Québec : Une démission aux accents revanchards, dans l’indignité !

Publié le par jdor

Deux articles pour tenter d’y voir clair. Le premier, très court, est très dur envers la ministre de l’Education qui vient de démissionner. Le deuxième se veut un peu plus optimiste quant aux chances de régler, au moins provisoirement, le problème de la grève des étudiants.

En tant qu’observateur étranger de cette situation, je ne peux pas dire que je suis optimiste sur le fond. Le moratoire espéré peut, certes, éviter que les étudiants ne perdent une année, mais la volonté des idéologues néolibéraux qui sévissent là-bas, n’aura pas évoluée, elle… (Jean Dornac)


Yves Claudé - Sociologue
Tribune libre de Vigile - lundi 14 mai 2012      

Alors qu’elle avait déjà démissionné à toutes fins pratiques de son poste de ministre de l’éducation, Madame Line Beauchamp formalise cette démission avec un discours aux accents revanchards, qui cible d’une manière honteuse les associations étudiantes et leurs dirigeants, dans une vaine tentative de masquer un échec magistral dans une gestion lamentable de la crise étudiante, dont elle porte la responsabilité avec son gouvernement.

Madame Line Beauchamp quitte son poste ministériel dans l’indignité et l’illégitimité, avec la même arrogance dont elle a fait preuve tout au long du conflit, à travers une vaine propagande libérale à laquelle on peine à croire qu’elle apporte le moindre crédit.

On souhaite à Madame Beauchamp de prendre le temps de retrouver le sens des mots qu’elle avait de toute évidence perdu, ainsi que celui de l’éthique et de la responsabilité.

Il est enfin temps de dénouer la crise étudiante avec un moratoire immédiat sur les droits de scolarité et un ensemble de mesures pour faciliter la reprise des cours dans les établissements en grève.

Yves Claudé

http://www.vigile.net/Une-demission-aux-accents

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 Conflit étudiant - La négociatrice

Marie-Andrée Chouinard   15 mai 2012  Justice

Un changement de ministre de l’Éducation a le grand mérite de retourner aux sphères politiques la résolution d’un conflit qui ne peut plus durer, plutôt que de le laisser pourrir dans les abysses policiers ou judiciaires. Constat d’échec et geste honorable pour Line Beauchamp. Déjà-vu et labeur de négociation pour Michelle Courchesne.

Le siège de ministre de l’Éducation chauffe. En l’occupant, d’autres avant Line Beauchamp ont tenté le pragmatisme, l’immobilisme, la conciliation, mais devant un os comme le combat des étudiants pour l’accessibilité aux études supérieures, la « personnification » de la crise a nui au dénouement d’un noeud, surtout gordien. Elle n’avait plus confiance en la volonté de « régler » des groupes étudiants ? Elle fut heurtée par leur absence de confiance envers les élus ? La femme de confiance, ce ne pouvait plus être elle.

On suppose une grande fatigue personnelle chez une combattante peu habituée aux revers, comme en témoigne son parcours politique riche et « gagnant ». Reconnaître son incapacité à rapprocher des positions antagoniques est un signe de grandeur. Line Beauchamp a effectué un geste méritoire en s’effaçant ainsi.

C’est tout un constat d’échec pour un gouvernement qui a multiplié les maladresses en matière de gestion de crise. Malgré ses errements, il demeure ferme sur sa volonté de maintenir la hausse des droits. Ne soyons donc pas dupes : un changement de titulaire n’apportera pas de nouvelle marge de manoeuvre.

Peut-être y a-t-il malgré tout des ouvertures supplémentaires ? C’est ce que laissent croire les échanges qui ont eu lieu jusqu’à hier matin entre les leaders étudiants et l’ex-ministre. Si l’on y a bel et bien abordé une trêve, un moratoire, assorti d’une commission parlementaire, ou d’une instance chargée de réfléchir et de débattre du financement universitaire, c’est donc qu’il y avait des échanges constructifs de part et d’autre ! Étonnant que Mme Beauchamp parte en plein blitz. Une part de mystère demeure.

Les espoirs résident donc dans la négociation, menée par une connaisseuse, disons-le de Michelle Courchesne. En présidant les échanges lors de la « nuit des longues négos », il y a une dizaine de jours, la présidente du Conseil du trésor avait bel et bien dit : « Nous sommes ici pour trouver une sortie de crise. » En convoquant une rencontre de négociations sitôt assermentée hier, voilà qu’elle confirme sa volonté de reprendre une certaine cadence dans la discussion, car le temps presse. On ne réglera certes pas aujourd’hui le débat sur la hausse des droits, mais pour permettre la fin d’un « semblant » de session, c’est l’atteinte d’un compromis qui doit être négociée.

La nomination de Michelle Courchesne n’est synonyme d’aucune certitude, mais elle offre l’espoir dont on a grand besoin. En contexte de crise aiguë, son parcours de négociatrice en chef est un atout. Non seulement elle a l’expérience du navire éducation et connaît bien acteurs et coutumes du réseau, mais elle a aussi présidé à la gestion gouvernementale du désastre îlot Voyageur et peaufiné les projets de loi visant à resserrer la gouvernance en haut lieu universitaire. Des cartes précieuses.

Si véritablement un moratoire est sur la table, c’est une nouvelle grandiose. Il y a unanimité pour dire que c’est la seule manière de calmer le jeu et de favoriser une réflexion sans esprits échauffés. Étudiants et gouvernement y trouveraient leur compte.

http://www.ledevoir.com/societe/justice/350052/conflit-etudiant

 

Publié dans Réflexions

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