Qu’est donc devenue la Politique ?

Publié le par jdor

Par Mlle RICHARDEAU Gaylor, le 19 Avril 2012

A quelques jours de l’élection présidentielle, il n’est pas inutile de se pencher sur la notion de la Politique et sur ce qu’elle est aujourd’hui devenue.

Avant de nous interroger sur ce qu’elle est devenue, voyons ce que l’étymologie du terme nous dit de sa définition.

Définition étymologique de la Politique (source Wikipédia). La Politique est une notion polysémique dans la mesure où elle peut revêtir trois sens :

* La politique au sens le plus large, Politikos, indique le cadre général d’une société organisée et développée

Premier enseignement : la Politique est le fait d’une société organisée et développée, ce qui l’oppose à l’anarchie ou absence d’organisation.

* Si l’on retient Politea, nous touchons à la constitution et donc à la structure et au fonctionnement d’un groupe social, d’une société, d’une communauté. La Politique porte ici sur des actions, l’équilibre, le développement interne ou externe de cette société, ses rapports internes et ses rapports à d’autres ensembles.

* Dans cette acception, la politique est donc ce qui a trait au collectif, à une somme d’individualités et /ou de multiplicités.

Second enseignement, la Politique est structures et règles à partir desquelles s’organisent des actions à destination du collectif social. Pointe ici la notion d’intérêt général, lequel ne saurait être la somme des intérêts particuliers.

* Dans une notion plus restreinte, la Politique au sens de Politikè, renvoie à la pratique du pouvoir et à tout ce que l’exercice de celui-ci implique.

Troisième enseignement, la Politique en ce qu’elle structure, organise et agit en direction du collectif est un pouvoir.

De ces trois sens tentons de trouver une définition générale de la Politique

Définition générale de la Politique

La Politique est le propre d’une société organisée. Son exercice s’effectue dans le cadre de structures et de règles, et son action est dirigée vers le collectif social, dont elle représente l’intérêt général. La Politique, en tant qu’action est donc un pouvoir.

La politique est née avec l’organisation des hommes en société, pour permettre le vivre ensemble. La politique est par principe opposée à la loi du plus fort.

Au sens premier du terme, l’exercice de la Politique est un noble art, qui préside au bon fonctionnement d’une société en n’ayant pour finalité que l’intérêt général. Là où le bât blesse, est que la Politique est le fait des hommes pour les hommes. Or Locke ne disait-il pas « l’homme est un loup pour l’homme » ?

L’Homme, cet animal politique

Dès lors que l’humain intervient, on prend le risque du meilleur comme du pire, car n’oublions pas que la Politique est aussi un pouvoir. Dès lors, toutes les déviances sont possibles.

Les sociétés contemporaines développées ont fait le choix de la représentation. (Nous nous limiterons à la France pour la suite de ce billet.)

Si nous relisons Machiavel, nous comprenons que le peuple souverain délègue au Prince les attributs de la souveraineté afin de garantir sa sécurité intérieure et extérieure. Cette théorie explique les systèmes féodaux et monarchique, où la Politique était le fait d’un homme. De la nature de l’homme dépendait le bon ou mauvais exercice de la Politique pour le peuple. Certains Rois furent rendus célèbres par leurs diktats, d’autres pas leurs bontés.

La Révolution Française de 1789 avec l’abolition de la Monarchie et la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen a bouleversé la manière de concevoir et d’exercer la politique.

Naissait alors le système dit de la démocratie (Système déjà en vigueur sous la Grèce Antique), ce qui signifie, le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple. La notion d’intérêt général reprenait dès lors tout son sens. La réalité rendait mal aisée l’exercice d’une démocratie directe (qui subsiste néanmoins par le biais du référendum populaire), et l’idée d’une démocratie indirecte s’est imposée. Le peuple délègue ainsi à des représentants élus le pouvoir d’agir en son nom, pour lui.

L’élection est le pendant de la démocratie indirecte.

