Québec : Démocratie en danger ?

Publié le par jdor

Par Jean Dornac

A priori, je suis mal placé pour juger les événements qui se déroulent au Québec. Cependant, avec les yeux de l’amour pour un pays et son peuple, je peux percevoir bien des choses…

Ces derniers jours, la violence se déchaîne. Pourquoi et qui en est responsable ? Quels sont les risques pour la démocratie ? Je vais tenter de répondre à ces divers points.

Auparavant, je voudrais rappeler cette phrase très forte de Gandhi parlant du combat non-violent et de la réaction des pouvoirs confrontés à la non-violence : « D'abord ils vous ignorent, puis ils vous ridiculisent, ensuite ils vous combattent et, enfin, vous remportez la victoire. » Je pense qu’hormis le dernier point pour l’instant, amis étudiants québécois, vous pouvez reconnaître les agissements de Charest et de son gouvernement…

1) De quelles violences parlons-nous ?

A) Lisez ce témoignage qui en dit très long :
"J’ai besoin de partager ceci avec le plus grand nombre de personnes, par Diane Gendron, professeure de philosophie au cégep Maisonneuve, 25 avril 2012.
Je reviens du palais des congrès et je suis en état de choc.
J’ai fait quelques manifs et je n’ai jamais rien vu de tel. Je ne cherche pas à en « découdre avec les policiers », je ne vais jamais sur la ligne « de front ». Mais là, il n’y avait pas de ligne de front.
J’étais debout, tranquille, avec un petit groupe, pas top loin du groupe de profs de la CSN. Je n’ai rien vu venir, les anti-émeute nous ont foncé dessus de tous les côtés, avant de s’engouffrer dans le palais des congrès. Un passant, un homme dans la cinquantaine - même pas un manifestant ! - s’est fait casser la jambe d’un coup de matraque juste à côté de moi ! Je me demandais comment l’aider avec quelques autres quand ils ont lancé une bombe de gaz à côté de nous : plus capable de respirer, de voir, j’ai paniqué. Un collègue plus loin m’a vue et - un foulard sur le visage - est venu me tirer de là.
Ça, ce sont les 5 premières minutes. Je ne peux même pas vous raconter ce que j’ai vu pendant les 15 minutes que ça m’a pris pour tenter de m’éloigner de là. RIEN à voir avec ce qu’on raconte en ce moment sur Cyberpresse. Les autres jours, ce n’était pas angélique non plus : hier, un collègue qui manifestait en solidarité avec les étudiants s’est fait casser une côte.
Au moment où je vous écris, j’entends Charest rire à la radio. Et maintenant il dit « ça suffit ! Les manifestants doivent respecter le droit de chacun à circuler librement ! ». Je ne suis pas un adolescent impulsif, mais pourtant, si j’avais un pavé sous la main, en ce moment, je le lui lancerais en pleine face !

Charest est en train de mettre le feu. J’ai entendu des manifestants crier « Duplessis ! Au secours ! Viens nous libérer de Charest ! » Au secours, en effet !!
Peu importe votre position concernant les frais de scolarité, il faut s’unir pour condamner la dérive totalitaire de ce gouvernement irresponsable !!" http://www.vigile.net

B) Voir également cette courte vidéo sur les violences policières



2) Qui est responsable de la violence actuelle ?

Première violence : Il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas comprendre que le seul responsable est Charest, avec son gouvernement, notamment sa ministre de l’Education. Charest veut à tout prix, et contre la volonté des étudiants appuyés par leurs parents, imposer une forte et indécente hausse des tarifs scolaires. C’est la logique néolibérale qui tend à favoriser, toujours, la finance, dans ce cas, les instituts de prêts. Cette politique aveugle, si elle devait être appliquée, obligerait ces jeunes à subir des dettes, bien longtemps après la fin de leurs études, compromettant ainsi leur avenir ou celui de leurs parents. Et, bien sûr, peut-être aussi un cet autre dessein de ce pouvoir, cela empêcherait les plus modestes d’accéder aux études supérieures pour l’unique raison de l’argent manquant !

Deuxième violence : Le refus catégorique de négocier quoi que ce soit. On voit quelle absence tragique d’esprit démocratique anime ce pouvoir ! Il a tenté le « pourrissement » de la situation sans imaginer que les étudiants auraient une telle capacité de résistance à ce qui est un « diktat » ! Charest en est même arrivé à être odieux en se moquant ouvertement du mouvement et en excluant des négociations le syndicat d’étudiants le plus important, nommé « La Classe ». Vieille recette des pouvoirs pervers, tenter de diviser pour régner ! Lamentable ! Mais là encore, c’est l’échec, les deux autres syndicats d’étudiants étant solidaires de « la Classe »

Troisième violence : Ayant échoué dans la volonté d’ignorer ce mouvement, s’étant ridiculisé par ses moqueries, et ceci bien au-delà des frontières du Québec, à présent, parce que la défaite commence à se dessiner à l’horizon, Charest passe à la violence avec sa « garde prétorienne », la police. Nous en sommes à la troisième étape de ce que prédisait Gandhi…

3) Quelles sont les espérances du pouvoir ?

