Une démocratie en crise

Publié le par jdor

Luc Benoit

Tribune libre de Vigile - mercredi 11 janvier 2012  

Voilà un texte court et fort ! A lire ! Bien que l’auteur parle pour le Québec, il faudrait être aveugle, sourd et stupide pour ne pas réaliser que son article s’applique extraordinairement pour la France également. En fait, cela concerne presque tous les pays. Le cancer néolibéral ronge tout ce qu’il peut, à commencer par l’esprit même de la démocratie, mais toujours avec un langage qui cherche à nous faire croire que la démocratie est notre réalité. A nous d’en tirer les leçons, notamment d’ici les mois d’avril et mai. (Jean Dornac)


 

Dans L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie (2011), Hervé Kempf soutient que l’oligarchie et la gauche productiviste sont dépassées, parce que leurs politiques sont essentiellement axées sur la consommation et la croissance économique, au détriment de l’environnement. Le célèbre journaliste se range du côté de l’économiste et sociologue Thorstein Veblen, soutenant pour sa part que dans les pays riches et fortement industrialisés, la production est suffisante. Kempf remet en question la croissance anarchique des richesses en la repensant dans le cadre d’une planification complexe du développement économique mondial.

Cette approche interventionniste et régulatrice déplaira sans doute aux partisans du libéralisme économique de gauche comme de droite, mais, en général, je crois que les gens intelligents, conscients des enjeux démocratiques et planétaires, seront d’accord avec la critique constructive de l’activiste.

Le nœud du problème, selon l’auteur, c’est la démocratie participative, parce que les changements majeurs qui s’imposent dans la gouvernance des États doivent se réaliser de façon démocratique et légitime. Ce qui n’est pas le cas en ce moment. Ironiquement, s’il tente de renforcer la démocratie, Kempf se retrouve dans le camp des marginaux. Face à eux, les oligarques déploient toute leur puissance, dans le but de promouvoir une idéologie favorisant leurs propres intérêts qui, disons-le franchement, entrent la plupart du temps en conflit avec ceux de la population.

L’exploitation du gaz de schiste illustre bien mon propos. L’auteur rappelle que la démocratie, c’est la gouvernance par et pour le peuple. Or, ce qui empêche l’exercice d’une saine démocratie, c’est la concentration stratégique des médias et du lobbyisme, entre les mains des oligarques. Kempf dénonce la forte concentration des médias au Québec. Il se demande si nous sommes toujours en démocratie. Il constate qu’il y a une démocratie pour les oligarques et les ploutocrates, non pour le peuple. En effet, les oligarques d’ici ont implanté une démocratie de façade, qu’ils nomment démocratie représentative. Il est vrai qu’en évitant entre autres le scrutin proportionnel, la démocratie sert bien les intérêts des riches.

Le journaliste précise aussi que les agences de notation telles Standard & Poor’s, Moody’s Investors Service et Fitch Ratings sont payées par les firmes qu’elles évaluent. Il remarque que ces agences ne divulguent jamais leur méthode d’analyse et qu’elles favorisent la mondialisation du fanatisme des marchés. C’est un peu ce qui s’est produit avec la Caisse de dépôt et placement du Québec, lorsque Standard & Poor’s la plaça en observation négative, par crainte que les débats politiques nuisent à l’autonomie des investisseurs.

Quand le capital détruit la qualité de vie des habitants, la démocratie recule forcément. Le régime néolibéral actuel nous entraîne vers une hécatombe écologique qui causera des guerres et des crises économiques répétitives. Bien qu’il soit très critique envers ses collègues journalistes et les autorités, Kempf est conscient qu’il offre peu de solutions aux problèmes que pose la croissance économique mondiale.

Mais, des solutions durables, il en existe. À titre d’exemple, il y en a de nombreuses dans La Voie. Pour l’avenir de l’humanité (2011), une œuvre récente d’Edgar Morin. Après avoir lu ce texte, on se demande quelle plate-forme politique, ou quel gourou néolibéral peut rivaliser d’intelligence, d’ingéniosité et d’érudition avec le philosophe.

Ayant atteint un âge vénérable, Edgar Morin pourrait prendre sa retraite, mais parce qu’il est vertueux, il a décidé d’œuvrer au mieux-être de l’humanité. Ce qui est tout à fait inconcevable pour la majorité des journalistes et des affairistes au service des oligarques.

Luc Benoit

Chargé de cours, UQTR

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

Source : http://www.vigile.net/Une-democratie-en-crise

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