Les représentants de la nation, sont donc élus, comme est élu aujourd’hui le Président de La République (jadis le Président pouvait être choisi par le Parlement). En théorie donc, la Politique est exercée par des représentants élus, sur délégation de souveraineté populaire et avec pour feuille de route l’intérêt général. Qui y a-t-il donc de plus noble que cet art qui permet à l’Homme d’agir pour l’Homme dans l’intérêt du bien de l’Homme ? Pourquoi dès lors, la Politique a-t-elle aujourd’hui perdu cette noblesse d’âme ? Pourquoi nos contemporains ont-ils perdu foi en la Politique ? Comment expliquer des taux d’abstention de plus en plus élevés ?

Tentons modestement quelques pistes d’explication…

Profession : Politique

La Politique qui se voulait un art, est devenue une profession. Or la Politique n’est pas un métier, ce sont des convictions et un projet pour un pays. On fait désormais carrière en Politique comme on fait carrière dans la Magistrature, le Professorat ou toute autre profession. Dès lors que la Politique est devenue profession, et les politiques des professionnels, la Politique a perdu une part de son âme. Les partis politiques sont devenus des entreprises au sein desquelles le salarié entend faire carrière.

Car qui dit carrière dit avancement, qui dit avancement dit promotion, qui dit promotion, dit salaire, qui dit salaire dit cumul des mandats, qui dit tout cela dit occultation de l’intérêt général. Un professionnel ne peut travailler que pour lui-même et uniquement dans son intérêt ou dans celui du parti qui le sponsorise. La professionnalisation de la Politique a amené à substituer des intérêts particuliers à l’intérêt général. Elle a aussi conduit à l’absence de renouvellement des hommes politiques, puisque faire carrière implique de ne pas laisser sa place.

Dès lors, comment les Français peuvent-ils se reconnaître en ces Politiques indécrottables et vieillissants ? C’est en ce sens qu’il me paraît juste de militer pour le non cumul des mandats et la limitation du temps de vie d’un politique à un même poste.

Le Politique : un homme à part

L’un des écueils qui peut par ailleurs expliquer le désintérêt des Français est à mon sens à chercher du côté de la représentativité. Observons pour cela la composition du cénacle politique actuelle et rapportons-là à la population française. Le résultat est sans appel, l’homme politique est réellement un homme à part qui tend de plus en plus à ne représenter que lui-même.

Sur les quelques 36 000 communes que compte notre pays, et nonobstant la loi du 31 Janvier imposant la stricte alternance hommes–femmes dans la constitution des listes électorales de plus de 3500 habitants, le pourcentage de femmes maires n’est que de 13,9% en 2008 ! Ceci alors que les femmes représentent 51,4% de la population (au 1er Janvier 2006).

Au sein de l’Assemblée Nationale et du Sénat, elles sont respectivement, au 31 Décembre 2011, 18,9% et 22,2%, ce qui situe la France au 69ème rang mondial, juste derrière le Tadjikistan !

En France, une seule femme est parvenue au sommet de l’Etat comme Premier Ministre, Mme CRESSON Edith, pour d’ailleurs y subir les quolibets et préjugés les plus machistes ! Son mandat aura été de très courte durée, du 15 mai 1991 au 2 Avril 1992. La femme politique est sous représentée en France.

Sont également sous représentées, voire pas représentées du tout, les populations originaires de l’immigration, alors que notre pays est aujourd’hui riches de toutes ces cultures différentes. A mon sens, et mes propos n’engagent que moi, donner le droit de vote aux étrangers dûment installés sur le sol Français, permettrait peut être de changer la donne.

Que dire encore de la sous-représentation des jeunes lorsque l’on observe que la moyenne d’âge en politique est de 63,5 ans au Sénat et de 56 ans pour l’Assemblée Nationale (chiffres de 2010) pour une moyenne d’âge française de 40,4 ans !

Sans mettre en question la vivacité d’esprit de nos représentants, on peut néanmoins s’interroger sur leurs facultés à l’innovation et à l’émergence d’idées nouvelles notamment en économie.