C’est un schéma classique de la part de tous les pouvoirs qui se prétendent faussement démocratiques. User de la violence policière signifie d’une part la faiblesse du pouvoir en question, cela il ne faut jamais l’oublier, seuls les faibles usent de violence, et d’autre part la tentative de démontrer, toujours faussement, que la violence vient des manifestants.

Il espère ainsi tromper, ce que les pouvoirs nomment « la majorité silencieuse ». Il faut dire que, trop souvent, ce calcul fonctionne. Dans sa perversité évidente, il est clair qu’il espère installer la peur chez tous ceux qui ne s’engagent jamais dans le moindre mouvement parce que ce n’est pas leur intérêt ou parce que tout simplement ils vivent de peur. La « majorité silencieuse » représente la réserve stratégique privilégiée des pouvoirs qui se sentent en danger. A partir de là, provoquer la violence, de la façon qu’on peut voir au Québec, voire en envoyant des casseurs parmi les manifestants, est l’une des méthodes courantes. Le peureux ne voit rien, ne comprend rien ; il ne saisit que la violence et appelle le pouvoir à son secours. Et c’est ainsi que les plus beaux mouvements s’effondrent.

Tant de provocations diverses émanant du pouvoir québécois, peut, au final, entraîner la violence chez certains manifestants. C’est humain et c’est la force d’un certain désespoir que le pouvoir veut provoquer chez eux. La nature humaine est telle qu’après des semaines d’humiliation, même des gens pacifiques finissent par être tentés de passer à la violence. Malheureusement, si certains se laissent aller à cette violence, l’échec de tout le mouvement sera évident et fatal. La force brutale, barbare, c’est le pouvoir qui la détient. Et si certains, dans l’autre camp veulent en user à leur tour, cette fois, ce sont les fondements de la démocratie qui seront en péril certain. Les pouvoirs de droite ou conservateurs néolibéraux n’attendent que cela. Partout, ils ont déjà fait voter des lois d’exception et n’attendent qu’une bonne occasion, un prétexte, pour en user et en abuser.

Là encore, il est utile de rappeler une autre phrase de Gandhi, cet expert magnifique de la lutte non-violente : « Il faut chercher à émousser complètement l’épée du tyran, non pas en la heurtant avec un acier mieux effilé, mais en trompant son attente de voir lui offrir une résistance physique ».

4) Pourquoi parler de non-violence urgente au Québec ?

Dans une lutte juste comme celle qui se déroule au Québec, il ne faut pas avoir peur de promouvoir la non-violence, celle des Gandhi, Martin Luther King ou encore Nelson Mandela. Cela peut faire sourire, cela peut paraître ringard, mais cette forme de lutte est la plus appropriée dans les pays que l’on dit encore démocratiques. Il est nécessaire que le peuple réalise et comprenne que la violence vient du pouvoir et seulement de lui. Alors, il finira par tomber. Mais il faut du vrai courage, celui de ne pas céder aux instincts violents et aux provocations de toutes natures ; il faut avoir la force de recevoir des coups sans les rendre ; il faut une patience à tout crin et surtout, surtout, il faut avoir et conserver la foi en la valeur réelle du combat que l’on mène.

Je sais l’impatience et les craintes de certains parents d’étudiants. Elles sont normales. Mais, si vous me permettez de le dire, ne cédez pas à ce que votre pouvoir attend de vous ! Il attend et espère votre haine contre lui. Relisez ou découvrez cette autre parole de Gandhi : « En opposant la haine à la haine, on ne fait que la répandre, en surface comme en profondeur ».

Le combat de vos jeunes est juste, essentiel, ne l’oubliez pas en dépit de vos craintes légitimes !

Je terminerai par deux nouvelles phrases de Gandhi qui démontrent combien le combat des étudiants est important et juste :
« Dès que quelqu’un comprend qu’il est contraire à sa dignité d’homme d’obéir à des lois injustes, aucune tyrannie ne peut l’asservir ». et
« Une loi doit avant tout être une loi juste. La politique moderne fait de la loi un fétiche simplement parce que c’est la loi ».

Nous sommes, au Québec, en plein dans ces divers cas… Résister à la volonté de violence du pouvoir en opposant un combat ferme mais non-violent, c’est aimer et protéger votre démocratie ! Comme l’a dit Jean Barbe, hier : « Quand un peuple est déchiré, c’est le temps de l’aimer plus que jamais. »
( Voir tout son texte : http://blogues.journaldemontreal.com/barbe/actualites/avant-quil-soit-trop-tard )

Paris, le 27 avril 2012

Publié dans Réflexions

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