Québec - Tout. Va. Bien.

Publié le par jdor

Court texte qui dit tant de choses fortes ! A ne pas manquer ! (Jean Dornac)


Véronique Grenier - Professeure de philosophie, cégep de Sherbrooke
Le Devoir (opinions) - vendredi 15 juin 2012

Il y a de ces choses qui ne se produisent qu’ailleurs. Qu’on regarde en éprouvant un peu de pitié, un peu d’empathie. Qu’on étudie de loin en ne se sentant que très peu concerné. Ce genre de choses qui ont l’air trop grandes, trop terribles, trop « barbares ». Et pourtant, ce genre de choses a mis un pied dans la porte du Québec. Et pas pire chaussé, le pied : gros sabot, clouté, avec talon aiguille. Bien pointu, le talon. Et le bout du sabot, aussi, tant qu’à faire. Ça ne court pas les rues, les sabots pointus, mais avec un Anarchopanda en liberté, il en faut sans doute un peu plus pour être surpris, désormais.

Mais il ne faut pas s’en inquiéter. Tout. Va. Bien.

En fait, si je me répète cela suffisamment, je crois que je pourrais peut-être finir par y croire. Il fait soleil, le vent est agréable. Certains tondent la pelouse, d’autres promènent le chien. À la télé, on commente le sport, on rigole. Dans le « vrai monde », rien ne semble avoir changé. Tout-il-est-beau. Et pourtant.

Depuis l’adoption de la loi 78, le Québec est entré dans une sorte de zone étrange, un Twilight politique. Si l’on reste dans son salon, que l’on ne regarde pas trop les médias ou que ceux de masse sont la seule source d’information, rien ne semble avoir tremblé. Des droits que l’on ne revendique pas ne peuvent pas vraiment nous avoir échappé. Croit-on. Des gens dans les rues qui massacrent des casseroles, soir après soir, c’est un peu bizarre. Et on en a marre des manifestations. Vivement le retour au confort, au calme. Vivement la paix sociale. Celle de l’harmonie, de l’ordre, de la harpe et des fleu-fleurs. Tout. Va. Bien. On se le répète. Ad nauseam.

Alors on se laisse rassurer par les explications mielleuses du gouvernement qui ne cherche qu’à justifier l’injustifiable, son injustifiable irresponsabilité. C’est facile. Simple question de jeu de mots. De sélection, surtout. De présentation, aussi. Créer une apparence de sens. Une impression de bienveillance. Si on tend l’oreille, suffisamment, une berceuse est fredonnée tout bas, en arrière-plan.

Il est alors possible d’en arriver à des aberrations. Le dernier exemple en lice : le « carré rouge » est un signe de violence, d’intimidation et de refus du droit de certains à l’éducation. C’était dans l’air. N’empêche.

La force de la répétition

Une idée, ça se rentre si bien dans la tête des gens. La force de la répétition et du martèlement. C’est aussi l’un des avantages de la généralisation, de la réduction et de l’art de faire dire n’importe quoi aux symboles. Tout ça ensemble, réuni dans un même discours à prétention de cohérence : des conditions gagnantes pour accentuer la marginalisation du mouvement dans l’« opinion publique » et la polarisation des camps. Et pourtant. Me semble que ça va de soi que ledit carré de feutrine, porté par tellement de gens, ne peut pas et ne doit pas être réduit à trois étiquettes (fausses).

Le carré rouge est d’abord et avant tout le signe de la lutte étudiante, il est devenu celui de ceux qui se tiennent debout, de ceux qui dénoncent, de ceux qui s’assurent que le Québec résonne, pour ne pas dire raisonne, sous leurs pas. Leurs pas incessants. Le carré rouge est le symbole de l’espoir, du courage - ou fortitude testiculaire -, du plein droit à l’éducation pour tous. C’est celui du Québec en mouvement, sorti, enfin, de son apathie et qui se refuse au cynisme.

