Québec : Penchons-nous un instant sur ces anciennes robes noires ou grises

Publié le par jdor

Par Marie-Hélène Morot-Sir

Tribune libre de Vigile - Jeudi 9 décembre 2010      

Claude Gravel, cet auteur qui nous dit revenir « d’un pays fascinant celui de la complexité humaine », avec son dernier livre « La vie dans les communautés religieuses » a fait un énorme travail de mémoire.

C’est particulièrement important de pouvoir se souvenir, y compris dans ce domaine, même si nous sommes aujourd’hui sur un tout autre chemin, celui qui nous conduit à prendre quelque distance avec tout ce qui est religion ou religieux, et celui où il est de bon ton de n’avoir aucun regard en arrière pour ce qui s’est passé, dans ce domaine précis... Pourtant à force d’être plongée dans les vieux grimoires du Passé, il m’est difficile d’effacer d’un trait de plume ce monde en effet disparu, impossible de le chasser de nos mémoires, il fait partie intégrante de notre histoire commune, à chaque coin ou recoin des vieux documents du passé, nous nous retrouvons nez à nez avec toutes ces robes noires ou robes grises… Impossible de retracer l’Histoire de la Nouvelle France sans parler d’eux.

Ils ont travaillé à l’édification de votre pays tout autant que les autres Français laïcs. Au tout début, ils ont été eux aussi de grands explorateurs, ils ont tracé entre autres, les premières cartes de ces immenses contrées, à l’instar des plus grands qu’ils ont accompagnés, ils ont parcouru des territoires infinis, tels les Louis Joliet (Jacques Marquette) Cavelier de la Salle (Anastase Douay ou l’abbé Cavelier) ou un Pierre Lemoyne d’Iberville avec l’abbé Antoine Silvy à la baie d’Hudson par exemple) pour ne citer que ces trois seuls noms-là… mais tant d’autres encore…

laval10.jpghttp://www.atheisme.org/quebec-evangelisation.html

Nous les retrouvons aux quatre coins du pays, ils ont été eux aussi des défricheurs et ont soutenu et aidé de toutes leurs forces la petite colonie française. En apprenant les langues amérindiennes, ils ont rapproché les tribus des Français, et en leur faisant connaître la religion catholique, ils ont aidé à amener les "Sauvages" ( du mot Salvacus signifiant hommes qui habitent les bois) à plus de "douceur" dans leurs moeurs…

Plus tard aussi, en Acadie, combien de ces prêtres ont été là pour aider les Acadiens, tel l’abbé Le Guerne, qui a vécu au milieu des bois durant ce terrible hiver 1756 à Miramichi, pour les aider à survivre, il a tout partagé avec eux, le froid et la faim, il en a aidé à se sauver de leurs villages juste avant la terrible rafle anglaise… L’abbé Jean-Louis Le loutre était particulièrement connu pour ses exploits de guérilla avec "ses" Micmac, à tel point que sa tête avait même était mise à prix par les Anglais. Il avait ensuite reçu du gouverneur de la Nouvelle France des ordres précis, pour accueillir la flotte du duc D’anville qui apportait les secours de la France… La Nouvelle France manquait d’hommes et de soldats, elle s’appuyait aussi sur les religieux… Les cas sont si nombreux qu’il est impossible ici de tous les décrire…

Certains un peu plus "mécréants" que d’autres, vont bien sûr citer, et avec raison, tous les cas où parmi ces robes noires, il y a eu de graves dérapages, mais aussi cette main mise insupportable de l’Eglise, certes, il n’y a pas qu’une seule vérité, il y a toujours plusieurs facettes aux événements, mais on ne peut, sous prétexte d’un côté particulièrement sombre, nier ce côté positif de l’Histoire… Jusqu’à présent, c’est ce côté sombre qui nous apparaît le plus, n’est-il pas important que tout soit dit, quelques soient nos opinions ?

Effectivement nous pouvons refuser cette Eglise qui a voulu tant imposer de choses, en tenant les êtres humains sous sa coupe, mais dans le même temps nous ne pouvons qu’admirer ce que toutes ces personnes ont fait autour d’elles, ce sont bien elles qui ont ouvert les premières écoles, sans distinction de races ou de couleurs, autant pour les enfants des Français que pour les enfants des Amérindiens, ce sont bien elles qui ont dispensé les premiers soins… installé les premiers hôpitaux… Il n’y avait rien à quoi ou à qui se raccrocher, il n’y avait qu’eux. Ne doit-on pas au moins le reconnaître, même si, bien évidemment, il y aurait tant à dire sur le côté plus sombre, qu’il ne faut pas occulter bien entendu car beaucoup de souffrances sont liées à cet autre côté-là… Mais un côté ne doit pas en faire oublier un autre, et ce côté positif a été un des piliers, parmi d’autres, de la fondation de la Nouvelle France...

La période ancienne a été particulièrement importante, mais, même beaucoup plus tard, celle beaucoup plus proche de nous, dans ces années décrites par Claude Gravel, cela a en effet énormément compté encore… Il n’y a qu’à lire ce qu’il nous développe pour en être bien convaincus... Il a fait un énorme travail, en retranscrivant tout ce qui a été accompli par ces religieux, ils dispensaient avec bien peu de moyens tout ce qu’ils pouvaient à tous ceux qui en avaient besoin, et la population était bien loin de les rejeter, bien au contraire elle en attendait tous les secours, tous les réconforts.

Peu à peu, l’Etat a pris la place des religieux, dans tous les domaines où seuls, jusque-là ils avaient oeuvré.. où il n’y avait bien que sur eux que pouvaient compter les gens ! Cette générosité dispensée sans compter n’a-t-elle pas, comme nous le souligne cet auteur, aidée à forger la société québécoise d’aujourd’hui, si différente des autres sociétés d’Amérique du Nord, une société plus généreuse, plus fraternelle, plus soudée autour de ses propres valeurs ? ... Un monde s’est écroulé, un autre a pris sa place, personne ne peut dire encore si c’est mieux... mais n’est-il pas terriblement important de ne rien oublier ?

Source : http://www.vigile.net/Penchons-nous-un-instant-sur-ces

 

 

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Anne Joliet 09/10/2011 08:11


Quel nouvel article prenant ! Marie-Hélène Morot-Sir n'hésite pas à souligner tout ce que nous devons à la religion malgré la polémique de certains qui la rejettent aujourd'hui...Pourtant comment
oublier qu'après le départ de la France, nos ancêtres qui sont restés ici, ont pu, grâce à la religion, se souder autour de leurs prêtres et de leurs paroisses. C'est ainsi qu'ils ont pu résister,
et n'ont pas été assimilés comme le désiraient tant le faire l'envahisseur. Aujourd'hui il est de bon ton de le réfuter mais n'empêche on sait tous, que cela s'est passé ainsi...