Qu'en est-il de la démocratie…

Publié le par jdor

Par Jean Dornac

Lorsqu’on est observateur de la vie de son pays, mais également de quelques autres, que de plus, on a quelques notions d’histoire, comment ne pas se poser la question de la démocratie, de sa réalité dans son propre pays ? Partout ou presque, on utilise ce mot comme un blanc-seing magique qui est sensé ouvrir toutes les portes, à tout et à n’importe quoi.

Le problème, c’est que bien des dirigeants du monde, mais en particulier du monde occidental, s’affublent de ce mot de « démocratie », mais on ne peut s’empêcher de se demander s’ils savent vraiment ce que ça signifie. Au nom de ce mot, les « démocraties occidentales » ont livré beaucoup de guerres, ces dernières soixante années. Au nom de ce mot, on en a renversé des régimes et tués d’autres dirigeants, sous le seul prétexte, il est vrai toujours caché, qu’ils s’opposaient à la voracité des investisseurs occidentaux ou des intérêts des pays occidentaux. Il faut qu’il ait la foi chevillée au corps, « la foi du charbonnier », celui qui croit encore que nos pays sont d’excellentes démocraties.

Certes, en apparence, nous vivons, en France, dans une démocratie. On peut le penser dans la mesure où l’on ne nous jette pas en prison dès que nous nous opposons ouvertement au pouvoir en place. On peut le penser aussi, parce que les militaires restent dans leurs casernes hors le moment des défilés. Mais est-ce suffisant pour avoir la prétention de dire qu’on vit dans une démocratie ? N’est-ce pas un paravent commode, ces « permissions » de s’opposer ? N’est-ce pas une chose acceptable pour les tenants du pouvoir, sachant que si nous allons un peu plus loin dans l’opposition, la police et la « Justice » se chargeront de nous remettre dans le rang ?

Le fait qu’on puisse s’exprimer librement, ne signifie pas que nous sommes en véritable démocratie. Le point le plus important reste que ceux qui sont au pouvoir respectent les citoyens et que la démocratie réelle les oblige à servir les citoyens ! Or, en France, le pouvoir ne sert plus le peuple, il sert les banques, les très grandes entreprises et les minorités les plus riches. C’est, à peu de choses près, un système proche de la royauté, banques choyées parce que pourvoyeuses de fonds pour les guerres des rois et leurs folies, et noblesse choyée, d’ailleurs inutilement, ces gens n’étant, le plus souvent, que des parasites.

Alors, peut-être, que l’alternance du pouvoir assure la réalité de notre démocratie ? Même pas, dans la mesure où, sauf exception que nous n’avons pas connue depuis fort longtemps, la gauche qui remplace la droite applique la même politique, en tout cas dans le domaine de l’économie totalement dédiée aux délires assassins du monde des financiers internationaux. Il y a fort à parier, l’an prochain, si Sarkozy est débarqué,  que nous ne verrons pas de réels changements dans le domaine social en faveur des plus pauvres ou de la classe moyenne. Cela parce que le droite comme la gauche, du moins celle qui se présente, se laisse dominer par les agences de notation et l’idéologie néolibérale, pour ne pas dire ultralibérale. La droite comme la gauche PS ont trompé le peuple français lorsqu’au Congrès convoqué par Sarkozy, ils ont trahi la volonté de la majorité de Français qui avait refusé le TCE. Cela fait plusieurs fois que je le rappelle dans mes articles, parce que c’est la marque même que nous sommes sortis d’une véritable démocratie. Ce fut un coup d’Etat venant de la droite, mais avec la complicité d’une large partie de la gauche.

Par ailleurs, comment peut-on sérieusement parler de démocratie lorsqu’on sait que pour être élu, il faut être soit soi-même très riche, soit que le parti le soit, soit enfin qu’on demande des « valises » aux peuples qui n’ont déjà rien ! Non, ça, ce n’est pas la démocratie !

Comment parler, encore, de démocratie réelle et vivante, lorsque le pouvoir politique de droite au pouvoir, détruit, année après année, l’école, ce lieu où seul la démocratie peut se construire si l’on y développe l’esprit critique des citoyens ? Mais parmi ceux qui nous gouvernent actuellement, qui a intérêt à ce que l’esprit critique des citoyens se développe ? Aucun d’entre eux !

Comment parler de démocratie, lorsque la télévision, vecteur essentiel de la culture et des informations, est dirigée, de fait, par le Président de la République au travers de ses nominations des Présidents des chaînes ? La télévision la plus proche du pouvoir, TF1, est la moins culturelle, c’est celle qui passe les émissions les plus débiles. Est-ce la marque d’une démocratie respectueuse des citoyens ? Certes non !

