Roselyne, des « filles » et des « gars »

Publié le par jdor

 

Ce titre est celui que je donnerais volontiers au nouveau feuilleton voulu par l’UMP en général et Roselyne Bachelot en particulier. « Miss vaccins par millions » veut sauver la dignité des femmes, particulièrement des prostituées. On ne peut pas, pour autant, douter que Nicolas Sarkozy se trouve derrière ce projet de loi.

http://blabladezinc.20minutes-blogs.fr/tag/roselyne+bachelot

chimulusIl me semble qu’hormis quelques réactions fortes, comme celle de Philippe Caubère, trop peu de citoyens ont réagi et, donc, trop peu de nos contemporains comprennent le danger qui se trouve derrière ce projet de loi. Je vais tenter, ici, de vous expliquer mon point de vue de citoyen, d’homme et d’écrivain. Il se trouve que pour écrire mon roman « Bouton d’Or » qui vient d’être édité récemment (voir réf au bas de l’article), j’ai été amené à me documenter très fortement, il y a une vingtaine d’années, sur le monde complexe de la prostitution. Je me rends compte que très peu de choses ont changé depuis…

Retour à la « moralisation de la société » avec son cortège d’interdits

Si je m’inquiète de la rareté, pour l’instant tout au moins, de réactions d’intellectuels, de médias et de citoyens face à ce projet, c’est parce que j’ai l’impression que, décidément, notre société s’endort et n’est plus consciente des dangers qu’on nous oppose sous prétexte de « dignité de la femme ». J’espère qu’il n’a échappé à personne qu’avec l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir, tout est fait pour nous imposer une morale de plus en plus stricte pour le peuple, sachant aussi, que seul ce peuple est visé et non pas les bénéficiaires du pouvoir (voire les affaires depuis le début du quinquennat).

Les interdits pleuvent sur nous comme feuilles mortes en automne : Interdiction de plus en plus généralisée de la fumée avec stigmatisation des seuls fumeurs et oubli presque total de la pollution chimique dans nos aliments et la pollution atmosphérique due aux usines et aux véhicules de tous ordres ; une première loi interdisant le racolage passif qui a eu pour résultat de fragiliser encore plus la vie des prostituées ; contrôle des citoyens par le développement des caméras vidéo dans nos rues ; dérive sécuritaire proche du délire dans les aéroports, etc.

Que le plus grand nombre de citoyens ne se rende pas compte de ce rétrécissement des libertés publiques est plus que grave. Le pouvoir peut décider n’importe quoi pourvu qu’il le fasse à l’appui de sondages douteux ou en jouant sur la peur des citoyens, peur qu’il impulse lui-même avec ses discours sur l’immigration et l’insécurité.

Le danger de laisser notre sexualité dans les mains des Églises ou des politiciens

Dans son projet de loi, Roselyne Bachelot s’attaque en fait à notre sexualité pour brider notre liberté. Wilhelm Reich (http://fr.wikipedia.org/wiki/Wilhelm_Reich)  explique que la sexualité a toujours subi la répression des pouvoirs religieux et politiques, ceci depuis des millénaires avec des conséquences désastreuses sur le psychisme humain. Ces conséquences ne se situent pas uniquement au niveau de la sexualité, comme on pourrait le penser, mais sur le comportement de l’homme, de tout son comportement. Du fait de cette répression, les citoyens, donc, les peuples ont perdu une large part de leur liberté. Je suis convaincu que la raison qui justifie le projet de loi de répression des « clients » de prostituées est à situer dans cette volonté de nous faire perdre notre liberté. Ce projet, en fin de compte, n’est que l’arbre qui cache une ténébreuse forêt. Si nous voulons redevenir des « moutons » bien dociles dans les mains du pouvoir, particulièrement du pouvoir de droite, alors, laissons faire, mais ne venons pas nous plaindre par la suite ! Vous verrez qu’après l’adoption de cette loi, ce seront d’autres libertés qui nous seront retirées et peut-être même, lorsqu’on regarde les dérives sarkoziennes en matière de laïcité, notamment lorsqu’il se rend à Rome chez le Pape, on pourrait bien nous imposer à nouveau l’Église ! Vous pensez que j’exagère ? Non, je ne le crois pas.

