Y a-t-il un « sens » à la vie ?

Publié le par jdor

Jiddu Krishnamurti disait, parlant de l’amour, qu’on ne peut pas dire ce qu’il est, mais qu’on peut, sans problème, dire ce qu’il n’est pas. Il en va de même pour le sens de la vie.

Lorsque, adulte, nous perdons un amour, qu’il meurt ou nous quitte, nous ne trouvons pas de sens à cette souffrance bien qu’elle soit torture. Lorsque nous perdons notre travail parce qu’un système économique absurde et criminel le commande, où trouver un sens ? Lorsque la maladie nous frappe violemment, là encore, quel sens donner à cette épreuve ? Quel est donc le sens, lorsqu’on prend le temps d’y songer, de naître dans un pays pauvre que les puissances, toujours coloniales, pillent et exploitent ? Y a-t-il plus de sens à naître dans un pays riche, berceau bordé d’or ? Non, difficile d’y voir un quelconque sens...

Tout juste cela en a-t-il lorsqu’on est croyant, et peu importe la religion. Je le sais, je fus croyant. Mais, lorsqu’on est persuadé, après un long chemin, que nous sommes seuls, non pas dans l’univers, personne n’en sait rien, aujourd’hui, mais qu’il n’y a probablement pas de Créateur, pour tenir debout au cours des quelques années que nous avons à passer sur cette terre, la recherche du sens est une question qui se pose. Sauf à faire le choix de vivre comme un animal, de se contenter de consommer, biens et plaisirs…

A l’allure où passe la vie, vieillir est parfois angoissant tant on sent, tant on sait, que la fin approche, que rien ne la freine et qu’au contraire, le temps semble s’accélérer. Mais, avoir trois fois vingt ans, comme moi, si on le veut, offre la possibilité de se retourner un peu sur les années qui se sont envolées et se demander si notre vie a eu du sens… Ce n’est pas facile, il faut utiliser une machette, comme en pleine forêt vierge, pour élaguer tout ce qui fut inutile, superflu ou insignifiant.

Vous pouvez imaginer sans peine qu’il m’est impossible d’aborder, ici, tout ce qui fait sens ou plutôt tout ce qui ne fait aucun sens de vie. Je me contenterai donc de tenter de réfléchir, avec vous, si vous le voulez, sur certains aspects de la vie, aujourd’hui sur celui de l’enseignement. Ce point me travaille depuis que j’ai lu cette phrase très grave sortie de l’UMP : « L’éducation est devenue un enjeu de compétitivité, la guerre économique de demain ».

Sens de l’éducation ?

Pour un esprit normalement constitué, un esprit sain et non contaminé par l’idéologie marchande et mondialisée à la mode néolibérale, cette perception de l’enjeu de l’éducation qu’affirme l’UMP, ne peut qu’être parfaitement absurde.

Pour ces gens, apparemment, l’éducation ne sert plus à former une femme ou un homme. Elle ne sert qu’à préparer les « ustensiles et outils économiques » de demain. Donc, si on les suit, l’éducation ne doit pas servir à cultiver l’esprit de l’enfant ; elle ne doit pas aider l’enfant à devenir, au sens plein, un citoyen responsable, sachant prendre, lui-même, ses décisions, indépendamment des choix politiques ; elle ne doit pas servir à lui permettre de devenir un être créateur ; elle ne doit pas non plus servir à comprendre et aimer la Liberté, et ne doit surtout pas servir à développer l’esprit critique de l’humain. Non, tout cela, aux yeux de l’UMP, est balayé d’un revers de main méprisant. Pour ce parti, l’enfant d’aujourd’hui doit et ne peut être qu’un « soldat de la compétitivité en vue de la guerre économique à venir ».

Est-il possible que ces élus et partisans de Sarkozy aient un esprit qui, d’année en année, se racornisse au point de ne plus ressembler qu’à un petit pois semé au 19ème siècle et arrosé uniquement par l’idéologie bourgeoise de cette époque-là ? Que serait la France si tous les dirigeants, depuis des siècles, avaient appliqué une telle idéologie ? Ce principe « d’utilité des citoyens » fut imposé au niveau militaire. L’humain ne comptait que comme objet à tuer et se faire tuer. L’idée n’est pas différente concernant la position tragique de l’UMP sur l’éducation. En très gros traits, je le concède, cela revient à dire aux gamins d’aujourd’hui : « Ton futur, c’est ferme ta gueule et obéit » ! « Tu n’es rien, tu n’as pas d’avis, trime, sacrifie ta vie à la Sainte économie » ! « Tu n’as pas d’autre raison d’être » !

