Une France qui brunit…

Publié le par jdor

Il est des soirs et des jours, dans la vie d’un citoyen, plus tristes, plus noirs qu’à l’ordinaire. Il en est ainsi, pour moi, et je ne suis pas le seul, depuis le résultat du premier tour de la présidentielle du 22 avril 2012.

Que Sarkozy se trouve en deuxième position, fait remarquable puisque c’est la première fois que cela arrive à un Président sortant depuis les débuts de la 5ème République, ne peut que me réjouir profondément.

Ma tristesse vient de la découverte que plus de 6 millions d’électeurs de mon pays aient porté leur choix sur Marine le Pen et que presque 10 millions aient tout de même choisi Sarkozy. Pour ma part, quitte à choquer, et je l’ai déjà dit, je ne fais guère de différences entre l’UMP de Sarkozy et le Front National de le Pen. Les deux chefs de ces partis ont les mêmes capacités de haine envers les étrangers, légaux ou non, le même mépris du peuple français. Ce sont des partis d’extrême droite, même si l’UMP s’auto-gratifie d’un label « Républicain » qui me fait bien rire…

On nous dit sans cesse qu’il ne faut pas diaboliser les électeurs du FN. Facile, franchement ! Odieux, aussi ! Laisser entendre que c’est uniquement un vote de protestation ou alors qu’ils ne se rendent pas compte de ce qu’ils font, c’est les prendre pour des imbéciles ! Je crois, pour ma part, qu’ils savent parfaitement pour qui et quoi ils ont voté. Je crois également que la peur et l’ignorance habitent une majorité d’entre eux. Marine le Pen et son père, avec Sarkozy de son côté, ont bien travaillé pour semer cette peur dans les esprits sans doute trop faibles pour résister à ce sentiment qui n’a aucun sens dans un pays comme la France.

Quand j’entends des politiciens dire qu’il ne faut pas les diaboliser, j’ai envie de hurler ! C’est oublier qu’en Allemagne, Hitler est arrivé au pouvoir par les urnes ! On me dira qu’on ne peut pas comparer. Oui, bien sûr. Cependant, lorsque la haine de l’autre, du frère étranger se niche dans trop de cœurs à la fois, nul ne peut prédire quelle violence en sortira, tôt ou tard ! La haine alliée à la peur est un cocktail explosif !

Quelle suite ?

En principe, Sarkozy sera mis hors jeu le 6 mai. Pour autant qu’il n’y ait aucune magouille, qu’il n’arrive pas un « fait divers », pour lui bienvenu, et qui ramènerait la peur au centre de la campagne.

Trop proche des libéraux, je n’espère rien du probable pouvoir de François Hollande. Il eut fallu un homme de la trempe de Jean-Luc Mélenchon pour oser s’en prendre au monde de la finance. J’irai pourtant voter pour Hollande, dans deux semaines, en fait, non, pas pour Hollande mais contre Sarkozy ! C’est la première fois que cela m’arrive depuis que je participe aux élections. Je n’en ai pas honte, puisque je considère que la première urgence est d’évacuer l’un des grands responsables de la montée du FN. Sans parler de sa politique dramatique pour de très nombreux citoyens… Il est plus que temps qu’il disparaisse de la scène politique française !

La polémique des trois débats

Nicolas Sarkozy, imagine qu’il a le droit, celui du « prince », évidemment, d’imposer entre les deux tours trois débats télévisés. Sans doute est-ce pour lui, du moins c’est ce qu’il pense, la dernière chance de convaincre les éventuels indécis. Seulement, il ne se pose pas la question du droit des Français à ce qu’il leur fiche enfin la paix ! Trois débats avec lui ? Pour moi, jamais ! Un seul est déjà trop lourd tant il s’est lourdement imposé à nous à la télévision. Sa volonté, et celle de l’UMP, de faire passer François Hollande pour un « couard » est risible et pathétique, c’est celle d’un homme qui cherche désespérément à s’en sortir.

Sur le « vrai travail »

Il y a donc, pour Sarkozy, un « vrai » et un « faux » travail ! On sait surtout qu’une fois de plus, il veut stigmatiser les chômeurs, ces « fainéants » qui ne « veulent » pas travailler et plus encore tous les maudits « assistés », plaies de la France riche et des « braves travailleurs » ! C’est de la haine, la volonté de diviser toujours plus le peuple de France. Mais qu’attend-il pour s’allier au FN ? Une hypocrisie énorme et un gros calcul politique l’en empêchent, et seulement ça !

