ; risques évidents de révolte violente, tout abus trouvant un jour sa fin. Cependant, pour chasser Sarkozy du pouvoir, se rallier à Marine le Pen serait stupide, tant, par rapport à l’immigration, qu’on le veuille ou non, nécessaire, l’UMP et le Front National sont proches, sans parler de ce racisme sous-jacent, rarement exprimé de façon totalement claire, dans ces deux partis politiques, mais à fleur de peau des discours officiels.

Pourquoi, dans un premier temps, Eva Joly ? Parce que je la crois totalement honnête, et parce qu’elle n’est pas une professionnelle de la politique. Ces derniers sont de moins en moins crédibles, on ne sait jamais quel est le degré de sincérité de leurs discours si bien huilés par les habitudes de plusieurs décennies et très formatés par des publicistes professionnels qui vous vendraient un œuf pourri en le faisant passer pour un œuf pondu la veille ! Eva Joly me semblait donc capable de sortir notre pays d’une lourde langue de bois qui nous fait tant mal aux oreilles à chaque parole de certains candidats et leurs porte-parole !

Pourquoi dans un deuxième temps, Dominique de Villepin ? D’une part, ce n’est pas non plus, pas tout à fait du moins, un professionnel de la politique au sens où je l’entends. Et puis, par rapport aux événements qui nous attendent, sans le moindre doute, au cours des mois et années à venir, je suis convaincu qu’il nous faut un homme capable de dire non de façon ferme et définitive. Je crois que l’ancien Premier ministre a cette capacité.

Alors, me direz-vous, pourquoi, à présent, Jean-Luc Mélenchon ? Pour diverses raisons, vous vous en doutez bien. Il semble évident, à l’heure actuelle que Eva Joly et Dominique de Villepin n’aient aucune chance de passer le premier tour de la présidentielle. Vous me direz, puisque vous savez que mon cœur et mon esprit sont à gauche, pourquoi ne pas choisir François Hollande dans ce cas ? La réponse est simple : Faisant parti d’un groupe politique tourné vers la sociale démocratie, acceptant les lois du marché telles qu’on nous les impose de plus en plus violemment, il m’est impossible de le soutenir dès le premier tour. Evidemment, si au deuxième tour, il se retrouve en face de Nicolas Sarkozy ou sa « demi sœur » Marine le Pen, je voterai pour lui pour écarter ces deux dangers majeurs. Mais ce sera sans joie, sans espérance, sans conviction non plus…

Revenons-en à Jean-Luc Mélenchon. Ceci, en exposant d’abord ce qui me gêne et ce qui m’a déplu.

Au risque de choquer certains parmi vous, l’alliance avec le parti Communiste n’est vraiment pas ma tasse de thé. Né avec la génération tout de suite après guerre (5 ans après), suivant de près la politique dès que mon cerveau m’a permis de le faire, je ne peux oublier ce qui s’est passé en URSS, en Chine et dans tant d’autres pays soumis à ce régime dictatorial. Bien sûr, je ne mélange pas nos dirigeants communistes, par exemple Georges Marchais, aves Staline et Brejnev. Mais ils ont eu le tort de ne pas dénoncer les horreurs de ces régimes là, et cela m’est resté franchement en travers de la gorge… Bien sûr, la faiblesse de ce parti, aujourd’hui, est rassurant et garanti que la démocratie ne sera pas remise en cause.

Ce qui est très mal passé également, chez moi, c’est l’attitude répétée de Jean-Luc Mélenchon face à nombre de journalistes. Je sais bien que certains sont agaçants, d’autres sont aveugles face à Sarkozy, voire très complaisants et même si c’est sur ordre de leurs patrons, c’est pénible à supporter. Je crois cependant, que si l’on est candidat à une élection aussi importante que la présidentielle, il serait bon de se maîtriser un peu mieux que cela…

Vous vous doutez que le plateau « positif » de la balance est plus lourd que le « négatif » que je viens de dessiner.

Tout d’abord, comment ne pas le reconnaître, en tant que « candidat du peuple », il fait nettement plus sérieux que le très comique auto proclamé « candidat du peuple », Sarkozy ! Celui-là, aimerait bien qu’on oublie sa qualité première de « Président des riches ».

Pour être franc, même si, il faut l’avouer, par « miracle », Jean-Luc Mélenchon était élu, je ne me ferais guère d’illusions sur la réussite de son programme. D’une part, depuis des décennies, aucun candidat, une fois élu, n’a respecté les promesses qu’il a faites au peuple, promesses souvent très nombreuses. Jean-Luc Mélenchon serait-il différent ? Difficile à dire, aujourd’hui. S’il l’était, nul doute que le monde financier, surpuissant actuellement, ferait tout pour le liquider, sous une forme ou une autre.

Ce que j’aime, chez cet homme, c’est sa radicalité. Je ne doute plus qu’elle est nécessaire aujourd’hui, lorsqu’on voit à quel point les financiers, banquiers et autres magouilleurs, y compris politiciens, ont pris le pouvoir un peu partout. Comment en douter lorsqu’on voit à quel point et à quelle vitesse ils détruisent tout ce qui est service public ; lorsqu’on voit la haine qu’ils éprouvent pour tout ce qui est ou ressemble à de vraies politiques sociales, ce qui revient à dire à quel point leur haine des peuples est sans limite.