La violence et l’intimidation sont des mots qui, par les temps qui piétinent, veulent tout et ne rien dire. Il ne faut pas se laisser avoir. Je le porte fièrement, depuis des mois, mon carré rouge. Je le porterai encore plus fièrement parce qu’on cherche à lui retirer tout ce qu’il contient de bon, de beau, de fort.

Les symboles sont puissants. Lorsqu’on s’y attaque, c’est le signe qu’il faut crier encore plus fort, marcher encore plus vigoureusement, casseroler avec plus d’entrain. C’est le signe que les temps changent en hurlant un peu, de peine et de peur.

Le mouvement est violent, j’en conviens. Il a causé une déchirure. Il y a un avant et un à venir. Et c’est un événement à célébrer. Un poing en l’air et le sourire fendu. Malgré les matraques, malgré les mensonges, malgré tout. Nous sommes ensemble. Tout. Va. Bien.

Source : http://www.vigile.net/Tout-Va-Bien

 

 

Publié dans Réflexions

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pierrot, vagabond poète du quebec 10/01/2013 20:29

bravo pour cet article sur la bienveillance:)))

selon ma vision (très personnelle):)))

QU'EST-CE QUE LA BIENVEILLANCE?

La bienveillance, c'est quand le paraître, par pure joie soudaine de vivre, copie malgré lui la danse de l'être:))))

Je me rappelle quand j'étais petit.Je devais avoir 6 ou 7 ans. Je trouvai une allumette dans les poches de pantalon de mon père. Pour m'amuser, j'allumai un feu dans l'herbe haute en arrière de la
maison. Ce fut un drame que les voisins et mon père éteignirent de justesse.

Mon père m'emmena en automobile dans la forêt et au lieu de me disputer, il m'apprit à faire un feu sécuritaire en me demandant d'attendre d'être plus vieux et en sa présence pour recommencer
l'expérience. La signature de sa bienveillance aiguisa mon oeil de vagabond poète à la reconnaître chez les autres.

M'EN VA T'CONTER UNE HISTOIRE VRAIE

c'était un soir de carnaval
vers les minuit silence total
j'ai pris l'micro j'ai dit ça y est
mesdames messieurs c'est important
la p'tite Julie fête ses 5 ans

t'aras du voir la foule chanter
un beau bonne fête à écouter
sans même bouger sans dire un mot
la p'tite avait les yeux plein d'eau

on aurait dit comme une poupée
avec un coeur tout déchiré

5 ans
si tendre
j'pouvais pas l'croire

j'ai dit Julie ca va être ton soir
tu vas choisir l'homme le plus beau
donnes-y un bec c'est ton cadeau

deux larmes
coulèrent
ses joues
d'l'enfant

lentement elle marcha vers l'arriere
où des biberons buvaient leur bière
des beaux nez rouges pis des cheveux blancs

a dit
le plus beau c'est mon grand père

le vieux l'embrassa en braillant
tellement y était fier pis content
moé ben surpris j'es r'gardais faire

d'ens bras l'un de l'autre
y sont restés
à s'consoler
pis à s'moucher

moé j'tourne la tête
pis j'pars la valse
c'est là que j'ai vu
l'plus beau d'la fête

une belle jeune fille de 19 ans
valsait son père en l'embrassant
un bec su l'front un bec sa joue
en riait fort en disant vous

le père s'sentait un peu gêné
tout en gardant l'air distingué

un p'tit clin d'oeil pour le chanteur
ça m'a comme éclater l'coeur

ça doit être ça l'paradis
même si le corps devient poussière
l'amour fait chanter nos misères
quand ça nous vient des petits
de nos petits

Pierrot
vagabond céleste

www.reveursequitables.com
www.enracontantpierrot.blogspot.com

dominominus 16/06/2012 19:27

L'"opinion publique", récupération-étendard des escrocs !

jdor 16/06/2012 19:34



??