La démocratie réelle peut-elle exister vraiment lorsque nos politiciens sont soumis à la loi du marketing, ce système économique qui se soucie plus d’efficacité pour ceux qui le payent, plutôt que de vérité ? Comment avoir encore la moindre confiance en nos élus, notamment à droite, lorsque nous les voyons et entendons sur les plateaux de télévision venir avec leurs « éléments de langage », chose non seulement insultante pour ceux qui les écoutent, mais insultante également pour l’esprit de la démocratie qui suppose la liberté de parole de chaque élu.

Un pays où autant d’affaires se développent depuis plus d’un an, qui donne l’apparence d’être soumis comme jamais à la corruption, ne peut pas se réclamer d’appartenir à la démocratie. C’est se moquer d’elle.

Un pays où un pouvoir, sans passer par le Parlement, décide d’aller faire la guerre en Libye, comme un fait du roi, est-ce encore digne d’une démocratie ?

Alors, peut-être, l’Europe est-elle une véritable démocratie ? Pas plus. Où a-t-on vu qu’un ensemble de pays, formant une telle entité, puisse être dirigé par des individus non-élus ? Drôle de conception de la démocratie !

Et à propos de l’Europe, que doit-on penser quand les gouvernements, six sauf erreur, décident de supprimer l’aide financière nécessaire pour éviter que des millions de pauvres et d’exclus puissent simplement manger ? C’est ça, leur conception de la démocratie ?

Ces quelques exemples qu’il sera difficile de nier montrent que le pouvoir n’a qu’une piètre idée de ce que doit être une démocratie. Ou, peut-être, et je crains qu’il ne s’agisse de cela, il n’en a que faire ! Comme dans tout marketing, le fond ne compte pas, rien que la forme importe et tant mieux si le peuple ne s’en rend pas compte, c’est fait pour ça !

Lorsqu’un tel pouvoir qui n’est guère différent dans l’ensemble des pays occidentaux, veut imposer « la démocratie », du moins ce qu’il en comprend ou veut en faire apparaître, on va à la catastrophe. On a voulu imposer la démocratie en « pack », à l’image de n’importe quel produit de consommation courante, à l’Irak, voilà qu’il est saigné par les attentats. On a voulu imposer la démocratie en Libye, et voilà qu’on se dirige vers un pays soumis à la Charia, ce qui peut se bien passer, mais ne peut qu’inquiéter lorsqu’on sait quelques horreurs faites en son nom…

La démocratie ne se décrète pas, ne s’impose pas si elle ne veut pas se renier elle-même. Elle est ou non choisie par le peuple et non pas par les dirigeants et encore moins par des pays étrangers. C’est l’échec garanti et l’installation de la violence. Et vouloir l’imposer, surtout au non-dit des intérêts économiques, à mon sens, est un crime contre l’honnêteté, contre l’humain, car cela finit toujours dans le sang.

Que nos dirigeants ne s’étonnent pas de la montée, un peu partout dans le monde de ces jeunes qui veulent porter le nom « d’Indignés ». Les jeunes, sans doute plus que la majorité des personnes un peu plus âgées, sentent combien la tromperie des pouvoirs est énorme, combien ces pouvoirs nous trompent tout en utilisant le nom pompeux de démocratie. Sans doute, le temps des révoltes approche-t-il. Trop de citoyens ont la nausée face aux mensonges des pouvoirs politiques un peu partout à la surface de la terre.

On peut bien sûr se contenter de ce que l’on a comme démocratie. On peut la vivre en étant simplement heureux de consommer et consommer encore en ne regardant surtout pas le type, plus pauvre que pauvre, qui traîne au coin d’une rue, sur un matelas humide et sale… On peut accepter les malversations et les mensonges des pouvoirs. Après tout, lors de la dernière guerre, bien des Français fermaient les yeux sur Vichy et l’horreur des rafles contre les juifs. Oui, la nature humaine permet ce genre de lâcheté. Mais si l’on a conscience de l’importance d’une démocratie réelle et non pas de cette comédie infâme qu’on nous joue actuellement, alors, on ne peut que se lever, que résister sous la forme qui nous est donnée selon ce que nous sommes. Soyons au moins des témoins pour notre époque…

Jean Dornac
Paris, le 26 octobre 2011

Publié dans Réflexions

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Nathalie 26/10/2011 17:20


Je n'aurais qu'un seul mot à dire :excellent!
Et je rajoute qu'il faut nous unir pour ne pas laisser Sarkosy refaire un mandat ,car là nous serions sans espoir!
Merci de nous dire leur quatre vérités!
Essayons de croire encore à la vraie démocratie.....


jdor 26/10/2011 17:28



Merci pour votre réaction enthousiaste !! Il est évident qu'il faut espérer que Sarkzoy débarrasse le plancher ! Cependant, ce ne sera pas suffisant si Hollande continue, économiquement parlant,
la même politique...