La radicalité n’est pas automatiquement synonyme de violence. Elle peut y aboutir, c’est vrai. Mais il faut de la radicalité pour combattre la radicalité du monde de la finance et de ses laquais politiques. Comme on le voit en Grèce, il s’agit désormais de la survie des peuples !

J’aime aussi son côté « grand orateur » qui décline clairement ses propositions, ses idées, ses objectifs. Il n’y a pas d’autre exemple, à ce niveau-là, parmi ses concurrents. De ce fait, il est nettement plus convaincant qu’un Sarko plus hypocrite que jamais ou qu’un Hollande qui ne compte absolument pas sortir du système et qui ne cherche qu’à poser quelques cataplasmes là où ça fait mal.

C’est la raison essentielle qui m’a éloigné de Français Hollande. Il n’y aura aucun progrès, aucune espérance, sans une remise en cause fondamentale du système qui écrase le monde d’aujourd’hui. Parmi les candidats, il n’y a que Mélenchon, Dupont-Aignan et Marine le Pen qui prônent un tel changement. Mais je l’ai déjà dit, la candidate du Front National représente tout ce que je honnis, tout ce qui me fait honte d’être Français lorsqu’elle ou Claude Guéant parlent. Le racisme, qu’il soit violent ou « soft » est le sommet de la bêtise humaine, il est la mort de l’esprit et de toute espérance !

Je dois avouer, compte tenu des ses grandes qualités d’orateur, je dirais presque de « tribun » de gauche, que j’adorerai assister à un débat Mélenchon-Sarkozy ! Tous les trucages, mensonges, hypocrisies de ce dernier éclateraient à la face des téléspectateurs ! Mais en raison de ce risque très réel, je ne crois pas que nous pourrons assister à un tel débat. Du côté de l’Elysée et de l’UMP, s’ils ont la politesse minimale de répondre, ils nous sortirons quelque chose du genre : « Mélenchon n’est qu’un petit candidat sans intérêt pour la course à l’Elysée »…

Evidemment, concernant la politique économique du candidat Mélenchon, tous les experts ou presque, crieront au loup ou au mur inévitable. A mon sens, ces « experts » sont et restent enfermés dans les dogmes du libéralisme, néo ou ultra. Ils se sont enfermés, peut-être avec délectation, dans ces théories fumeuses qui mènent le monde à la catastrophe. A partir de là, et tout à fait sincèrement, comment imagineraient-ils que d’autres solutions existent, celles, par exemple, que propose Mélenchon ? C’est tout de même très amusant et choquant à la fois, qu’on ne les entend guère s’exprimer sur le cas de l’Islande, nos « chers » experts…! Et c’est très significatif sur l’état d’esprit qui est leur… Je crains que ces personnages, si souvent interrogés par les chaînes de télévisions ne soient partisans de l’idiote « fin de l’histoire », ce miroir aux alouettes qu’on voudrait nous imposer et qui arrangerait tant les casseurs de civilisations que sont les financiers d’aujourd’hui.

Bref retour sur l’utilité de voter

J’irai donc certainement voter au premier tour en choisissant Jean-Luc Mélenchon. Ce sera moins évident au deuxième tour puisque tout dépendra quels seront les concurrents.

Fervent partisans des élections, il y a encore une dizaine d’année, je fais partie, désormais, des grands sceptiques. Nous avons trop été trompés, trop manipulés depuis longtemps. Nous croyons encore au rôle démocratique d’un vote, alors qu’il ne l’est plus qu’en apparence (voir l’article de Patrick Mignard).

Voter, aujourd’hui, si l’on est conscient de la duperie que sont devenues les élections, revient juste à éliminer le plus gourmand, le plus menteur, le plus tricheur, le plus odieux des candidats. Mais ce n’est plus un choix d’avenir, une espérance. C’est choisir, en fait, « le moins pire »… C’est juste éliminer le personnage que l’on ressent ou sait le plus nocif pour le pays et notre peuple si l’on a encore le goût de se déplacer pour cette inutilité notoire…

Paris, le 28 février 2012

 

Publié dans Réflexions

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Rém* 02/03/2012 17:26

Bien d'accord avec cette prise de position et cette analyse, à une chose près : JAMAIS je ne voterai pour Hollande (c'est bonnet rose et blanc bonnet, au cas probable de Sarko au 2°tour)...
Je précise que je ne suis pas "encarté" non plus, depuis des erreurs de jeunesse pré- et post- "soixante-huitardes", et que je partage souvent l'analyse d'Anne W.
Et puis SURTOUT, je sais bien que ces présidentielles ne sont qu'un jeu de guignols "démocratique" : son SEUL mérite est d'être l'occasion publique d'affronter des idées, un peu, malgré tous les
non-dits de la cuisine politicienne... Après, ce qui va compter pour de vrai, c'est le "3° tour social"... si le peuple français le veut, comme et après le peuple grec, etc.

jdor 02/03/2012 17:44



Je comprends que Hollande ne vous attire pas. Cependant, à mes yeux, il faut évacuer Sarkosy (mais aussi Le Pen), c'est une priorité. Pas d'illusions si Hollande est élu, mais au moins le parti
des plus riches ne sera plus là pour nous plonger dans le dégoût, quotidiennement...


