Présidentielles 2012 : Le grand dilemme…

Publié le par jdor

Sarkozy remonte dans les sondages. Pour nous, ses opposants farouches, c’est dur à vivre, mais on ne peut pas parler de surprise. Nombre de citoyens croient encore qu’il n’est pas entré en campagne… De quoi sourire… Le bonhomme a plus d’un tour (pourri) dans son sac…

En écoutant le Grand journal, un soir de la semaine dernière, j’apprenais comment Sarkozy fonctionne pour remonter une pente quelque peu abrupte. Il fait faire des sondages en douce, (devinez qui les paye ?) pour, ensuite, en fonction des résultats, faire les poubelles. C’est que certains de ses électeurs de 2007 lorgnent du côté de Miss Front Nationale, et il s’agit de les récupérer. Comme ce serait un peu trop choquant, pour l’instant, que l’UMP fasse alliance officielle avec le FN, il est plus simple d’utiliser les idées-ordures qu’on trouve dans les dites poubelles ou dans les caniveaux nauséabonds de la République. Cela ne manque pas d’idées répugnantes, un extrémiste de droite. Il y a de quoi piocher large pour un individu sans scrupules qui veut rester, à tous prix, dans son logement élyséen au mois de mai 2012…

Il ne faut pas chercher ailleurs, évidemment, les discours sur « les tricheurs-voleurs » de la sécurité sociale ; il ne faut pas chercher ailleurs l’obsession sécuritaire et la surveillance de plus en plus étroite de la population française ; il ne faut pas chercher ailleurs que dans ces poubelles, sa volonté d’imposer le Travail obligatoire aux victimes du chômage. Si puante qu’elle soit, cette source d’inspiration semble bien fonctionner, les petits sondages privés étant sans doute un peu plus précis que les autres, ceux qui sont destinés à la manipulation d’une population supposée naïve et stupide.

En raclant les fonds de poubelle, on ramasse forcément les déchets, ce qu’il peut y avoir de pire dans la mentalité de certains citoyens. Il est heureux, à mon sens, que nous ne soyons pas à une époque d’occupation du territoire par une force étrangère fasciste, car j’ai bien peur que l’esprit de collaboration reviendrait au galop chez certains. En effet, peut-on, si l’on est civilisé, considérer que les malades sont des tricheurs ou des voleurs ? Peut-on, dans un pays supposé développé au plan de la mentalité et des connaissances, considérer que les chômeurs sont d’indécrottables paresseux qui ne veulent surtout pas travailler ? Peut-on, lorsqu’on a le sens de la dignité humaine, les obliger, eux qui sont des victimes, à travailler, dans une société dont les dirigeants s’en foutent qu’il y ait ou non du travail, du moment que le triple A, nouveau Veau d’Or, est préservé ? Non, non et encore non ! Or, il semblerait bien qu’une partie, au moins, de ceux qui viennent, dans les sondages, de se reporter sur Nicolas Sarkozy, porte ces idées. C’est gluant, comme mentalité ! Ce qui me fait penser que, décidément, notre pays est bien malade et que son état s’est considérablement aggravé depuis l’arrivée de Sarko à l’Elysée…

Alors, Sarko en « père protecteur » des citoyens, comme le présente La Pravda-Figaro ? Gardez-moi d’une telle calamité !

Et du côté de la gauche PS ?

On sait et, franchement, comment l’ignorer, que le Président des riches est aussi le Président choisi par le monde de la finance car pour préserver le « précieux » triple A, ce dernier cédera sur toutes leurs demandes et ce d’autant plus facilement que cela ne touchera que la part modeste et la part pauvre du pays. C’est une véritable caresse dans le sens du poil du monde de loups spéculateurs.

Le hic, le grand hic, c’est que rien ne laisse espérer que François Hollande agira autrement. On vient de le voir de la façon la plus cruelle par son soutien à Areva, mais aussi par sa volonté de faire une politique de rigueur. Vous voyez une différence avec Sarko ? Moi pas… Tout au plus, parti comme c’est, nous aurons une gauche-droite « soft » après la droite extrême « hard ». Mais sur le fond, cela ne changera pas grand-chose pour les citoyens, surtout les plus faibles, les plus attaqués sur le plan social et ceci au quotidien. Il est impossible d’espérer un changement de notre vie si l’élu de premier plan n’a aucune intention de s’en prendre au système dominant, au système qui, aujourd’hui, affame les peuples de la terre.

Si Hollande et les siens sont incapables de réaliser une véritable et puissante rupture avec les politiques liées aux intérêts des spéculateurs, je ne vois pas, pour ma part, pourquoi je voterais pour lui. De plus, la hargne de certains socialistes contre Eva Joly ne pourra que laisser des traces. Cette « subite » haine contre l’une des rares personnes « non professionnelle » engagée en politique, l’une des rares à porter ses convictions plutôt que les intérêts partisans de son parti politique, montre encore une fois qu’il sera très difficile d’avoir confiance en ce PS qui, non seulement n’est plus rose, mais n’est même plus légèrement rosé…

Il ne suffit pas de vouloir éliminer Sarkozy, ce que nous sommes encore une majorité à vouloir, mais encore, faut-il vouloir changer le système pour que ce remplacement soit utile au pays.

