Québec : L’opportunisme puant de Jean Charest

Publié le par jdor

« You can fool some of the people all of the time, and all of the people some of the time, but you can’t fool all of the people all of the time » (Abraham Lincoln)

auton2138-fa310par Richard Le Hir - Tribune libre de Vigile
mardi 19 juin 2012      

Il y a quelque chose d’absolument fascinant à observer la façon dont l’opinion est en train de se repolariser au Québec et la vitesse à laquelle cela se produit. Si certains, et non des moindres, affichent leur surprise devant le tour des événements, ce n’est certainement pas mon cas.

Comme je l’ai dit et redit à plusieurs reprises, ce retournement était prévisible depuis au moins janvier 2010, et c’est même son imminence qui m’a amené à refaire surface dans le débat public. Parce que j’ai alors tout de suite vu quel levier extraordinaire pouvait constituer Vigile pour un féru d’analyse politique comme je le suis ; j’ai décidé de m’y investir à fond, y publiant pas loin de 350 articles en un peu plus de deux ans.

Les événements survenus depuis n’ont fait que confirmer la justesse de mes intuitions pour ce qui est de l’évolution de la situation, et de mon choix pour ce qui est du meilleur véhicule de communication. Le Québec est aujourd’hui à l’aube de grands changements, et Vigile gagne chaque jour en rayonnement et en influence, au point d’être devenu une référence obligée pour les leaders d’opinion, comme Bernard Frappier et moi avons eu la surprise de l’entendre de la bouche même de notre poursuivant dans l’affaire Chiara c. Vigile, Frappier et Le Hir.

D’ailleurs, s’il pouvait nous rester quelques doutes à ce sujet, la très généreuse contribution de 20 000 $ que Vigile a reçue d’un contributeur anonyme au début du mois dernier les aura complètement dissipés.

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Mais pour en revenir à la situation actuelle, la grève des étudiants qui en est le symbole n’en aura été que le détonateur. Les griefs de la population envers le gouvernement Charest sont tout aussi nombreux que profonds, comme en témoigne la liste des « plus de 80 aberrations, scandales, tromperies et mensonges » compilés sur le site http://liberaux.net/.

C’est dans ce contexte extrêmement chargé que Jean Charest va tenter de se représenter devant l’électorat avec l’espoir de se faire réélire. Pour y parvenir, il a choisi la stratégie de la division, celle-là même qu’il reproche aux indépendantistes d’utiliser lorsqu’ils veulent soumettre leur option à la population à l’occasion d’un référendum.

En effet, depuis quelques jours, plusieurs commentateurs bien connus n’ont pas manqué de souligner la dégradation du climat social au Québec et la polarisation de l’opinion à un niveau de ressentiment qui rappelait étrangement celui des grands débats référendaires de 1980 et 1995.

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On voit donc que, lorsqu’il s’agit d’indépendance, Charest n’a pas de mots assez forts pour fustiger l’irresponsabilité de ceux qui sont prêts à déchirer le Québec en deux pour un OUI ou pour un NON. Mais quand il en va de sa survie, il n’a aucune hésitation à le faire, sans la moindre vergogne. Charest, c’est l’homme des « deux poids, deux mesures ». L’une pour tout le monde, et l’autre pour lui. Au fond, c’est un monarchiste qui s’ignore : « The King can do no wrong », et le « King », façon Elvis Gratton, c’est Jean Charest.

SnapShot_120619_202539-b0a89.jpgÀ ce propos, il est assez frappant de constater que les deux politiciens québécois à avoir été assimilés à Elvis Gratton, Lucien Bouchard et Jean Charest, sont tous deux issus du même sérail, en l’occurrence le gouvernement de l’ancien premier ministre conservateur Brian Mulroney. C’est le même « Brian Mulroney [qui] a reconnu sous serment avoir reçu 225 000$ en argent comptant dans des chambres d’hôtel de Montréal, Mirabel et New York, en 1993 et 1994, afin de faire du lobbyisme à l’étranger pour les véhicules blindés de la société allemande Thyssen. »

Signalons au passage que Brian Mulroney était présent (tout comme Jean Charest et Lucien Bouchard), au désormais célèbre « party » des Desmarais à Sagard à peu près à la même époque où siégeait la commission Oliphant chargée par le premier gouvernement Harper d’enquêter sur les relations d’affaires entre M. Mulroney et l’homme d’affaires Karlheinz Schreiber. On a l’estomac solide chez les Desmarais, à moins que ce ne soit tout simplement la reconnaissance du ventre.

Cela dit, on aimerait pouvoir rire de Jean Charest autant qu’on peut rire d’Elvis Gratton. Mais quand on découvre que l’ONU en est rendue à sonner l’alarme sur ce qui se passe au Québec avec les restrictions apportées par la Loi 78 au droit d’association, on rit jaune. Et quand on découvre ensuite que l’organisme sioniste UN Watch qui critique l’ONU pour sa condamnation du gouvernement Charest est le même qui avait critiqué Louise Arbour, l’ancienne Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, pour son prétendu parti pris en faveur des palestiniens, on se dit, comme les Anglais, que la politique fait de bien étranges compagnons de lit.

Que voulez-vous, on a les alliés qu’on peut !

