Résistance

Publié le par jdor

Comment le superbe mouvement étudiant entraîne le peuple Québécois à la résistance contre un système de type mondial. Dans ce texte, on sent la transoformation de l'état d'esprit de toute une population. (Jean Dornac)


Pierre Falardeau (28 décembre 1946 à Montréal25 septembre 2009 à Montréal1) est un cinéaste, écrivain et militant indépendantiste québécois. ( Source http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Falardeau )

"Quand tes ennemis commencent à perdre, ils changent la loi." - Pierre Falardeau

Jonathan Duchesne
Tribune libre de Vigile - dimanche 3 juin 2012      

Salut Falardeau !

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Ça fait un bout que je ne t’ai pas écrit, il y a beaucoup d’actions au Québec, je suis trop énervé pour rester en place et prendre le temps d’écrire comme avant mais là j’ai besoin de vider ma pensée. Je pense que tu serais fier de nous, de voir tous ces Québécois dans la rue ça fait chaud au cœur. Tu sais quand je te lisais, je me disais que tu étais le seul à vraiment comprendre ce que le Québec vit depuis si longtemps puis tu disais qu’il va falloir qu’on se lève un jour, tous ensemble.

J’avais tellement hâte à ce jour mais pour être franc plus le temps passait et moins j’y croyais, je pensais que les médias biaisés, le gouvernement corrompu, les fédéralistes démagogues, les opportunistes crasses, les artistes vendus auraient finalement raison de nous.

Mais non, depuis 4 mois maintenant que je suis dans la rue à crier ma rage contre l’injustice et à chaque fois que je vais manifester, je porte tout le mal et l’écoeurement des Québécois avec moi. Mes amis aussi. Nous devrions peut-être pas puisque le conflit est rendu réellement personnel mais c’est plus fort que nous. Puis, il y a deux semaines avec l’adoption de la loi 78, j’ai craqué, j’ai appelé mes parents en pleurant leur demandant dans quel pays démocratique nous vivons au juste.

Je me suis souvenu de ta phrase : Quand tes ennemis commencent à perdre, ils changent la loi. Peu de temps après, des milliers de Québécois sont venus décrier avec nous cette stupide loi avec leurs casseroles, je n’ai jamais senti autant d’amour de toute ma vie. Il y a des bébés, des adolescents, des adultes et des aînés de partout au Québec qui sont venus nous dire : On est avec vous. C’est la plus belle preuve d’amour que j’ai eue de toute ma vie.

Tu m’as appris à connaître mon peuple, maintenant j’ai appris à l’aimer, en fait j’ai réellement compris pourquoi tu l’aimais autant. Les gens m’accostent tous les jours dans la rue en me disant : Ne lâchez pas ! C’est important ce que vous faites, vous changez les choses petit à petit.

Des gens de tous les domaines possibles m’abordent quotidiennement et me parlent simplement de tout ce qu’ils ont sur le cœur face à l’injustice et c’est ce qui me fait continuer chaque jour. Je vois des gens en béquille, en chaise roulante, avec une canne, pas de bras, aveugles qui ont 1000 fois plus de couilles que la majorité des artistes et des intellectuels d’ici qui dorment au gaz. Des personnes âgées descendent carrément de leur balcon chaque soir pour frapper sur leurs casseroles leurs yeux remplis de joie et d’enthousiasme.

Je vois l’espoir dans les yeux des gens qui n’en avait plus. L’espoir qu’aucun esti de compte de banque, aucune entreprise, aucun char, aucun boss, aucun papier de toilette fleuri ne peuvent donner. Je vois un peuple se lever pour dénoncer toutes les saloperies de ce stupide gouvernement corrompu jusqu’à l’os. Les gens ne se reconnaissent franchement plus dans les institutions politiques où leurs droits sont constamment bafoués, leurs revendications ignorées et leur argent mal placé.

Le mouvement étudiant et surtout les manifestations donnent une voix, une nouvelle voix à ceux qui n’en avaient pas, les gens se sentent dorénavant écoutés et représentés. Des fois c’est bon de revenir à la base, à la rue. Je vois aussi un peuple fier d’avoir des frais scolaires accessibles à tous malgré toutes les analyses et les comparaisons absurdes que les bien-pensants ont pu faire au cours du conflit.

Lorsque j’ai levé mon petit carton rouge à la mi-février pour voter la grève lors de mon assemblée générale je n’aurai jamais cru vivre tout ce que j’ai vécu depuis 4 mois. J’ai compris plein de choses que je n’aurai probablement jamais comprises simplement en lisant. C’est bon lire mais faut se battre dans la rue pour comprendre le réel. On s’est fait gazer, poivrer, arrêter, menotter, humilier, matraquer, tout ça approuvé par le gouvernement mais jamais nous avons reculé, on est encore là, le peuple est debout, plus rien ne nous arrêtera.

On a marché avec des drapeaux, des pancartes, des slogans, des cuillères, des casseroles et nous allons continuer de marcher tous les soirs, nous marcherons avec des fourchettes s’il le faut mais nous vaincrons. C’est peut-être prétentieux mais on prend le pari de changer le monde et quand je vois des milliers de gens se mobiliser des États-Unis jusqu’en France, je me dis que ce n’est pas si pire pour un mouvement étudiant québécois tant discrédité par le gouvernement.

Le petit frisé a perdu et il le sait, maintenant il laisse le conflit perdurer. Ce n’est pas un homme. Être un homme, il reconnaîtrait sa défaite. Mais bon nous on continue. Je te laisse et comme tu disais : nous allons avoir besoin de tout notre courage et de toute notre intelligence pour gagner.

Après ce combat, je te promets qu’on s’attaque à l’indépendance de notre pays. On va la faire et bientôt.

Jonathan

http://www.vigile.net/Resistance,48600

 


Dessin d’humour reçu d’une autre source, indépendant de cet article : Charest donne le Québec à dévorer aux loups…

 

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Publié dans Réflexions

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