Si les professions libérales sont très largement représentées au sein de nos institutions, en revanche, le monde agricole, ouvrier, employé est réduit à portion congrue.

En résumé, tout se passe comme si les politiques se reproduisaient voire se clonaient entre eux.

Comment le Français moyen, peut-il de ce fait se sentir l’égal de son représentant ? Et l’on se désintéresse souvent de ce qui ne nous ressemble pas ! Personnellement, je ne suis pas partisane des quotas ou de la discrimination positive. Je préférerais de beaucoup un changement dans les préjugés erronés des Français et une évolution naturelle des choses. Naïve me direz-vous, utopiste vous répondrai-je…

Les politiques sur le banc des accusés

Ces dernières années ont vu naître un grand nombre de scandales, pénalement répréhensibles dans lesquels étaient impliqués des politiques. Pas un jour ne se passe sans que ne sorte une affaire de financement illicite, d’abus de pouvoir, de valises suspectes, voire même de faits de nature sexuelle.

Comment un politique mis au banc des accusés ne peut-il pas nuire à la Politique dans son ensemble. Plus qu’un autre, et parce qu’il a entre ses mains le destin d’une nation, un politique se doit d’être irréprochable ! Trop de faits nous ont démontré et démontrent aujourd’hui encore le contraire !

Arrêtons-nous un instant sur ces politiques devenus justiciables… Sommes-nous sûrs qu’il leur est fait application de la même Justice qui frappe le quidam Landa ? Mon expérience professionnelle me permet malheureusement d’en douter. Rien n’autorise ni ne légitime que les politiques puissent jouir de passe droit.

J’en profite pour évoquer ici, la question de la responsabilité pénale du Président de La République, question qui mériterait une réforme urgente et sur laquelle j’ai rédigé une petite réflexion sur mon blog.

La peopolitique

Ce que j’appelle la peopolitique, c’est ce mélange des genres entre les politiques et les peoples (personnes n’ayant rien à dire si ce n’est à se montrer). J’y vois un facteur majeur de la dé-crédibilisation des politiques et de ce fait de la Politique.

Quand Michel ROCARD accepte de répondre à la question de ARDISSON « est-ce que sucer c’est tromper » dans une émission de divertissement, ou quant JOSPIN chantonne chez SEBASTIEN, les « Feuilles mortes », c’est l’art politique qui trépasse et le strass qui passe !

A mon sens, un homme politique n’a rien à faire dans une émission autre que politique. Comme les Français n’ont pas à connaître et se passionner pour leurs vies privées ! On n’attend des politiques de la gestion et de l’action, point de l’émotion ni de la distraction !

Quant au rôle des émissions telles que le bebête show ou les guignols de l’info, je suis plus partagée quant à leur impact sur la dé-crédibilisation de la Politique. Néanmoins, si elles ont véhiculé ou véhiculent encore une sorte de vérité politique, la dérision et la moquerie constituent leurs fonds de commerce. En ce sens, la Politique n’en sort pas grandie…

La perte du pouvoir de politiques

Nombre de nos concitoyens ont conscience qu’aujourd’hui la Politique ne se conçoit plus à un niveau national mais européen voire mondial. La souveraineté française s’est diluée dans ses institutions dont les normes ont valeur supraconstitutionnelle.

Les dépenses publiques sont bridées par les taux imposés par Bruxelles, notre pays ne frappe plus monnaie, les politiques étrangères se dessinent à l’ONU, la sécurité extérieure à l’OTAN, … Cette perte de pouvoir (consentie) nuit très certainement à la Politique au sens premier du terme…

Comment conclure ce petit billet politique ? Sinon en rappelant combien la Politique exercée pour l’intérêt général est un art, que les politiques redeviennent des artistes. Que la Politique ne fasse plus peur ou dégoût, mais qu’elle fascine et intéresse.

« La politique est la science des exigences »

Lajos Kossuth

 

 

Publié dans Réflexions

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