Voyage au cœur de la « folie »

Publié le par jdor

Par Alice de Flore

Texte et expérience ô combien durs, cruels, mais aussi lucides… Qu’est « la folie » ? Qu’est « la normalité » ? Vastes questions qui bousculent nos esprits qui aiment avant tout, leur confort… (Jean Dornac)


Depuis le vendredi 25 mai, je suis à ma demande (ce qui acte du premier signe de la folie;)), hospitalisée en psychiatrie, section Unité de Soins Intensifs Psychiatriques. 

Déjà, les initiales USIP et surtout leur signification effraient. Mais, personnellement, je n’avais plus le choix, c’était cela ou le suicide. Oui, j’en étais réellement à ce point de désespoir là. Il faut donc croire que demeure une once d’espoir fut-elle infime. L’essentiel est qu’elle soit...

Je suis donc "accueillie" dans une petite unité ou se croisent des personnes porteuses de pathologies dites légères. Les autres, les lourdes, on les aperçoit lors des pauses cigarettes ou leurs hurlements laissent deviner leur présence.

La folie à plusieurs visages mais toujours une seule et même source : une immense souffrance. Si l’on portait ce simple regard sur ces "fous", on s’approcherait beaucoup plus de leur vérité.
La folie n’existe pas, seule la souffrance existe. Cette souffrance, telle une maladie, présente divers symptômes : schizophrénie, psychopathie, névroses d’angoisse…

On relègue "les fous" loin du regard des autres "normaux" ... Pourtant, la folie n’est pas contagieuse, mais la bêtise, elle, l’est ! La folie ne s’attrape pas. La folie, c’est vous, c’est moi et, très souvent, la raison la plus usité, la lucidité, sont étonnement du coté ou on ne les attend pas...

On oppose la folie à la normalité, ce qui est absolument ridicule. La folie est souffrance, elle est tangible, concrète, palpable. La normalité est une abstraction de l’esprit, un concept, elle n’existe pas en soi.

Pourquoi donc réserver un traitement institutionnel à « la folie », alors que l’on se fait miel avec l’utopique normalité. La norme n’existe pas mais on la vénère, la folie existe et on la dessert.

La personne en souffrance, " le fou", est nécessairement un être en et/ou de dépendance et/ou de soumission : à un produit, à une histoire, à un passé, à une famille, à une perversion...

La première chose que vous subissez à votre arrivée en psychiatrie est l’adjonction de nouvelles dépendances et soumissions. On infantilise, on humilie même, au lieu de respecter et de guider vers l’autonomie.
Ainsi vous retire-t-on papiers et objets constitutifs de votre identité. On vous soumet à un nouveau pouvoir, le pouvoir médical sachant !

On vous soumet ensuite à des règles strictes, alors que la vie s’est déjà chargée d’empiéter sur vos libertés. On nie votre personnalité en tentant de vous faire entrer dans un moule normatif, pure création de l’esprit… On vous soumet enfin et, peut être surtout, à des drogues légales, sur lesquelles vous n’avez aucun droit de regard, mais un devoir d’avaler sans sourciller. Un refus, une hésitation, et l’isolement vous guette. Cet isolement qui vous fait passer du statut d’être social à l’état animal...

La boucle est bouclée, on a justifié votre "folie"... La psychiatrie médecine de l’esprit ? La psychiatrie outil de contrôle social de ceux qui dérogent à une norme qui n’existe pas ...

 

Publié dans Réflexions

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