Au-delà de ses discours haineux, il ne réalise pas que :

NOUS NE VOULONS PLUS DE LUI ! IL Y EN A MARRE ! DEGAGE !!

Que pense-t-on à l’étranger ?

 Petit panorama avec quelques extraits sortis du « Courrier International ».

Financial Times Deutschland, Allemagne
Sarkozy humilié
Le quotidien financier allemand n'y va pas de main morte pour décrire le camouflet qu'a essuyé Nicolas Sarkozy hier, dimanche 22 avril, au premier tour de scrutin de la présidentielle française. "Un verdict peut difficilement être plus impitoyable que celui que les électeurs français ont rendu", peut-on lire dans l'éditorial du journal. "Le message des votants est clair : ils veulent simplement que leur président s'en aille, peu importe qui le remplacera." Ainsi cette élection présidentielle française sonne-t-elle surtout comme "un rejet". "La chancelière Angela Merkel va devoir très rapidement s'habituer à la perte de son partenaire du sauvetage de l'euro, Sarkozy, et faire jeu égal avec Hollande", note le journal.

Le Devoir, Canada
"La pente sera rude à remonter pour Sarkozy"

Le quotidien de Montréal s'attarde sur le cas du président sortant : "La rebuffade est cinglante pour Nicolas Sarkozy. Pour la première fois de l’histoire de la Ve République, un président candidat à sa propre réélection n’est pas arrivé en tête du premier tour." Christian Rioux, le correspondant du journal à Paris, constate "le double échec pour le président sortant ; le vote du Front national, dont il a largement emprunté les thèmes de campagne, atteint un record historique avec 18,12 % des voix, presque deux fois plus qu’en 2007."
Le Devoir relate aussi le coup de bluff de Nicolas Sarkozy, qui a demandé l'organisation de trois débats d'entre-deux tours. "Il ne veut pas jeter l'éponge", écrit Christian Rioux, pour qui la position de Nicolas Sarkozy est extrêmement délicate. "A Paris, on voyait mal hier comment, à moins d’un miracle, le président sortant pourrait remonter la pente qui est devant lui pour l’emporter le 6 mai prochain. D’autant plus qu’il avait tout misé sur ce premier tour qui allait, disait-il, provoquer un 'électrochoc' et relancer sa campagne. A maintes reprises, Nicolas Sarkozy avait en effet annoncé 'un croisement des courbes' qui ferait mentir les sondages, qui le donnent largement perdant au second tour depuis bientôt six mois."

L'Unità, Italie
Avec Hollande "l'Europe peut changer"
Le quotidien italien L'Unità ne boude pas son plaisir. Le journal, traditionnellement ancré à gauche, savoure la victoire de François Hollande et lui dédie sa une. Malgré la "surprise noire" (les 18 % de Marine Le Pen), le quotidien est confiant. Grâce au candidat socialiste, l'Europe va pouvoir "changer" avec une renégociation de la politique économique de l'Union européenne.
L'Unità
cite d'ailleurs un tweet d'Hollande, posté il y a quelques jours : "La démocratie est plus forte que les marchés. La république est plus puissante que la finance. La France est plus grande que la spéculation." L'Europe devrait l'être aussi.

The Globe and Mail, Canada
Une manifestation de colère contre les élites
"La colère bouillonnante des Européens contre leurs élites semble s'être manifestée de manière éruptive en France, où les électeurs ont tourné le dos au président conservateur Nicolas Sarkozy", écrit le quotidien de référence du Canada anglophone. Le journal note que ce premier tour aboutit "à une polarisation entre un centre gauche fortement soutenu et une extrême droite résurgente qui a recueilli un cinquième des suffrages".
La correspondante de The Globe and Mail en Europe note que François Hollande et Nicolas Sarkozy "ont dû, sous la pression des partis extrémistes, tenir des discours de colère anti-Europe et anticapitaliste, éloignés de leurs positions habituellement plus modérées". Elle retient également de ce premier tour "qu'une bonne part de la colère française s'est dirigée directement contre la personne de M. Sarkozy, dont l'attirance pour le luxe, le style peu présidentiel et les relations étroites avec l'Allemagne ont débouché sur l'émergence d'un phénomène connu comme l'anti-sarkozysme [en français dans le texte]. Surtout, il semble qu'un ressentiment plus grand vise l'ensemble du système économique et politique."

 

Publié dans Réflexions

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