Le grand dilemme

Dans ces conditions, il n’est pas exclu qu’au deuxième tour de la prochaine présidentielle, nous nous retrouvions avec un duel Sarko/le Pen. Alors, que faire ?

Déjà, il faut sérieusement s’accrocher pour croire que notre voix sert à quelque chose dans une élection. A vrai dire, telles que les élections se passent depuis pas mal de temps, elles servent uniquement à assurer des sièges aux candidats qui se présentent. C’est tout de même un peu court, en terme de démocratie… Que penser de la valeur d’une élection, lorsqu’on regarde l’exemple espagnol de dimanche dernier ? Certes, il y a eu un chiffre très important d’absentions, ce qui montre qu’une part de ce peuple a compris le vide de sens d’une telle opération. Mais tout de même, voilà un peuple qu’on disait écoeuré par la rigueur, raison pour laquelle la gauche était sanctionnée, mais qui dans une majorité choisit encore plus de rigueur avec le retour de la droite ! Vous y trouvez un sens ? Moi pas… Ce type de vote tourne au franc ridicule.

Par conséquent, si nous avons encore des illusions quant à l’utilité de notre bulletin de vote, si nous croyons encore que voter est un devoir parce que dans certains pays des êtres meurent pour obtenir ce droit, que faire de ce dilemme que constitue un choix entre Sarkozy et Marine le Pen ?

Me concernant, dans ce cas précis, au risque de choquer mes lecteurs, vous tous qui me suivez, je peux, d’ores et déjà affirmer que je ne me déplacerai pas. En effet, à quoi rime de choisir entre le cancer et…le cancer ? Déjà, en 2002, je m’étais résolu à voter pour Chirac, mais c’était avec une pincette dans l’âme que j’ai tenu mon bulletin. Or, il faut bien se rendre à l’évidence, Chirac était un grand démocrate si on le compare à Sarkozy.

A mes yeux, vous l’aurez compris, je ne fais pas de différence fondamentale entre Marine le Pen et Nicolas Sarkozy. Ils sont tous les deux aussi néfastes pour la population et notre pays. L’un nous vend au monde de la finance et l’autre nous ramènera à un nationalisme éculé et si souvent meurtrier totalement trempé dans la xénophobie. Je ne vois pas l’épaisseur d’un papier à cigarette entre leurs deux mentalités, quand bien, en apparence, leurs programmes sont différents. Hier soir, sur Canal+, on pouvait, en écoutant Arno Klarsfeld, comprendre que la « préférence française » était déjà en œuvre. C’est un exemple entre tant d’autres…

Je le répète, à quoi bon choisir entre le cancer et…le cancer au cas où ces deux-là se retrouveraient face à face au second tour de la présidentielle ? Qu’on me démontre, preuve à l’appui, que Sarko a une politique plus respectueuse de l’humain et je changerai peut-être d’opinion. Il faut qu’on cesse de se foutre de notre gueule ! Sarko, en moins de cinq ans, a détruit l’image de la France qui était la mienne, il nous a ridiculisé et rendu dépendant à la fois de l’Amérique et de l’Allemagne. Il détruit la cohésion sociale et se moque parfaitement du peuple ! Se déranger pour ça ? Et quoi encore ! Je ne veux, en aucun cas, être complice de la pérennisation du pouvoir de Sarkozy ou de l’installation de Marine le Pen. Et, dans ce cas, la seule possibilité, est de ne voter ni pour l’un ni pour l’autre. De toute façon, celui ou celle qui, dans ce cas-là, sortira des urnes, se chargera de finir d’achever la France et les Français.

Par contre, si le Pen est évacuée, je voterai pour n’importe quel autre candidat présent au deuxième tour dans l’espoir d’éliminer Sarkozy et son clan, même si cela doit être sans enthousiasme ni espérance et en dépit du fait que je ne crois plus du tout en l’utilité d’une élection dans la société d’aujourd’hui, sachant que les véritables décisions se font à la corbeille des Bourses et dans les agences de notation.

La lutte doit se porter sur d’autres moyens qu’un vote. Peut-être par des révoltes qui, à mon sens, sont de plus en plus inévitables tant la droite écrase les citoyens. Peut-être par de vraies grèves, comme on en a connues en 1936 et en 1968. Il faudra du courage, le sens du sacrifice compte tenu de la perte de salaire, mais croire que l’on changera le système sans la moindre souffrance, serait parfaitement illusoire.

Jean Dornac
Paris, le 24 novembre 2011

Publié dans Réflexions

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