Il y a, dans la façon de vouloir imposer cette conception de l’Education, un profond mépris pour l’Education elle-même, mais plus encore pour les enfants de notre temps, donc pour les hommes de demain. Notre société, à vrai dire la quasi totalité des sociétés qui composent le monde d’aujourd’hui, est en manque de sens. Si l’on observe bien notre façon de vivre, celle qui se termine quelque peu actuellement, c’est un non-sens profond qui nous anime. L’humain ne vit plus pour grandir, pour aimer, pour créer, mais pour « bouffer et jouir », et certainement pas pour réfléchir et se cultiver. A présent, l’UMP veut transformer cela à la mode du 19ème siècle, celui du monde si cruel des « prolétaires ». Autrement dit, la seule vision de l’UMP pour les citoyens, donc notre seul sens de vie, notre seule raison de vivre, c’est de nous dire à nous, mais également aux jeunes, que dis-je, ordonner aux jeunes : « Ta vie, c’est travailler, travailler et travailler » !

Si je comprends bien cette logique mortifère, nous ne naissons que pour servir les intérêts d’un monde capitaliste qui démontre, depuis tant de décennies, non seulement son incapacité à rendre la majorité des humains heureux et moins pauvres, mais également son immoralité, et sa criminalité à la base de la plupart des guerres du siècle dernier et de celles de ce siècle commençant. Donc, pour ce parti politique et ses sponsors, multinationales, petits ou grands capitalistes, toute autre activité que celle qui est dédiée « à la guerre économique », est du temps perdu, pire, une vie perdue, un pion en moins sur l’échiquier de leurs jeux boursiers.

Peut-être parce qu’à mon époque, j’ai eu des maîtres d’écoles d’exception, il est hors de question, pour moi, de me taire face à une telle dérive de l’esprit. Les humains, femmes et hommes, sont infiniment plus grands que l’économie, que les calculs des financiers et de leurs complices politiques. Cette simple phrase de l’UMP me montre combien, les politiciens qui partagent cette non-pensée du parti de Sarkozy, se sont égarés, ont perdu le sens même de la vie, à supposer qu’ils ne l’aient jamais eu. Et ce sont ceux-là qui prétendent vouloir nous gouverner cinq ans de plus !

Il est évident que si l’éducation, depuis qu’elle existe, notamment à partir de Jules Ferry, obligatoire pour tous, avait dès son aurore pris une telle voie, notre pays n’aurait pas été, si longtemps, comme un phare de la pensée humaine, de la liberté, un phare dans l’humanité de la culture. Nous n’aurions été, alors, qu’une fourmilière parmi les autres, où chaque être vivant, homme, femme, enfant n’existerait que pour produire, produire et encore produire. Naître, vivre et mourir pour juste servir de « petit soldat » de l’économie, on me dira ce qu’on veut, mais ça n’a pas le moindre sens…

Et demain ?

Il se peut que l’UMP soit minoritaire au printemps prochain. Pour moi, c’est une espérance, mais pas encore une certitude. Cependant, même si Sarkozy est battu, même si la couleur de l’Assemblée Nationale change après les élections législatives, rien ne me prouve que notre pays échappera à l’aberration de l’esprit productiviste et compétitif. Ceci, parce que jusqu’à preuve du contraire, le PS d’aujourd’hui n’est pas très éloigné de cette conception « utilitariste » de l’humain. Je crains, pour ma part, qu’une grande majorité de nos politiciens ne soit contaminée par la même idéologie néolibérale, sachant que nombre d’entre eux ont suivi la même formation, les mêmes écoles. Il nous faudra donc voir très clair avant de glisser notre bulletin dans l’urne, si nous décidons d’aller voter.

Je veux, cependant, espérer que le monde enseignant, en qui j’ai largement confiance, ne se laissera pas faire, qu’il résistera à l’idéologie qui cherche à enlever tout son sens à l’un des plus beaux métiers de ce monde. En de nombreuses circonstances, ce monde des enseignants a su montrer sa capacité de résistance, tant au niveau individuel que collectif.

Si les politiciens veulent nous transformer en esclaves de leurs intérêts et de ceux de leurs commanditaires, ce sera à nous de résister, à nous d’enseigner un vrai sens de vie à nos enfants ou petits enfants. Le génie humain, lorsqu’il agit par amour des autres, est infini et d’une puissance sans limite, pour autant que nous n’ayons pas peur. Et, aux parents d’aujourd’hui, il sera peut-être nécessaire de faire eux-mêmes l’école à leurs enfants, comme cela se pratique de plus en plus aux Etats-Unis…

 Jean Dornac
Paris, le 28 novembre 2011

Publié dans Réflexions

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Nathalie 28/11/2011 17:41

Très bel article!
A méditer.

jdor 28/11/2011 17:50



Merci !!