Quant au troisième tour social, je n'y crois pas vraiment ; il n'arrivera qu'au moment où la misère, le nombre de ses victimes, atteindra un seuil critique. Mais quel est ce seuil ? Je
l'ignore...


Merci pour votre commentaire



Anne W 02/03/2012 09:54

Je suis tout à fait d'accord et je trouve ce texte tout à fait pertinent : chasser Sarkozy, barrer la route au FN.
En ayant bien conscience qu'il s'agit seulement d'espace à se ménager pour construire les tissus de solidarité et l'économie parallèle qui seuls peuvent permettre le changement. C'est seulement en
cessant d'être dépendants des produits de l'économie du Marché qu'un réel changement peut se mettre en place. Et cela ne peut se faire que si d'autres modes de production,d'échanges et
d'(auto)gestion sont mis en place.
Or tout un ensemble de lois, de règlements, d'interdits se multiplient pour empêcher le développement de cette économie alternative. Un exemple (entre 1000)... l'interdit sur la production des
semences par les agriculteurs... l'histoire du Codex Alimentaire est exemplaire de ces restrictions de libertés, mais pas seulement.
C'est un véritable processus d'expropriation, qui fait partie de la machine de capture... financière mais aussi du territoire, voir ontologique (le tout marchandisable) qui sont à l’œuvre.
Vu de Belgique, les similitudes montrent que ce mécanisme échappe à présent au pouvoir des politiques nationales.
Ceci dit pour diverses raisons, ses propres paroles dans différents contextes, des points de programmes fort peu évoqués, je ne crois pas à la sincérité du candidat Mélenchon... les programmes
politiques sont des produits de marketing, basés sur des études de marchés et concoctés pour toucher le plus vaste créneau (nombres d'électeurs)possible. Un exemple de discordance :
"Si la gauche ce n'est pas la retraite à 60 ans, l'augmentation des petits salaires et plus de démocratie, c'est quoi au juste?"
Mélenchon dans une intervew à l'AFP... j'en ai péché pas mal d'autres comme cela, mais celle-là est exemplaire des vraies limites de sa conception d'un projet de """gauche""", Hollande...soit,
malléable pour le pire et le mieux ???
Et si je me permets d'intervenir c'est que je vois venir une nouvelle vague de misère avec les souffrances qui l'accompagne et que j'ai l'intime conviction que ce n'est qu'en se retroussant les
manches au quotidien pour construire concrètement dès maintenant qu'il sera possible d'atténuer le choc. La campagne électorale est un leurre, un divertissement,qui consomme beaucoup d'énergie et
sème beaucoup (trop) de division.
Et retour au point de départ... ni Sarkozy, ni le FN, les plus liberticides des candidats.

jdor 02/03/2012 10:01



Je n'ai pas grand-chose à ajouter, tant je vous rejoins. Je ne sais comment, mais il nous faudra bien contourner les lois de blocage de l'économie alternative, je ne suis pas économiste. Et, vous
l'avez vu, je reste très prudent quant aux chances que le programme de Mélenchon change quoi que ce soit au cas où par miracle il serait élu.


Je vous rejoins également, sur la misère qui approche. J'aimerais tant dire le contraire, mais la lucidité m'en empêche...


Merci pour vos commentaires et bonne journée à vous !



Anne W 02/03/2012 08:48

Je vous cite
La désobéissance civile, la construction de nouvelles utopies au quotidien, la mise en place d’une économie parallèle et solidaire sont des pistes à creuser au plus vite ; elles offrent sans doute
plus de perspectives que la démolition des vitrines de banque ou l’incendie des bureaux de grandes compagnies…
Et ajoute : et que l'illusion d'une révolution par les urnes

jdor 02/03/2012 08:54



Ce n'est pas moi qui ai écrit ces mots, c'est Patrick Mignard. Ils ne sont pas contradictoires avec ce que j'ai écrit moi-même, hier... La "révolution par les urnes", je n'y crois plus,
cependant, il faut chasser Sarkozy !



Nathalie 01/03/2012 21:44

Quelle philosophie!Ne baissez jamais les bras! Nous avons besoin dans ce pays de gens comme vous!
Amitiés.

jdor 01/03/2012 21:47



Merci à vous, merci de votre soutien


Amitiés



Nathalie 01/03/2012 21:20

Mais ce sera déjà ça! Et puis il faut compter sur le "bouche à oreille". En tout cas grâce à des personnes comme vous le monde bougera toujours un peu!
Continuez à vous exprimer aussi librement!

jdor 01/03/2012 21:23



Parfois, le doute me traverse, ce qui n'empêche pas de continuer. Mais il faut être lucide, face à l'immensité des problèmes, individuellement, nous sommes terriblement démunis... Reste, que pour
mériter le nom de citoyens ou d'hommes, dans le sens d'humains, nous devons tout faire, même ce qui semble inutile...