Et Jean Charest part en campagne, autant qu’on puisse en juger par le lancement aujourd’hui d’une campagne publicitaire vantant son leadership « responsable », par opposition à son adversaire péquiste qui a choisi « la rue ». Un scénario de western : le shérif « law and order » Jessie Charest opposé à Calamity Pauline ! Il ne manque que Sergio Leone pour que l’illusion soit parfaite.

Les Québécois, d’honnêtes citoyens s’il en est, voteront évidemment pour leur shérif bien-aimé...

Non mais faut-il qu’il nous méprise pour penser que nous allons gober sans tiquer un scénario aussi primaire. Et faut-il qu’il soit déconnecté de toute réalité pour ne pas saisir que l’heure des comptes a sonné.

Pour faire plus vrai, il a sorti le vieil épouvantail de la gauche, sans réaliser que l’opposition classique droite/gauche n’est même plus d’actualité. Si les Québécois devaient décider de voter « à gauche » lors de la prochaine élection, il ne s’agirait aucunement d’une préférence idéologique, mais d’un simple réflexe de survie (autant individuelle que collective), comme cela a d’ailleurs été le cas en France.

Aujourd’hui, les notions de droite et de gauche ne veulent plus rien dire, tant elles ont été transcendées par l’opposition qui s’est progressivement dessinée en sous-main, pour ensuite éclater au grand jour, entre les oligarchies mondialistes prédatrices et les peuples, comme l’illustre à la perfection le cas Desmarais chez nous.

Cela fait plus de vingt ans maintenant que les idéologues campent à droite, et même à l’extrême droite avec le néo-libéralisme, et leur combinaison de force brutale, de moyens illimités, de zèle évangélisateur et d’aveuglement sélectif a mené le monde au bord du précipice.

Pour éviter le fameux pas en avant qui nous y lancerait, il n’y a qu’une seule solution, la solidarité, dont j’ai commencé à parler dès le dépôt du budget 2010 dans les trois textes suivants « Zéro sur toute la ligne », « L’autre façon de procéder, en toute équité », « Vers une reprise de la lutte des classes », et sur laquelle je suis revenu à l’automne 2010 dans le texte intitulé « La sortie est à gauche » dans « La solidarité nationale, seul rempart contre l’effondrement du système ».

C’est donc essentiellement par pragmatisme et afin d’éviter le pire qu’il est devenu nécessaire aujourd’hui de donner un coup de barre vers ce que nous avons coutume d’appeler la gauche, mais soyons clair, une gauche vidée de tout son poison idéologique, sinon elle deviendrait rapidement aussi abusive que son opposée.

***

Voilà donc la toile de fond de la prochaine élection générale au Québec. Ce simple état des lieux nous permet de voir que le Charest du message publicitaire mis en ligne lundi n’est pas de taille pour affronter ces problèmes et qu’il n’a surtout pas la crédibilité pour le faire, comme le souligne pour une fois fort justement Vincent Marissal dans son blogue aujourd’hui.

Son collègue Alain Dubuc, pour sa part, ne voit dans la crise que nous traversons rien de plus qu’« un glissement du débat constitutionnel vers un débat gauche-droite » qu’il est trop heureux de voir se produire. Surprenant qu’une personne de son calibre intellectuel ne voit pas les répercussions que la crise mondiale va avoir sur nous. Si la question de l’indépendance risque effectivement de ne pas être l’enjeu de la prochaine campagne électorale, on aurait tort de croire qu’elle ne reviendra pas très rapidement à l’ordre du jour.

En effet, cette crise va avoir des répercussions considérables sur l’économie des pays développés, au point même d’invalider leur modèle et de leur enlever toute capacité de redistribution. On voit tout de suite ce que cela va avoir comme conséquences pour un pays comme le Canada. Quel est l’intérêt pour le Québec d’un lien fédéral sans la redistribution ? Harper, la monarchie, les F-35, la guerre en Afghanistan, en Libye ou en Syrie, les sables bitumineux, etc. ?

 Déjà que le gouvernement fédéral ne fait plus aucun investissement stratégique au Québec depuis l’arrivée de Harper au pouvoir et qu’il lambine sur des projets pourtant essentiels comme la reconstruction du Pont Champlain...

En fait, tout se passe comme si les stratèges du gouvernement fédéral avaient conclu depuis déjà un certain temps que l’avenir du Québec dans la fédération canadienne est loin d’être assuré et qu’ils aient délibérément décidé de ne plus y investir tout en encaissant tout ce qu’ils peuvent avant que les Québécois ne s’en rendent compte ?

Si tel devait être le cas, on imagine la réaction des Québécois en découvrant le pot aux roses. Et surtout en découvrant tout le temps perdu avant d’acquérir la pleine maîtrise de leur destin. Pas d’actualité l’indépendance ? La preuve du contraire, c’est justement que ses adversaires font tout pour tenter de l’évacuer du discours, selon le principe que ce dont on ne parle pas n’existe pas.

Comme le disait Abraham Lincoln , « You can fool some of the people all of the time, and all of the people some of the time, but you can not fool all of the people all of the time. »

Source : http://www.vigile.net/L-opportunisme-puant-de-Jean

Publié dans Réflexions

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