sous-01.jpgL’Église, surtout l’Institution, fut un merveilleux allié et complice des pouvoirs royaux durant nombre de siècles. Avec la peur du diable, elle tenait les citoyens dans un carcan dans lequel certains politiciens aimeraient bien nous enfermer à nouveau. Ce pouvoir favorise les religions qui lui conviennent et qui pourraient l’aider à prendre le pouvoir sur nos âmes et nos esprits. Sinon, comment expliquer cette information datant du 15 avril 2011 : « D'après le site d'informations Mediapart, l'Élysée a suggéré aux responsables des concours des grandes écoles Mines-Pont et Centrale-Supelec un amé­na­ge­ment des épreuves prévues pendant deux jours au moment de la Pâque juive, du 18 au 26 avril, pour des étudiants juifs très pratiquants. » Où donc sont passés les grands discours de Claude Guéant, Jean-François Copé et quelques autres sur la nécessité d’une laïcité dure ? Elle ne concerne donc que les musulmans, ce dont nous nous doutions depuis longtemps… Il nous faut être plus vigilant que jamais !

Le vrai combat, c’est de lutter contre les clans mafieux et la traite des femmes

Il y a un seul combat qui vaille à propos de la prostitution. C’est celui qui doit être mené sans concession contre les clans mafieux qui pratiquent la traite des femmes, notamment des jeunes filles des pays de l’Est, et contre les souteneurs locaux. S’en prendre aux prostituées et, à présent, aux clients est tellement facile mais tellement hypocrite. C’est l’œuvre d’un gouvernement lâche ! La seule et vraie immoralité dans la prostitution est le fait de forcer des femmes à pratiquer ce métier. Allez donc chercher et trouver une loi qui décide d’une lutte réelle et sans merci contre ces groupes mafieux ! Vous n’en trouverez pas !

Par ailleurs, si personne ou presque n’en parle, je crois qu’il faut être lucide sur un point. Si cette loi souhaitée par Roselyne Bachelot devait passer, que la prostitution ne puisse plus se dérouler dans de bonnes conditions, alors, je suis prêt à faire le pari sinistre d’une nette augmentation des viols. Comment ignorer, lorsqu’on est responsable politique, un risque aussi grave ? Il y a tant de misère humaine dans notre pays, en cette époque, si peu d’espérance chez les classes modestes, tant d’isolement aussi, suite à des divorces toujours plus nombreux, que bien des hommes abandonnés sur le plan affectif et sexuel n’ont d’autres possibilités que d’aller voir une prostituée. Ignorer cela montre un manque d’intelligence gravissime et démontre, une fois de plus que le pouvoir ne sait pas ce qui se passe au sein du peuple ou refuse de le reconnaître.

Choix et dignité des femmes ?

L’argument principal pour que ce projet de loi voie le jour consiste à utiliser l’argument de la dignité des femmes, partant du principe que les prostituées n’en ont aucune. En fait, lorsqu’on entend certains intervenants sur ce sujet, il faudrait « rééduquer » les prostituées car les « sottes » ne sauraient même pas qu’elles ont perdu toute dignité ! Il est difficile d’être de plus grande mauvaise foi et moins respectueux de la personne humaine. C’est évidemment prendre les prostituées pour des demeurées sans cervelle. Est-ce là la façon gouvernementale de respecter la dignité de ces femmes-là ?

Ceux qui veulent la répression des clients, mais qui en fait visent les femmes, disent également qu’aucune femme ne choisit la prostitution. C’est évidemment vrai pour les femmes recrutées ou enlevées par les gangs mafieux des anciens pays de l’Est et c’est totalement inadmissible. Ce n’est cependant pas le cas de l’ensemble des 20 000 prostituées de France. Certaines, et le chiffre doit être assez important, sont venues à la prostitution en raison de la misère qu’elles ont connue dans leurs familles ou parce qu’elles n’ont pas trouvé d’autre travail en cette époque de chômage de masse si bien entretenu par un patronat sans âme. C’est aussi de la responsabilité de ce gouvernement qui favorise les plus riches et abandonne les autres. Certaines ont fait ce choix de vendre un peu de plaisir avec leur corps plutôt que de se vendre à un patron quelconque pour un salaire-pourboire. Qui donc peut les condamner ou les blâmer, hormis un pouvoir à la solde du patronat ? Que je sache, elles sont libres de faire ce qu’elles veulent de leur corps ! Ou alors, il faut le dire tout de suite, haut et fort, les citoyens et plus encore les citoyennes, ne sont pas libres de leurs choix.

