Québec : Pouvoir de l’opinion ou opinion du pouvoir

Publié le par jdor

Excellent texte, valable certes pour le Québec, mais dans lequel beaucoup de Français peuvent se retrouver tant une « parole unique », un quasi dogme, nous est imposé par la plupart des médias, dès qu’il s’agit d’économie. Partant, évidemment, durant ces dernières années, c’était aussi la politique de Sarkozy-Merkel qui nous était montrée comme étant l’ultime et seule vérité. Seulement, il n’existe pas une « vérité unique ». Les vérités comme la vie est, par essence, diversité ! (Jean Dornac)


Luc Benoit - chargé de cours, UQTR
Tribune libre de Vigile - lundi 14 mai 2012      

« La fonction du pouvoir est d’assurer cette mesure de conformité qui est nécessaire à la survie du groupe ; sa source ultime est l’opinion – et qui peut s’empêcher d’avoir des opinions d’une sorte ou de l’autre ? […] Toute opinion, tout désir fera de nous des participants dans la création de pouvoir et dans la constitution de valeur économique. Aucune liberté d’agir autrement n’est concevable. » (Karl Polanyi, La Grande Transformation)

C’est en ces termes que l’historien Polanyi aborde la question de la liberté dans un système politico-économique interventionniste. L’auteur soutient qu’il ne suffit pas d’être conformiste et de protéger les arrières du pouvoir ; il faut aussi préserver les libertés de chacun sans faire de discrimination. C’est d’ailleurs ce qui constitue la différence majeure entre l’interventionnisme étatique de type fasciste et socialiste. Le fascisme est fondamentalement totalitaire. Il ne s’intéresse qu’à la défense du pouvoir et des institutions qu’il contrôle. Le socialisme authentique, quant à lui, doit préserver les droits des marginaux et des minorités ; ce que nos institutions et les médias de masse ne font pratiquement plus aujourd’hui.

Comme le précise Jean Fourastié (Les trente glorieuses), les hommes de science sont à l’origine de la plupart des découvertes, mais ils ne forgent pas l’opinion : « Ce sont les hommes de lettres, les écrivains, les journalistes et les hommes politiques qui la font. » Ce qui importe, selon Fourastié, c’est « […] d’affranchir l’homme des liens du despotisme et de l’autorité pour qu’il puisse exercer sa raison. » Autrement, les citoyens ne maîtrisent plus leur destin et sont incapables d’instaurer une société juste et équitable.

Personnellement, je ne suis pas étonné de constater que la liberté d’expression est souvent bafouée au Québec. C’est comme si l’on était prisonnier à l’intérieur de l’espace exigu d’un petit cerveau, conditionné par les impératifs des patrons. Et que disent les patrons à huis clos aux journalistes ? Sans doute que la vérité, l’objectivité, et la diversité des opinions politiques n’intéressent personne. Pourtant, il me semble que la lorgnette des borgnes et son filtre idéologique désastreux ont déjà causé assez de malheurs.

On raconte ici et là que les propriétaires fortunés des médias imposent leur vision du monde à la population. Imaginez à quoi ressemblera le Québec, lorsque le gouvernement dictera aux hommes de science, les conclusions de leurs travaux de recherche. S’il le pouvait, pensez-vous qu’il s’en priverait ? Chers « journalistes », mis à part l’avenue de l’opportunisme et la déification de la droite politique, qu’avez-vous à suggérer ?

Je suis d’accord avec Lucien Sfez lorsqu’il critique la communication en la qualifiant de « tautisme » : « Principe qui consiste à prendre la représentation de la réalité pour son expression. Par ce biais les médias se copient les uns les autres et cette répétition tend à nous faire croire qu’elle vaut preuve. Le terme est à la fois un néologisme et un mot-valise, forgé à partir des mots tautologie et autisme (maladie de l’auto-enfermement communicationnel dans laquelle le patient n’éprouve pas le besoin de communiquer) […] Sfez a particulièrement bien choisi son mot, car il évoque par assonance la totalité, la vérité totalisante et le totalitarisme. » (http://blog.legardemots.fr/post/200...)

J’exhorte les journalistes dignes de cette profession à nuancer leur propos et à disserter sur autre chose que les aventures de la droite politique, s’ils en sont capables. Parce qu’actuellement, dans le genre crétinisation et valorisation de la bêtise humaine, on ne fait pas mieux.

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

Source : http://www.vigile.net/Pouvoir-de-l-opinion-ou-opinion-du

 

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