 http://www.lalibre.be/actu/belgique/article/600502

pict_248793.jpgAutre argument invoqué pour s’attaquer à la prostitution et aux clients, le fait que les prostituées seraient des femmes-objets. La belle affaire ! Comme je l’ai entendu dans « Ce soir ou jamais » de jeudi dernier, certaines femmes, qui ne sont pas des prostituées, ne détestent pas, parfois, être femmes-objets, mais dans le respect de leur partenaire bien sûr.

Croire que nombre d’épouses, de concubines ou de pacsées ne sont pas femmes-objets pour leur compagnon fait une fois de plus preuve de l’aveuglement des gens de pouvoir. Nous connaissons tous, parmi nos proches, nos familles, nos amis, nos voisins des couples ou les mâles sont dominateurs et considèrent leurs compagnes comme objet de plaisir et bonne à tout faire.

Sur la dignité en général, femmes et hommes confondus

Je dois avouer que j’ai envie de hurler lorsque j’entends un membre du gouvernement proclamer qu’il lutte pour la dignité des prostituées. Si, notamment, le gouvernement actuel de Sarkozy était tellement soucieux de la dignité des citoyennes et citoyens, il agirait tout à fait autrement.

En effet, si l’on perd sa dignité en se vendant soi-même, il faudrait déjà lutter contre tous ces citoyens « qui se vendent » pour trouver un poste de travail. Depuis plusieurs décennies, et j’en ai été témoin à l’époque où j’étais au chômage, on nous demande de « nous vendre ». L’expression m’a toujours choqué et j’ai toujours refusé de le faire, de le dire, de l’écrire. Trop souvent, de surcroît, aujourd’hui, celle ou celui qui s’est ainsi « vendu » à un patron, n’est pas plus respecté qu’un objet ou une machine ou encore qu’une prostituée. On le déplace où l'on veut ; on l’utilise dans d’autres postes que celui qui était prévu ; on l’exploite le plus possible ; et, trop souvent, une fois l’objet usé, on le jette dans les charrettes du chômage. Pour d’autres salariés, le manque de respect est tellement lourd qu’ils finissent par se suicider. On l’a vu chez Orange, Renault, récemment encore à la Caisse d’Épargne. Et cela ne se limite pas à ces trois grosses boîtes. J’en suis à me demander s’il n’y a pas plus de suicide chez les salariés d’un patronat indigne que chez les prostituées.

Dans ces cas tragiques, je n’ai pas entendu Madame Roselyne décider de luter contre les pratiques de ces « souteneurs » institutionnalisés et régulièrement encensés par le pouvoir auquel appartient la ministre !

Homme sans pouvoir, je lutte cependant, par cet écrit, contre le projet de loi de Roselyne Bachelot. C’est un projet dangereux à l’égard de la sécurité de toutes les femmes ; c’est un projet irrespectueux de la liberté de choix des femmes ; c’est un projet qui ne s’attaque absolument pas aux vrais coupables, les gangs et les souteneurs ; c’est un projet lâche puisqu’il s’en prend aux plus faibles, les clients et les prostituées elles-mêmes.

Et quitte à passer pour un anarchiste, un gauchiste ou un terroriste (c’est tellement à la mode aujourd’hui d’accuser ainsi les opposants), je m’oppose de façon absolue à une France moralisatrice et morale qui nous rejetterait bien en deçà de 1968 ! Ce sont nos droits et nos libertés qui sont en cause dans ce projet de loi honteux.

Jean Dornac
Paris, le 19 avril 2011

 

On peut trouver mon roman Bouton d’Or chez
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ou aux éditions Maison Maïa :
http://www.editions-maia.eu/maison-maia/bouton_d_or_071.htm

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